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«On ne commence pas à travailler quand la crise est là»

Johannes Matyassy: Notre travail, c’est «très clairement du lobbying, du réseautage et de la communication de savoir».

(RDB)

Malgré la crise financière, l’image de la Suisse et intacte, affirme le patron de Présence suisse, Johannes Matyassy. Les réactions provoquées dans le monde par la votation contre les minarets ont par ailleurs exigé un intense travail d’explication. Interview.

Johannes Matyassy dirige l’organisation de promotion de la Suisse depuis sa création, en 2001, et la quittera à la fin de l’année pour devenir ambassadeur de Suisse à Buenos Aires, où il remplacera Carla del Ponte.

Et son successeur sera Nicolas Bideau, ancien chef de la section cinéma de l’Office fédéral de la culture.

swissinfo.ch: Est-il juste de dire que, si l’image de la Suisse est stable, c’est parce que les vieux clichés sont toujours aussi efficaces ?

Johannes Matyassy: Les valeurs traditionnelle de la Suisse sont un capital très important à l’étranger. Nous ne devons surtout pas y toucher, mais le compléter. Notre philosophie se base sur ce qui existe. Mais nous disons aussi: «La Suisse, c’est beaucoup plus».

C’est ce que voulait montrer notre pavillon à l’exposition universelle de Shanghaï. Les valeurs traditionnelles à l’extérieur, comme le télésiège, ou une prairie de dents de lion et, à l’intérieur, une présentation des réponses de la Suisse aux problème de la qualité de l’air, de l’eau ou de l’agriculture durable.

Il y a quelques jours, il y a eu une fête à Bruxelles en l’honneur des cinquante ans de la mission suisse auprès de l’Union européenne. Nous avons offert de la fondue, de la raclette et un concert d’Eliana Burki, joueuse de cor des Alpes. Cela a été un énorme succès.

swissinfo.ch: Bon, mais si on prend le problème avec le fisc américain, il est quand même difficile d’arranger ce genre de chose avec une fondue…

J.M.: Peut-être qu’une fondue permet de créer une atmosphère favorable pour une mission politique…

Nous avons invité des personnes triées sur le volet pour discuter ces questions fiscales et leur avons expliqué les particularités de la Suisse. Il est clair que vous ne pouvez pas inviter en Suisse des membres du Congrès américain, mais les «staffers», c’est-à-dire leurs proches collaborateurs, qui sont aussi d’une certaine façon leurs inspirateurs. Nous les avons invités en Suisse et nous leur avons concocté un programme ménageant à la fois des moments d’émotion et des explications sur les spécificités helvétiques. Aux Etats-Unis aussi, nous avons communiqué sur la Suisse via différents canaux.

swissinfo.ch: Et pourtant, c’est de l’argent que veut le Trésor américain, pas des informations sur la Suisse ou des manifestations récréatives…

J.M.: Notre tâche ne consiste pas à enjoliver des erreurs. Je refuse la notion de récréation mais je parlerais plutôt d’une ambiance appropriée visant à permettre aux négociateurs d’envisager leur mission de manière différente.

Pour ce qui est du dossier UBS, nous avons trouvé une bonne solution avec les Etats-Unis aussi parce que nous avons su créer de bonnes relations et une compréhension mutuelle.

swissinfo.ch: Que faites-vous, alors, du lobbying ou de la diplomatie ?

J.M.: C’est très clairement du lobbying, du réseautage et de la communication de savoir. Il ne s’agit pas d’empêcher le commissaire des impôts de faire son travail. Il s'agit de lui démontrer que la Suisse applique maintenant l'article 26 de l'OCDE et que, en matière de fraude fiscale, elle dispose d’une excellente législation pour ce qui est du blanchiment d'argent et de la fortune des dictateurs. Il faut toujours que ces gens prennent conscience de cela.

Car le travail ne commence pas une fois que la crise est là, il faut être déjà prêt, avec un réseau qui fonctionne.

swissinfo.ch: Le oui à l’interdiction des minarets a également provoqué de nombreuses réactions à l’étranger. Qu’avez-vous fait, dans ce cas ? Expliqué le fonctionnement de la démocratie directe ?

J.M.: Exactement. Et ce, bien avant la votation. Ce qui a aussi permis de faire la différence par rapport à l’affaire des caricatures. Elles ont été publiées un beau matin et provoqué un véritable tollé. Mais rien n’a été fait jusqu’aux manifestations devant les ambassades du Danemark, aux drapeaux incendiés et au boycott. Cela a coûté un demi-milliard d’euros à l’économie danoise.

Pour l’initiative contre les minarets, les choses se sont passées autrement, parce que c’était la suite d’une longue histoire. Il y avait eu d’abord le dépôt de l’initiative, puis la prise de position du gouvernement, puis celle du parlement et, enfin, la votation elle-même.

C’est donc bien avant le jour fatidique que nous avions préparé un concept d’information à l’étranger au moyen des ambassades, notamment sur ce qu’est une initiative populaire. Nous avons présenté la position du Conseil fédéral, celle du parlement et, ainsi, fait un grand travail d’explication. Le dimanche de la votation, le résultat est tombé, nous avons actionné le système et les ambassades se sont mises au travail.

Bien sûr, il y a eu beaucoup de critiques, mais modérées par ce travail de réseautage. Les réactions ont été dures, mais il n’y a pas eu d’escalade.

Johannes Matyassy

1957: naissance à Berne, où il suivra des études d’économie.

1985: entre dans l’administration fédérale, où il commence à travailler dans le Bureau de l’intégration, puis à l’Office fédéral du commerce extérieur.

1987-1990: dirige la section économique et commerciale de l’ambassade de Suisse en Argentine.

1990: chef de la section du Secrétariat d’Etat à l’Economie (seco) pour les négociations sur le commerce mondial du Gatt (aujourd'hui OMC).

1995: choisi comme collaborateur personnel par le ministre Jean-Pascal Delamuraz.

1997-2000: secrétaire général du Parti libéral-radical suisse

2000: nommé à la tête de Présence Suisse.

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Présence suisse

L'Agence pour la présence et l'image de la Suisse à l'étranger (PRS) a été créée en 2000 par le gouvernement et le parlement pour succéder à l'ancienne «Commission de coordination pour la présence de la Suisse à l'étranger» (KOKO).

Intégrée. En mars 2007, poussé par le parlement, le gouvernement a décidé d'en faire un secteur au sein du ministère des Affaires étrangères. Ce qui est le cas depuis janvier 2009.

Image. PRS diffuse des informations pour assurer la visibilité de la Suisse à travers le monde par des actions ciblées et tisse des réseaux de relations en Suisse et à l'étranger.

Label. Elle organise de grands événements comme le pavillon suisse de l’Exposition universelle ou des Jeux olympiques (Swisshouse) et coordonne chaque année quelque 150 projets sous le label «marque suisse».

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(Traduction de l’allemand: Isabelle Eichenberger), swissinfo.ch


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