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«Une histoire suisse» confite dans les poncifs



«Supersuisse». Grand guignol et pétards mouillés.

«Supersuisse». Grand guignol et pétards mouillés.

Monté au Théâtre Saint-Gervais, à Genève, le spectacle de Jérôme Richer forme la première partie d’un projet sur les Helvètes décliné en trois volets. Chacun d’eux est conçu par un metteur en scène. Départ décevant.

Ecrite et mise en scène par Jérôme Richer, «Une histoire suisse» donne la mauvaise impression d’avoir été récupérée chez Wikipedia, recyclée et réinterprétée dans un spectacle fourre-tout où se bousculent poncifs et lapalissades. Où s’affiche un humour gras. Où se dessinent en creux les grandes figures de ce pays, égratignées par le jeu grimaçant des acteurs.

Le grand guignol est donc de mise. Il charpente cette comédie qui hésite entre music-hall (chansons signées Jerrycan), cabaret expressionniste et épopée patriotique.

Un pétard mouillé

Malgré la variété du ton, tout sur le plateau tombe comme un pétard mouillé. A commencer par Supersuisse (Fabien Ballif), personnage central qui chute du haut de sa grandeur helvétique, assommé qu’il est par la plume lourdement scolaire et naïvement ludique de l’auteur.

Mais qui est donc Supersuisse ? C’est un Batman helvétique, sanglé dans un costume idoine aux couleurs nationales, qui d’un coup d’aile tente d’écarter Guillaume Tell. Mais tout ce qu’il parvient à faire, c’est s’exciter devant une poignée d’invités, leur criant à tue-tête: «La Suisse est un grand pays. La Suisse est un beau pays. Le plus beau pays de la terre».

Un chapelet de litanies

Pour étayer ses propos, Supersuisse rappelle à son auditoire que les Helvètes ont été les plus vaillants mercenaires d’Europe, mais aussi les plus grands commerçants d’Europe. Ils ont su «blanchir l’or nazi», osé «acheter l’or de l’apartheid».

Ils demeurent les plus rusés banquiers d’Europe. «Le Conseil fédéral obéit à nos grandes entreprises», martèle-t-il, avant de quitter son costume de Batman pour reprendre son visage d’acteur et commencer, avec cinq autres comédiens, son «Histoire suisse».

En quoi consiste cette histoire maintenant ? En un chapelet de litanies. Rien de nouveau dans ce qui est stigmatisé. Tous les plats sont réchauffés: la neutralité, l’amitié avec Hitler, la science du secret, les cafouillages d’UBS, la peur de l’étranger, le vote sur les minarets, l’affaire Kadhafi…

Un rappel des faits donc, asséné dans le rire il est vrai, mais un rire facile qui échappe à toute critique constructive, à toute écriture politique, à toute visée satirique. Autant de qualités propres aux deux géants du théâtre suisse, entendez Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt que Jérôme Richer cite comme ses modèles.

Une quête de vérité

Il faut dire qu’en matière politique, l’ironie lucide n’a jamais été le fort de nos auteurs francophones. C’est du côté alémanique qu’il faut aller la chercher. Ceux que l’on peut placer aujourd’hui dans la lignée d’un Frisch ou d’un Dürrenmatt ont pour nom Lukas Bärfuss, Thomas Hürlimann, Urs Widmer…

Ceux-là sont à la recherche de leur propre identité. Une quête de vérité, en somme, qui manque cruellement à cette «Histoire suisse». En aval du spectacle, il y a eu pourtant un long travail de recherche. Jérôme Richer dit avoir voulu écrire «une pièce documentée». Avec son équipe d’acteurs, il a interrogé des historiens, des journalistes, des banquiers, de simples particuliers…

Un travail sur le terrain, donc, qu’il avait mené et mieux réussi dans «La ville et les ombres», un spectacle sur l’évacuation du squat Rhino, à Genève, ordonnée par les autorités publiques en 2007.

Jérôme Richer, le Romand

D’origine française, établi à Genève depuis 10 ans, Jérôme Richer fait aujourd’hui partie du paysage théâtral romand. Pour aller vite, on dira que son écriture interroge la société, ses contradictions et ses déchirements politiques. Parfois avec beaucoup de réussite, parfois beaucoup moins, comme c’est le cas ici.

Son «Histoire suisse», présentée au Théâtre Saint-Gervais (Genève), constitue la première partie d’un projet sur l’Helvétie que ledit théâtre décline en trois volets, conçus par trois metteurs en scène différents. «Ei(n)fach difficile: cabaret moitié-moitié», qui devait être créé début juin, est reporté à la saison prochaine.

Le troisième volet, «Les Helvètes», sera joué, du 16 au 18 juin, par les élèves de la Haute Ecole de théâtre de Suisse romande, dirigés par Christian Geffroy Schlittler.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Pratique

«Une histoire suisse», spectacle écrit et mis en scène par Jérôme Richer. Avec notamment Fabien Ballif, Nathalie Boulin, Fanny Brunet, Marcela San Pedro…
A voir au Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu’au 16 mai.

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Jérôme Richer

Né en 1974, il commence le théâtre à l’université, puis effectue plusieurs stages de formation d’acteur, en particulier avec Gérard Desarthe et André Steiger.

Il fonde en janvier 2005, à Genève, la Compagnie des ombres pour laquelle il écrit et met en scène de nombreux spectacles, présentés en Suisse et à l’étranger. Parmi ses créations, citons «Persona Non Grata», «Pasolini Théâtre», «Naissance de la violence, Médée et autres récits de femmes» ou «Le petit Nicolas et les copains».

Comme dramaturge, il reçoit deux fois le Prix de la Société suisse des auteurs (SSA). En 2006, pour «Naissance de la violence» et en 2008, pour «Ecorces».

Il est actuellement en résidence d’auteur à la Comédie de Genève où sera créée, en janvier 2011, sa nouvelle pièce «Khatarina», une commande de la directrice des lieux Anne Bisang.

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