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«Pain, paix et démocratie»

Etudiants courant se mettre à l'abri, le 29 avril dernier, à Béjaïa, en Kabylie.

(Keystone)

C'est en 1952 que Charles-Henri Favrod s'est rendu pour la toute première fois en Algérie. Il a d'abord suivi de très près la guerre d'indépendance. Et, depuis, il a multiplié les séjours dans ce pays. Le dernier remonte à quelques jours seulement. Son point de vue sur les violences qui déchirent, une fois de plus, l'Algérie.

En 1988, la jeunesse algérienne s'est emparée déjà de la rue et la répression fut rude. Treize ans après, l'impatience démocratique se manifeste toujours, aiguisée par le chômage et par l'image du monde extérieur qu'amènent les innombrables paraboles.

C'est que l'ordre militaire règne depuis que l'armée des frontières l'a établi, aux premiers jours de l'indépendance, en 1962.

Voilà trois ans que le président Abdelaziz Bouteflika parle autrement que la langue de bois qui avait toujours cours. Mais l'islamisme délirant maintient l'état d'urgence et les privilèges résistent bien à la volonté de réforme. Un immense appétit de changement bute encore sur une réalité funèbre.

Je viens de passer dix jours à Alger et dans l'est du pays. Les jeunes que j'y ai rencontrés ne contestent pas l'armée d'une paix civile à conquérir, mais bien celle qui a peur de la liberté d'expression. Celle aussi qui coûte si cher qu'elle rend exsangue la nation et empêche du coup les grands chantiers qui permettraient de combattre le désœuvrement.

C'est un mieux vivre qui est réclamé, un vivre autrement, une Algérie libre et démocratique, mais également et surtout un horizon ouvert et libéré de la mélancolie. On en est hélas encore bien loin.

Chaque jour, il y a encore des embuscades et des massacres. Hors des grandes villes, la situation demeure imprévisible. Et s'y ajoute maintenant un ressentiment général et diffus qui dépasse la seule Kabylie.

On n'y peut plus du tout voir la revendication berbériste. Toute la jeunesse réclame à son président les réformes qu'il a promises. Il s'agit maintenant que l'Algérie devienne ce pourquoi les anciens combattants ont combattu la gestion coloniale, voilà quarante ans: la conquête d'un véritable avenir.

Charles-Henri Favrod


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