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«Vu de l’extérieur, le système suisse reste stable»



Hans-Rudolf Merz avait été élu en 2003 au Conseil fédéral.

Hans-Rudolf Merz avait été élu en 2003 au Conseil fédéral.

(Keystone)

Pour le politologue Oscar Mazzoleni, le départ de Hans-Rudolf Merz n'est pas une surprise. Ce qui l’est plus, c’est le moment, octobre, puisque son collègue Moritz Leuenberger part, lui, en décembre et qu’il y aura ainsi deux élections successives au gouvernement.

Les explications d'Oscar Mazzoleni, directeur de l'Observatoire de la vie politique de Bellinzone (Tessin) et professeur de sciences politiques à l’Université de Lausanne.

swissinfo.ch: Cette double démission ministérielle constitue-t-elle une menace pour la stabilité de la Suisse?

Oscar Mazzoleni: Non, cela n’a pas été le cas dans le passé et je ne pense pas que ce sera le cas cette fois. Peut-être que l’apparition de deux nouveaux visages pourrait même améliorer la crédibilité du Conseil fédéral. En effet, certains problèmes rencontrés par la Suisse au niveau international ont été liés au comportement de certains conseillers fédéraux, dont Hans-Rudolf Merz, qui a été souvent visé.

Mais je ne pense pas que la stabilité soit menacée aux yeux des observateurs internationaux car la Suisse est extrêmement stable par rapport aux autres systèmes. On ne change pas le gouvernement dans son ensemble mais deux ministres en deux étapes. Ce n’est pas comme si on voyait les Verts ou les démocrates suisses (petit parti de la droite conservatrice, Ndlr) élus au gouvernement! Donc ce qui peut paraître dramatique en Suisse reste très anodin pour l’étranger.

swissinfo.ch: La démission de Hans-Rudolf Merz pour octobre, alors que son collègue socialiste Moritz Leuenberger part à la fin de l’année, signifie qu’il y aura deux élections successives: une lors de la session parlementaire d’automne et l’autre lors de celle d’hiver?

O.M: En effet, Merz a choisi un moment qui «évite» l’élection simultanée de deux conseillers fédéraux. On sait que l’élection de deux ministres ou plus augmente généralement l’incertitude sur l’attribution des sièges vacants. Le fait de séparer les deux élections favorise donc en principe l’attribution des deux sièges (radical et socialiste, Ndlr) aux mêmes partis. Il y a moins de jeux croisés et de tactiques possibles avec le système électoral que nous avons.

swissinfo.ch: Depuis l’éviction du démocrate du centre Christoph Blocher (UDC / droite conservatrice) du gouvernement en 2007, son parti se montre très agressif à chaque fois qu’un siège est en jeu?

O.M.: Oui, l’UDC tente sa chance systématiquement depuis l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf au lieu de Christoph Blocher, vécue comme une trahison par le parti.

Mais la concurrence est devenue très forte en général depuis quelques années lorsqu’il s’agit d’élire un conseiller fédéral. La logique a changé, si bien que tout siège est convoité par d’autres partis qui se sentent sous-représentés au Conseil fédéral.

Je dirais donc que la situation est tendue: la compétition est très ouverte tant pour le siège de Merz que celui de Leuenberger car ces deux élections partielles sont une préparation en vue des élections fédérales de 2011.

swissinfo.ch: Contrairement à la démission-coup de théâtre de Moritz Leuenberger, celle de Hans-Rudolf Merz n’est pas une surprise...

O.M.: Non. Le Parti libéral-radical a vécu des moments difficiles depuis quelques temps, en raison des difficultés de M. Merz lui-même. Celui-ci rend donc service à son parti, comme dans le cas de Moritz Leuenberger, du reste. Car le fait d’annoncer une démission avant la fin de la législature vise à relancer l’attention sur le parti, à remobiliser ses troupes pour arriver aux prochaines élections fédérales avec des visages nouveaux et, donc, à favoriser le parti.

swissinfo.ch: M. Merz laisse un bilan contrasté. L’affaire Kadhafi, le sauvetage d’UBS ou la transmission de données bancaires au fisc américain lui ont valu des volées de bois vert. Mais son bilan de ministre des Finances est généralement reconnu comme positif?

O.M.: Positif, oui, si on le compare avec la question des déficits publics à l’étranger. Ce n’est pas l’action d’un seul homme, mais ce type de résultat influence bien sûr les jugements.

Mais il faut distinguer son action de ministre et son action en tant que président du gouvernement. Du point de vue des finances, son bilan est incontestablement positif, pour le reste, nous sommes dans un terrain plus controversé.

swissinfo.ch: Quel est votre pronostic pour la succession de M. Merz?

O.M.: Il est clair que le PLR va vouloir un successeur alémanique. Il y a deux ou trois personnes pressenties, dont des femmes, comme la St-galloise Karin Keller-Sutter. Toute la question sera de voir qui va soutenir les radicaux. Ils ne disposent évidemment pas d’un nombre de voix suffisant au Parlement et ils devront forcément nouer des alliances et négocier tous azimuts, à droite comme à gauche.

Les compétences de gestion économique et financière sont en jeu, mais d’autres critères aussi, comme la collégialité, le profil politique, le genre, l'appartenance régionale, etc. Les critères changent d'une élection à l'autre, où tout est à la fois très négocié et très négociable. Les choses restent donc très ouvertes, après tout, on a encore deux mois devant nous!

Isabelle Eichenberger, swissinfo.ch

Autres avis d'experts

MICHAEL HERMANN (Université de Zurich):
Le PLR dispose d’un avantage tactique sur le PS et se dote de forces fraîches pour les élections fédérales de 2011. Mais il aura des problèmes à long terme pour conserver son 2e siège gouvernemental s’il perd du terrain aux élections de 2011, ce qui est probable.

La Suisse est devenue plus ‘normale’ car la démission de M. Merz montre que la pression du public et des médias est plus forte.


GEORG LUTZ (Université de Lausanne):
Il a certainement bien joué son rôle de ministre des Finances. Mais l’opinion gardera surtout le souvenir de ses maladresses et de sa mauvaise communication, notamment dans les affaires libyenne et UBS. Pour cette dernière, il est évident qu’il a parfois manqué de distance vis-à-vis des institutions financières.

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Gouvernement 1959-2009

1959 - 2003: L’ère de la «formule magique»: 2 sièges au Parti socialiste (PS), 2 au Parti libéral-radical (PLR), 2 au Parti démocrate-chrétien (PDC) et 1 à l'Union démocratique du centre (UDC).

2004 - 2007: L'UDC Christoph Blocher prend un siège au PDC: 2 sièges PS, 2 PLR, 2 UDC et 1 PDC.

2008: Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel Schmid quittent l'UDC et entrent au nouveau Parti Bourgeois démocratique (PBD): 2 sièges PS, 2 PLR, 2 PBD et 1 PDC.

2009: L'UDC revient au gouvernement avec Ueli Maurer qui succède à Samuel Schmid: 2 sièges PS, 2 PLR, 1 PDC, 1 UDC et 1 PBD.

2010:Moritz Leuenberger (PS) annonce sa démission pour fin 2010 et Hans-Rudolf Merz pour octobre.

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