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A qui appartient Kafka?



On est tenté de dire que le litige autour de documents et manuscrits de l’écrivain praguois a quelque chose de kafkaïen.

On est tenté de dire que le litige autour de documents et manuscrits de l’écrivain praguois a quelque chose de kafkaïen.

(Keystone)

Sur injonction d’un tribunal israélien, quatre compartiments de coffre-fort où reposaient des documents et manuscrits de l’écrivain praguois Franz Kafka depuis des décennies ont été ouverts dans une banque de Zurich. La justice devra trancher entre héritiers privés ou Etat.

Kafka, dont «Le château» et «Le procès» sont des romans qui comptent dans la littérature mondiale, est devenu pomme de discorde entre ses héritiers privés et les institutions étatiques. Le litige a commencé il y a deux ans devant un tribunal de Tel Aviv.

La Bibliothèque nationale israélienne a porté plainte contre les sœurs Eva et Ruth Hoffe, légataires de la succession de Kafka par l’intermédiaire de leur mère Esther. Cette dernière en avait elle-même hérité de Max Brod, dont elle était la secrétaire. Ami et administrateur de succession de Kafka, Brod est mort à Tel Aviv en 1968.

La Bibliothèque nationale israélienne conteste aux sœurs Hoffe la possibilité de disposer librement de cet héritage, jugeant que les écrits en question appartiennent au patrimoine national et doivent être rendus accessibles au public.

Au moyen d’une ordonnance de justice, la plaignante a obtenu que les dix safes bancaires qui contiennent les manuscrits soient ouverts. Quatre d’entre eux sont situés chez UBS à Zurich. Contacté, un porte-parole de la grande banque a refusé toute prise de position au motif qu’elle ne donne aucun renseignement sur ses clients privés.

Une affaire ambivalente

Que les manuscrits d’un écrivain deviennent une affaire d’Etat surprend Reto Sorg, directeur du centre Robert Walser à Bienne. «D’un côté, il est réjouissant de constater que des textes littéraires acquièrent une si grande importance. Cela devient en revanche problématique quand ils sont déclarés biens culturels nationaux et que l’autorité de l’Etat met la main dessus.»

Franz Kafka était un contemporain du Suisse Robert Walser. Bien qu’on n’ait pas connaissance d’une relation personnelle entre les deux auteurs, des traits communs les relient. «Tous deux viennent des marges de l’aire linguistique germanique et n’ont pas rencontré de leur vivant le succès dont leur œuvre jouit aujourd’hui. En outre, ils se sont largement opposés aux autorités, comme cela était fréquent au 20e siècle», explique Reto Sorg. «Kafka a lu Walser et appréciait particulièrement son humour.»

En revanche, Carl Seelig et Max Brod, amis et, plus tard, administrateurs de succession des deux écrivains, se seraient connus personnellement et rencontrés plusieurs fois à Zurich.

C’est à Max Brod que l’on doit de connaître autant d’écrits de Kafka. Dans son testament, l’écrivain, qui doutait beaucoup de lui-même, demandait que son œuvre non publié soit détruit. «Le château» et «Le procès» en faisaient partie. Mais l’avocat Brod, au nom d’un intérêt jugé supérieur, a tout entrepris pour conserver et faire reconnaître l’œuvre du Praguois, raconte Reto Sorg.

Eviter la dispersion

A première vue, il peut paraître surprenant qu’Israël revendique l’œuvre de Kafka. L’auteur écrivait en allemand et venait de Prague. «Ce litige illustre le contexte historique dans lequel vivait Kafka et dont il a souffert», explique Reto Sorg. «Il se sentait autant appartenir à l’aire géographique germanique et à sa ville de Prague qu’à la culture juive sioniste, en tant que juif.»

Mais le spécialiste de littérature juge difficile de répondre à la question de savoir qui doit aujourd’hui valablement prétendre à l’héritage de Kafka. «L’important est que les écrits témoignant de son œuvre ne soient pas dispersés plus loin.»

Son souci n’est pas sans fondements. Car on peut aujourd’hui faire beaucoup d’argent avec Kafka. Les archives littéraires de Marbach ont par exemple acquis le manuscrit de son roman «Le procès» pour deux millions de dollars.

Reste cette question: que renfermaient exactement les safes bancaires de Zurich? Pour l’heure, impossible de le savoir, les héritières ayant obtenu un embargo juridique sur la question.

Mandatée par la Bibliothèque nationale israélienne, une spécialiste de la littérature et experte de Kafka inventorie actuellement les documents. Cet inventaire permettra au tribunal de Tel Aviv de décider si l’héritage de Kafka doit rester en mains privées ou entrer en possession publique en tant qu’élément du patrimoine national israélien.

Susanne Schanda, swissinfo.ch
(Traduction de l’allemand: Pierre-François Besson)

Franz Kafka

Né de parents juifs en 1883 à Prague, Franz Kafka grandit au sein de la minorité germanophone de ce qui était à l’époque l’Autriche-Hongrie et deviendra plus tard la Tchécoslovaquie. Il va à l’école en allemand.

Il est ami avec Max Brod depuis 1902, qui sera plus tard administrateur de sa succession.

En 1906, il termine ses études de droit et entame un stage professionnel dans un tribunal.

Ses premiers écrits sont publiés à partir de 1908.

«Le verdict», «La métamorphose», «Le procès», «Le château» font partie des œuvres essentielles de Kafka.

Peu connu de son vivant, il a peu publié. Dans son testament, il demande que son œuvre non publié soit détruit.

Souffrant d’une tuberculose, Kafka meurt en 1924, à 40 ans, dans un sanatorium de Klosterneuburg (Autriche).

Max Brod va à l’encontre de son testament et publie son œuvre de manière posthume. En 1939, peu avant l’arrivée des troupes allemandes à Prague, il fuit avec ses écrits vers Israël, où il meurt en 1968.

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