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A Genève, le «combat libre» marque des points



Moises Rimbon en passe de remporter la victoire sur Miodrag Petkovic, à Genève.

Moises Rimbon en passe de remporter la victoire sur Miodrag Petkovic, à Genève.

Le «combat libre» fait de plus en plus d’adeptes en Suisse. Sur la vingtaine de clubs existants, c’est Genève qui en compte le plus. Mais tous les Genevois n’apprécient pas… Reportage et enquête.

Nives sent la victoire. Elle est assise à cheval sur Eva et tapote les pommettes de la Bulgare. La sueur et le sang coulent. L’arbitre en a vu assez: il déclare la Croate de 26 ans victorieuse de ce combat de «mixed martial arts» (MMA), également appelé «combat libre».

Nous sommes à Genève. Dans la capitale du bout du lac, ce sport connaît un succès croissant.

La basse du groupe de rock The Prodigy fait vibrer le Théâtre du Léman, en dessous du Grand Hotel Kempinski et ses cinq étoiles. Eva est étendue, vaincue, dans la cage octogonale de deux mètres de haut. Son œil gauche saigne.

C’est au tour des prochains combattants de descendre dans l’arène à travers la foule compacte. Les joues sont enduites de vaseline, les gants sont contrôlés et un spectacle de dix minutes est assuré par des filles déguisées en lapins pour chauffer le public.

Et le combat commence. Trois rounds de cinq minutes où les os craquent. Il y a des prises de catch, de la boxe, de «muay thaï» et de jiujitsu brésilien.

Le 3e championnat «Force et Honneur» («Strength and Honour Championship», SHC), qui a lieu tous les six mois à Genève, affiche complet. Quelque 1500 amateurs se pressent pour suivre les treize combats, dont, pour la première fois, deux rencontres féminines.

«J’ai vu cela à la télévision, explique Florian, mais c’est bien mieux en vrai». Le jeune homme est venu de Lyon avec un groupe d’amis.

Coup d’adrénaline

Ce soir, Eva Valeva vit son premier combat professionnel. Ancien mannequin international, et championne de kickboxing, elle a commencé le MMA il y a environ une année. «Je voulais essayer quelque chose de nouveau», explique-t-elle. «C’est un sport très complet, on se relève sans cesse et on retombe. L’adrénaline est… très spéciale».

L’arrivée des femmes est très récente dans ce sport plutôt réputé agressif et macho. Mais sa popularité ne cesse de croître en Suisse, par le biais du championnat «American Ultimate Fighting Championship» (UFC), retransmis tous les samedis soirs sur RTL9.

Emily Geer, qui aide à organiser l’événement genevois, pratique aussi le MMA, au club Igor Araujo de Genève. «Avant, je faisais du kickboxing, mais je ne progressais pas», dit-elle. «Le kickboxing est très différent, plus explosif, poursuit-elle. Mais le MMA requiert plus de force et de prises. C’est très technique. Je ne dirais pas que c’est mieux, c’est juste une manière différente de combattre.»

Un phénomène

De nombreux pays européens ont été saisis par la fièvre du MMA. «De plus en plus de gens veulent s’entraîner et cherchent des clubs», ajoute la spécialiste. Le nombre de championnats augmente également.

Selon Raid Salah, organisateur de SHC3, la Suisse compte actuellement plus de 20 clubs, chacun d’entre eux avec 30 ou 100 membres désireux d’apprendre le MMA ou le jiujitsu brésilien, la forme de combat la plus utilisée dans le MMA.

Il y a dix grands clubs à Genève. Les autres se trouvent à Zurich, Lausanne ou Lucerne.

Spectacle «pitoyable»

Mais ce développement ne plaît pas à tout le monde. Le conseiller d’Etat Charles Beer, en charge de l’instruction publique, de la culture et des sports, a affirmé souhaiter voir ce «spectacle pitoyable, pénible et honteux» banni de Genève. «Avec ce type de spectacle, nous avons atteint un degré de décadence inacceptable», a-t-il déclaré à la Tribune de Genève.

Tous les pays d’Europe l’autorisent, sauf la France. Les partisans affirment qu’une interdiction pousserait la pratique de ce sport dans l’illégalité.

Ils citent également les résultats d’une étude de l’Université Johns Hopkins du Maryland réalisée en 2006 qui montrerait que la proportion de blessures (celles à la tête exceptées) n’est pas plus élevée que dans d’autres sports de combat, y compris la boxe.

«La boxe est dangereuse et agressive, admet Raid Salah. Mais ce sont des sportifs d’élite, très professionnels.»

Contrôle strict

Le combattant Moises Rimbon nie que ce type de combat ne cherche qu’à faire couler le sang. «Si le MMA est barbare, alors la boxe l’est aussi, de même que le football et le hockey sur glace.» Selon lui, son sport est nettement plus contrôlé aujourd’hui que dans les années 90. De nombreux coups sont désormais illégaux. Les arbitres ont été formés et il y a des médecins à l’extérieur du ring.

Anne Pellaud, chef des sports non-olympiques de la Fédération internationale des luttes associées (FILA), basée en Suisse, estime qu’il faut une structure pour le MMA, puisqu’il continue à progresser. «Nous surveillons l’évolution de près, a expliqué Anne Pellaud à Metro France, car nous ne voulons pas que ce sport continue à être diabolisé».

MIXED MARTIAL ARTS (MMA)

Mélange. Le combat libre associe pugilat et lutte au corps à corps. Les combattants peuvent utiliser les techniques de boxe, de «muay thaï», de judo, de catch et de jiujitsu brésilien.

Début 20e. Les racines du MMA sont à rechercher dans des combats mixtes qui avaient lieu en Europe, au Japon et dans la région du Pacifique au début du 20e siècle. Des combats en cage furent également déjà organisés.

Télé. Le MMA a ensuite pris de l’essor dans les années 90 et est devenu populaire sur les chaînes de télévision payantes.

Exception française. Des combats se multiplient un peu dans tous les pays d’Europe, où le MMA est autorisé, sauf en France.

USA. Aux Etats-Unis, les combats professionnels ont lieu dans presque tous les Etats, sauf le Connecticut, New York, le Vermont, la Virginie occidentale, l’Alabama, l’Alaska et le Wyoming.

Canada. Au Canada, le MMA est autorisé dans la plupart des provinces, mais l’Association médicale canadienne a récemment déclaré que la régulation était insuffisante et que le MMA devrait être interdit.

Suisse. La Suisse compte actuellement plus de 20 clubs, chacun d’entre eux avec 30 ou 100 membres désireux d’apprendre le MMA ou le jiujitsu brésilien, la forme de combat la plus utilisée dans le mix.

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Traduction de l'anglais: Ariane Gigon, swissinfo.ch


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