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A la recherche de Kurtz, du Congo au Val-de-Ruz

Christian Zehnder, Balthazar Streiff, Jacques Michel.

(swissinfo.ch)

«Au Cœur des ténèbres», une adaptation musicale de «Heart of Darkness» de Joseph Conrad, est présenté dans le cadre des «Jardins musicaux» de Cernier.

Dans «Apocalypse Now», Coppola avait transposé l’intrigue au Vietnam… Mais à l’origine, c’est au fond du Congo qu’était caché le terrible Kurtz .

«Au Cœur des ténèbres» a été monté par l’Opéra décentralisé Neuchâtel (ODN) en coproduction avec le Musée d’ethnographie de Neuchâtel (MEN), qui fête cette année son centenaire. Il y a d’ailleurs été présenté, en première, en mai dernier.

Pour l’institution neuchâteloise, dirigée par Jacques Hainard, il s’agissait de rappeler, à travers le texte de Conrad, les origines et l’histoire de l’ethnographie, qui ici comme ailleurs, s’est construite sur le colonialisme et s’est nourrie de lui.

Apportant un éclairage particulièrement aigu sur «le caractère infini et insoupçonnable des ténèbres de l’Homme ‘civilisé’», selon le MEN, «Heart of Darkness» participe ainsi au mea culpa qui a saisi les ethnologues depuis quelques décennies…

Kurtz le mystérieux

«Apocalypse Now»… Un voyage au bout de ce que vous voudrez – la nuit, l’enfer, la démence. Le voyage du capitaine Willard (Martin Sheen) chargé de retrouver et d’assassiner le colonel Kurtz (Marlon Brando) devenu tyran, en haut du fleuve, dans une jungle aussi délirante que lui-même.

A l’origine du chef d’œuvre de Coppola, un roman de l’écrivain d’origine polonaise Joseph Conrad. Mais là, c’est au Congo belge – on est en pleine colonisation - que le marin Marlow doit récupérer Kurtz, agent rebelle d’une compagnie exploitant l’ivoire.

Dans les deux cas, il y a le fleuve, la nature moite et oppressante, la sueur, la chaleur, la maladie, la folie, la sauvagerie humaine, la mort. Et grâce à Kurtz, mystérieux et rare, fascinant et immoral, un regard sans concession sur la puissance et l’abus de pouvoir – que ce soit à travers la guerre ou le colonialisme.

«Pas de quoi se vanter quand vous la possédez, puisque votre puissance n’est qu’un accident engendré par la faiblesse d’autrui», écrit Conrad.

La force de la déraison



La musique imprègne «Apocalypse Now». On se souvient de «The End» des Doors, envahi par le bruissement des pales d’hélicoptères. Ou de la «Chevauchée de la Walkyrie» de Wagner emportant la charge menée par un colonel de cavalerie et ses hélicos sur un village vietnamien.

En 1979, les thèmes musicaux choisis par Coppola apportaient à ses images à la fois esthétiques et immondes la force de la déraison et du mythe.

Toute autre approche à Cernier pour ce retour au texte de Conrad, adapté par l’auteur neuchâtelois Gilbert Pingeon et interprété avec talent par le comédien Jacques Michel. Le compositeur britannique Martin Pring a construit ses partitions sérieuses et complexes autour de la présence du toujours étonnant duo alémanique Stimmhorn.

Stimmhorn, soit Christian Zehnder (voix, accordéon) et Balthasar Streiff (cor des alpes et autres grands machins bizarres), passionnés de musique ethnique planétaire, additionnés pour l’occasion d’une dizaine de musiciens – instruments à vent, violon, violoncelle, percussions.

Les limites de la rigueur



Dans la «Grange aux concerts», toutes les cartes semblent être présentes pour qu’on soit là aussi emporté dans un voyage hors-normes. Mais les choses ne fonctionnent pas ainsi.

Si la partition ‘contemporaine’ de Martin Pring, avec ses dissonances toutefois assez convenues, peut convaincre les amateurs du genre, l’essentiel n’est pas au rendez-vous. L’essentiel, c’est-à-dire, la transposition musicale de cette quête humide, violente et désespérée.

Face au chef d’orchestre, Valentin Reymond, les musiciens se concentrent, et même la vraie folie intérieure qui caractérise Stimmhorn en scène s’éclipse. Bridés, les deux virtuoses. Attachés par une partition trop stricte pour eux. Et ce n’est pas la caution des percussions, figées elles aussi, qui parviendra à donner le change…

C’est peu avant la fin du spectacle, lorsque le narrateur évoque le brouillard qui cerne la tanière de Kurtz, et que Stimmhorn bénéficie soudain d’un peu plus d’espace, qu’on réalise ce qu’on vient de manquer.

Si Zehnder avait pu se laisser aller à la transe mélodique qui parfois l’habite. Si le souffle de Streiff avait pu s’appuyer sur une véritable déferlante rythmique. Si la lumière avait su se faire sombre lorsque le récit le demandait…

Evidemment, le Val-de-Ruz n’est pas Hollywood. Mais le mystère sait pourtant s’y cacher… Ce n’est pas les épouvantails de Martial Leiter, à quelques centaines de mètres de la «Grange aux concerts», qui me contrediront.

swissinfo, Bernard Léchot à Cernier

Faits

Les «Jardins musicaux» se déroulent jusqu’au 28 août dans une grange, sur le Site de Cernier, siège de l’Ecole cantonale neuchâteloise des métiers de la Terre et de la Nature.
Au programme, des œuvres signées Kagel, Xenakis, Chostakovitch, Stravinsky, Bruckner, Brecht, Schoenberg, Reich et Schnittke.
«Au cœur des ténèbres» est présenté les 24 et 25 août.

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En bref

- «Au cœur des ténèbres» est une adaptation du roman «Heart of Darkness» de Joseph Conrad, le livre qui est à l’origine du film «Apocalypse Now», de Francis Ford Coppola.

- Dans cette adaptation, coproduite par l’Opéra Décentralisé Neuchâtel et le Musée d’ethnographie de Neuchâtel, la musique est signée par Martin Pring et l’adaptation du texte par Gilbert Pingeon.

- Le comédien Jacques Michel est accompagné par les solistes de l’ODN ainsi que par le duo ‘Stimmhorn’, soit Balthasar Steiff et Christian Zehnder.

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