Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Adecco face à ses actionnaires en colère

La multinationale est sous enquête en Suisse et aux Etats-Unis.

(Keystone)

Le leader de l'emploi temporaire devra-t-il passer à la caisse? Les actionnaires américains ont déjà porté plainte. Que s'est-il réellement passé?

La volatilisation de sept milliards de francs en quelques heures suscite des interrogations. Les actionnaires lésés sont-ils en droit d'être indemnisés?

Le durcissement des règlements des places financières n’empêche pas de voir les cours de certaines sociétés s’effondrer de façon vertigineuse.

Adecco, emblématique entreprise suisse, en a fait l’amère expérience le 12 janvier dernier. En annonçant le report de la publication de ses résultats annuels, le leader de l’emploi temporaire a vu son cours chuter quasi-instantanément.

La valorisation boursière du groupe a perdu près de 7 milliards de francs en à peine quelques minutes. Devant une dégringolade de cette ampleur, les actionnaires, grands ou petits, ont dû passer à la caisse.

Quelques jours plus tard, plusieurs plaintes étaient déposées devant la justice américaine contre Adecco, dont les titres sont aussi cotés aux Etats-Unis.

La Bourse suisse circonspecte

Alors que les actionnaires américains se demandent s’ils peuvent être indemnisés pour les pertes pécuniaires qu’ils ont subies, la Bourse suisse reste beaucoup plus circonspecte.

SWX a aussi ouvert une enquête préalable contre Adecco. Mais son objet porte sur une éventuelle publicité ad hoc que le groupe se serait assuré en évoquant des problèmes de comptabilité (à l’origine du report de la publication des comptes).

Le système juridique est-il alors seul responsable de ces différences d’attitude?

«Aux Etats-Unis, les actionnaires portent plainte avant même de connaître l’étendue du dommage», répond Dominique Biedermann.

«De manière générale, les investisseurs européens raisonnent différemment. Ils cherchent à savoir ce qui s’est réellement passé avant d’entreprendre une démarche judiciaire», poursuit le directeur de la Fondation Ethos, à Genève.

Les placements et leurs risques

Certes, quelques semaines seront encore nécessaires avant que la justice américaine soit en mesure de dire si les plaintes qu’elle a enregistrées sont fondées ou non.

Toujours est-il que les déboires d’Adecco ont le mérite d’interpeller les investisseurs suisses: peuvent-ils oui ou non, comme leurs homologues américains, prétendre à une indemnisation?

Tout placement financier comporte en effet une certaine part de risque. Personne ne peut offrir une garantie absolue sur les placements. Les soubresauts des marchés financiers depuis mars 2000 l’ont démontré à plusieurs reprises.

«Un système parfait n’existe pas, il y a toujours des incidents de parcours et ce n’est pas un mal en soi… Tout le monde sait qu’il peut y avoir un accident d’avion et pourtant, la plupart des gens prennent l’avion quand même», justifie Carlo Lombardini, un avocat genevois spécialisé en droit bancaire.

Le problème, c’est que les petits investisseurs ignorent trop souvent la véritable ampleur des risques que comportent leurs placements financiers. Pour l’avocat genevois, c’est tout le problème de la désintermédiation financière.

«Les banques prêtent beaucoup moins d’argent et, à défaut de cette source de revenus, favorisent l’émission de titres financiers qu’elles vendent au public», estime Carlo Lombardini.

Une escroquerie est toujours possible

Lorsque les choses tournent mal, c’est à l’investisseur – détenteur du titre – d’assumer le risque et le cas échéant, de perdre de l’argent. Un détail sur lequel les banques restent discrètes la plupart du temps, bien qu’elles ne soient pas responsables de tous les maux.

Car aucune entreprise, aussi prestigieuse soit-elle, n’est à l’abri des actes délictueux que pourrait commettre l’un de ses dirigeants. «Aucune règle, même la plus sévère, n’a jamais pu empêcher une escroquerie», argumente Carlo Lombardini.

Et dans le cas d’Adecco, c’est bien là que réside la question. «Il faut savoir ce qui s’est réellement passé et y donner des suites adéquates», souligne Hans-Jacob Heitz, président de l’Association de protection des investisseurs suisses.

La justice tranchera

Deux hypothèses sont pour l’heure envisagées. Adecco pourrait avoir donné de fausses informations, et dans ce cas là, la société doit être sanctionnée: à la direction d’assumer ses responsabilités.

Ou alors, la société a mal communiqué, en optant, par exemple, pour une mauvaise stratégie de communication. Une erreur pour laquelle la société ne peut pas être assignée en justice.

Dans un cas comme dans l’autre, les actionnaires assumeront la perte financière. Mais une indemnisation découlant d’une action judiciaire ne constitue pas toujours la meilleure forme d’indemnisation.

«Les actionnaires peuvent aussi exiger la tenue d’une assemblée générale extraordinaire. Un moyen d’action plus transparent mais surtout beaucoup plus rapide qu’un procès devant les tribunaux», conclut Hans-Jacob Heitz.

swissinfo, Jean-Didier Revoin

En bref

- Le 12 janvier, le titre Adecco a perdu 47,8% de sa valeur en séance pour clôturer sur une baisse de 35,2% à 52 francs.

- La cause de cette dégringolade est un communiqué laconique du groupe annonçant le report de la publication de ses résultats annuels en raison de faiblesses dans ses procédures de contrôle interne aux Etats-Unis et d’éventuels problèmes de comptabilité.

- Avec une chute de la valorisation boursière du groupe de 7 milliards en une journée, certains actionnaires s’estiment grugés.

- Aux Etats-Unis, des juges ont déjà été saisis, ce qui n’est pas le cas en Europe. Les actionnaires pourraient-ils prétendre à des indemnités?

- Peu probable, à moins de démontrer une faute grave de la direction. Ce qu’une mauvaise stratégie de communication n’est pas.

Fin de l'infobox


Liens

Neuer Inhalt

Horizontal Line


subscription form - French

newsletter

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite et recevez nos meilleurs articles dans votre boîte mail.

Rejoignez notre page Facebook en français!

×