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A Philadelphie, un Bullois fait le bonheur de GSK



Vincent Moser suit et coordonne ainsi le travail d’une centaine de chercheurs, éclatés de par le monde.

Vincent Moser suit et coordonne ainsi le travail d’une centaine de chercheurs, éclatés de par le monde.

Aux Etats-Unis, Vincent Mooser dirige la recherche génétique de la firme pharmaceutique anglo-américaine GlaxoSmithKline (GSK). Il travaille sur des molécules dont le développement prend une douzaine d’années.

Vincent Mooser est un homme charmant. A 50 ans, le Bullois (canton de Fribourg) expatrié aux USA a cette timidité dans la voix et cette douceur dans le regard qui font presque oublier son calibre. Car dans son domaine, le chercheur est une pointure.

Autrefois médecin, responsable de laboratoire au CHUV (hôpital universitaire de Lausanne), il dirige aujourd’hui la recherche génétique de GlaxoSmithKline, ou GSK, géant pharmaceutique anglo-américain. Un peu comme s’il était à la tête d’un laboratoire géant, il suit et coordonne ainsi le travail d’une centaine de chercheurs, éclatés de par le monde.

Avec ses troupes, Vincent Mooser se focalise, entre autres, sur la validation des cibles thérapeutiques. Autrement dit, sur l’élément sur lequel un médicament doit agir pour lutter contre une maladie. «Dans ses recherches sur les maladies coronariennes, GSK a par exemple identifié le Lp-PLA2 comme cible de traitement», illustre le spécialiste. Parce que cet enzyme au nom disgracieux favorise le dépôt de graisses le long des parois artérielles et, par là-même, les troubles cardiaques.

Le médicament né de ces recherches s’appelle Darapladib. Une substance encore inconnue du grand public car elle n’est pas commercialisée. D’ailleurs, elle ne le sera peut-être jamais. La substance est en test de phase III. Soit l’ultime étape avant la mise sur le marché qui consiste, pour les groupes pharmaceutiques, à mener des études à très grande échelle sur leurs produits.

Pour le Darapladib, 25'000 personnes participent à la phase III. Histoire de déterminer si, en situation réelle, l’inhibition de l’enzyme ciblée est d’une part efficace, d’autre part sans effets secondaires problématiques. L’étape se déroule sur plusieurs années, et ses coûts se chiffrent en centaines de millions de francs.

Gênes, éthiques?

C’est que le cheminement d’une molécule de sa «découverte» à sa mise sur le marché est un travail de longue haleine. «On compte en moyenne douze à quinze ans et près d’1 milliard de francs», explique Vincent Mooser. Et le taux de molécules identifiées comme potentiellement intéressantes qui finissent effectivement dans les pharmacies est de l’orde de 1 sur 10'000. La plupart sont abandonnées en chemin, au fil des études médicales, biologiques, chimiques, commerciales.

«Beaucoup de chercheurs travaillent dans le développement de médicaments pendant vingt ans, sans jamais voir leur molécule aller jusqu’au bout du processus». Lui ne fait pour l’heure pas exception. En toute logique: il a fait le saut de l’Université à GSK il y a huit ans seulement.

Dieu sait, pourtant, que la génétique se développe à vive allure. «En 2002, le premier décodage du génome humain a couté 300 millions de dollars. Aujourd’hui, un séquençage complet va chercher dans les 10’000 dollars (ndlr: 10’400 francs)». Dans cinq à dix ans, Vincent Mooser voit ce tarif chuter à 1000 dollars. «Le séquençage du génome fera sans doute partie du bilan de santé classique», prévoit le chercheur. De quoi soulever des débats éthiques sans fin.

«Les assurances ou les employeurs risquent de s’enquérir du profil génétique des gens pour limiter les risques auxquels ils s’exposent», détaille le scientifique. «Sans compter les implications émotionnelles... Si je suis prédisposé à avoir la maladie d’Alzheimer et que mes enfants le sont aussi, est-ce que j’ai vraiment envie de le savoir?» Vincent Mooser lève les yeux vers le plafond. «Je ne sais pas», lâche-t-il pensif. «C’est un problème qui se pose. Les gens devront apprendre à gérer la complexité de ce genre d’informations».

Pour le bien être

Ce problème le fait beaucoup réfléchir. En revanche, il balaie l’opposition entre recherche académique et industrielle. Car la vocation commerciale d’une pharma comme GSK, Vincent Mooser l’assume.

«Le but d’un groupe pharmaceutique, c’est de découvrir et développer des médicaments qui puissent être vendus et remboursés par les assurances. Ceux-ci doivent donc impérativement être bénéfiques», résume-t-il. Et si les pharmas réalisent de très gros bénéfices c’est parce qu’elles doivent financer une recherche fort coûteuse. Mais la cause est noble, il en est intimement convaincu.

D’ailleurs c’est pour ça qu’il se lève le matin. Le bien être des gens, c’est ce qui l’a toujours motivé. D’ailleurs, s’il ne semble guère regretter la recherche académique, le stétoscope qui pendait à son cou lorsqu’il était médecin lui manque encore. A cause du contact avec les patients justement. Tant pis. On ne peut pas tout faire. Et puis la chambre d’hôpital, comme le laboratoire universitaire, étaient sans doute trop exigus pour l’esprit de Vincent Mooser, qui ne réfléchit qu’à l’échelle «global», comme on dit aux Etats-Unis.

Pas de regrets

En repensant à la manière dont son départ s’est joué, Vincent Mooser rigole: à l’époque, les perspectives de carrière en Suisse romande étaient étroites et... il craignait davantage le choc culturel outre-Sarine qu’outre-Atlantique. Sans regret.

«Etre parti vivre aux Etats-Unis, c’est une aventure fabuleuse», raconte l’expatrié. «Mais avant de partir, je n’avais pas apprécié correctement les risques. En particulier l’incertitude liée à l’emploi. Car dans l’industrie, si vous n’êtes pas efficaces, on vous éjecte».

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Vincent Mooser

1959: naissance à Bulle.

1978: Maturité au Collège St-Michel.

1984: Diplôme de médecine à l’Uni de Lausanne.

1988: Mission de 7 mois en Israël pour le CICR.

1988-199O: Post-doc à Melbourne, Australie.

1992: Devient médecin FMH, après avoir travaillé aux hôpitaux de Riaz, de Fribourg, et au CHUV.

1993-1996: Recherche à l’Université de Dallas, USA, au département de génétique moléculaire.

1996-2002: Responsable de recherche au CHUV.

Depuis 2002: Responsable de la recherche génétique de GSK, à Philadelphie, USA.

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La Liberté / swissinfo.ch


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