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Agressions anti-Asiatiques "négligées" en France

"'Ils sont faibles', 'Ils ont toujours du cash sur eux',... Ce sont ces préjugés sur les asiatiques qui sont derrière ces attaques", martèle le porte-parole de Sécurité pour Tous dans le Val-de-Marne pour lequel le caractère raciste de ces agressions "ne fait aucun doute" (image symbolique). KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT sda-ats
Ce contenu a été publié le 23 décembre 2019 - 02:47
(Keystone-ATS)

Parce qu'ils ont "toujours du cash" ou parce que "se faire un Chinois" permettra d'intégrer une bande: près de Paris, des Français d'origine asiatique sont régulièrement la cible d'agressions violentes. Un mal "négligé" par les autorités, selon les associations.

Deux fractures, 21 jours d'ITT et un choc post-traumatique: c'est le bilan de l'agression, en plein jour, qu'a vécue Ming*, 41 ans, il y a quelques mois à Vitry-sur-Seine, en banlieue parisienne. Alors qu'elle descend du bus, un homme, visage masqué, tente de lui arracher son sac à main. Elle résiste, est jetée au sol, rouée de coups, puis perd connaissance.

Quand elle retrouve ses esprits, son agresseur a pris la fuite et emporté son sac qui contenait quelques dizaines d'euros et ses papiers d'identité. Colère, impuissance ... Ming n'arrive pas à tourner la page: "Pourquoi moi? Je n'avais pas d'argent, pas de bijoux, rien. Pourquoi cette violence?"

"Les agressions de touristes asiatiques à Paris, on en parle entre nous au travail mais je n'aurais jamais cru que ça m'arriverait", poursuit cette modeste employée.

Lever "le tabou"

Ces questions, Robert Na Champassak, 43 ans, se les est posées en 2017 après l'agression de sa mère de 64 ans, décédée 18 jours plus tard d'un accident vasculaire cérébral. Si les médecins n'ont pas lié l'agression de sa mère à son AVC, Robert en est convaincu: cela a précipité la dégradation de son état de santé.

"Ma mère (...) aimait vivre. Mais après son agression elle ne voulait plus mettre le nez dehors . Ce n'était plus la même, relate-t-il.

Pour "libérer la parole" et lever "le tabou" autour de ces agressions, il a rejoint le comité Sécurité pour tous, qui recherche et accompagne des victimes dans leur parcours judiciaire. Par crainte d'hypothétiques représailles, par honte ou faute de carte de séjour, la plupart des personnes agressées ne portent pas plainte.

Pas de statistiques ethniques

"La première prise de contact n'est pas facile parce que les victimes se sentent isolées et n'ont pas conscience que d'autres personnes se font agresser", souligne Laetitia Chhiv, présidente de l'Association des jeunes Chinois de France (AJCF).

En 2016, l'agression mortelle, au nord de Paris de Zhang Chaolin, un couturier chinois de 49 ans, avait révélé au grand jour ces agressions. "On a pris conscience du problème avec la mort de Chaolin mais pas de son ampleur", assure Sun-Lay Tan, porte-parole de Sécurité pour Tous dans le Val-de-Marne (sud de Paris).

Les statistiques ethniques étant interdites en France, il n'existe pas de données officielles sur ces agressions. Reste le chiffre, imparfait, du nombre de dépôt de plaintes.

Selon une synthèse de la préfecture de police de Paris, consultée par l'AFP, entre mai 2018 et mai 2019, 114 agressions ont été recensées principalement dans le Val-de-Marne. L'équivalent d'une agression tous les trois jours. A l'échelle de la région île-de-France, c'est une agression tous les deux jours, affirment les associations.

Plusieurs villes de la banlieue sud sont concernées, notamment Vitry-sur-Seine et Ivry-sur-Seine, proches du 13e arrondissement de Paris où vit l'une des plus importantes communautés asiatiques d'Europe.

Même mode opératoire

Le modus operandi est souvent le même : la victime, généralement une femme ou une personne âgée, est "repérée" dans la rue, suivie jusqu'à une rue peu fréquentée et attaquée. "On a des jeunes gonflés à bloc car ils sont convaincus que les Asiatiques ont toujours beaucoup d'argent sur eux", explique une source policière.

Une autre hypothèse est avancée pour expliquer ces agressions: celle d'un rite de passage. La consigne serait simple: "se faire un Chinois" garantirait son ticket d'entrée dans une bande. "Pour eux, c'est un jeu, un pari. D'où le niveau de violence souvent extrême", ajoute la source policière.

Dans les deux cas, "les victimes sont ciblées parce qu'asiatiques", martèle Sun-Lay Tan, pour lequel le caractère raciste de ces agressions "ne fait aucun doute".

Carcatère raciste pas retenu

"'Ils sont faibles', 'Ils ont toujours du cash sur eux', 'ils ne savent pas se défendre'... Ce sont ces préjugés qui sont derrière ces attaques", résume-t-il. Un racisme encore "négligé" par les autorités selon les associations. Sollicitées, la préfecture du Val-de-Marne, les mairies et la police affirment suivre le sujet avec attention.

Le parquet de Créteil (Val-de-Marne) explique prendre en compte "autant que possible" la circonstance aggravante de racisme, qui a ainsi été retenue dans 19 des 22 agressions élucidées en mai. Mais au moment de la condamnation, le caractère raciste n'est presque jamais retenu, selon les associations.

Projet en cours

"Les choses bougent aujourd'hui", salue néanmoins Laetitia Chhiv. Un projet pilote, pensé avec l'association SOS Racisme, de déconstruction de ces préjugés va voir le jour prochainement dans des établissements scolaires de la région parisienne afin faire de la prévention chez les adolescents. La plupart des agresseurs sont en effet mineurs, selon plusieurs sources proches du dossier.

Pour les associations, la vidéosurveillance constituerait une autre réponse au problème mais certaines villes, comme Vitry-sur-Seine, ne sont "pas prêtes à sauter le pas". "Travailler en amont, c'est essentiel mais arrêter et juger les assaillants l'est tout autant pour les victimes", assure Sun-Lay Tan.

*Le prénom a été modifié

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