Navigation

© Keystone / Gaetan Bally

En Suisse, l’accompagnement au suicide est une profession. Chez EXIT, la plus grande organisation d’assistance à la mort, ce sont en majorité des rentiers qui l’exercent. Ils apportent aux patients la substance létale, mais ce n’est pas leur seule tâche.

Ce contenu a été publié le 15 février 2021 - 09:55

À la gare de Zurich, Jürg Billwiller attend le train pour Berne. Il participe à un programme de formation d’accompagnement au suicide mis en place par EXIT. Au côté de sa mentor Doris Wartenweiler, il doit aider aujourd’hui un patient à se suicider. C’est la deuxième fois. «Je suis nerveux», reconnaît ce solide retraité.

Une équipe de l’émission Reporter de la télévision suisse alémanique SRF l’a accompagné durant ce voyage. Immédiatement après avoir supervisé la mort du patient, il lui a raconté comment cela s’est passé.

Plus de 40 personnes sont enregistrées chez EXIT comme accompagnatrices ou accompagnateurs. La plupart sont des retraitées ou des retraités de plus de 65 ans. Entretemps, Jürg Billwiller a lui aussi terminé sa formation et effectue ce travail.

Chaque année, EXIT accompagne dans la mort près de 1000 personnes. Presque toutes (98% en 2019) choisissent de mettre fin à leurs jours chez elles ou dans le home où elles vivent.

>> Suicide assisté: où est la limite? Le débat dans l'émission Infrarouge de la RTS:

Contenu externe

Les accompagnateurs tels que Jürg Billwiller leur apportent sur place la dose létale de natrium pentobarbital - qui a chaque fois doit avoir été prescrite par un médecin. Le patient l’ingère par ses propres moyens. Après son décès, l’accompagnateur reste sur place pour le rapport de police.

L’accompagnement ne se limite toutefois pas à ces actes. Il commence plus tôt et les accompagnants aident le patient à se préparer à son dernier jour. Ensuite, ils peuvent aussi assister les proches et les amis qui étaient présents à ce moment-là.

Pour devenir accompagnateur, il faut non seulement remplir de nombreuses conditions, mais participer ensuite à un programme de formation d’un an. Il doit permettre d’acquérir les connaissances juridiques, médicales et psychologiques nécessaires sur le suicide assisté et d’apprendre à gérer la relation avec le patient.

Discussion lors d’un atelier de formation d’EXIT. SRF-SWI

Qui peut devenir accompagnateur?

Fondamentalement, EXIT exige «une expérience de la vie, des connaissances de l’homme ainsi que des compétences sociales et spécialisées». C’est pourquoi beaucoup d’accompagnatrices et d’accompagnateurs viennent des professions médicales. Il y a également d’anciens prêtres et des enseignants.

 Concrètement, les exigences sont les suivantes:

- compétences ou connaissances en psychologie et en communication

- capacité de respecter le droit à l’autodétermination

- une personnalité solide, empathique et patiente

- des connaissances juridiques sur l’assistance au suicide

- idéalement avoir 40 ans ou plus

End of insertion

Les accompagnateurs d’EXIT travaillent sur mandat. Pour chaque nouvelle «ouverture de dossier», ils touchent une indemnité forfaitaire de 650 francs, à laquelle s’ajoute une contribution de base pour les frais tels que le téléphone et les transports pour se rendre chez le patient. «En général, un accompagnateur consacre une vingtaine d’heures à un dossier. Cela représente un salaire horaire de 35 à 40 francs et correspond à peu près à ce qui est payé dans les professions soignantes», écrit EXIT en réponse aux questions de swissinfo.ch. L’organisation ajoute qu’«il n’est pas rare que les accompagnateurs soient en contact pendant des années avec un patient ou une patiente, ce qui représente des douzaines d’heures d’engagement.»

De la prévention à l’aide au suicide

Jürg Billwiller a dirigé pendant des années la prison de la police de Zurich. Il était à la retraite quand il est tombé sur une offre d’emploi d’EXIT et a décidé de faire acte de candidature.

En tant que responsable de prison, une de ses tâches était d’éviter que des détenus se suicident. Alors pourquoi maintenant aider à mourir des personnes qui lui sont étrangères? Pour lui, ces situations ne sont pas comparables. «En prison, le suicide est impulsif et résulte de la pression», dit-il. «Les personnes qui décident de mourir avec EXIT ne connaissent pas ce type de pression.»

Jürg Billwiller devant la prison de la police de Zurich où il travaillait. SRF-SWI

Martin Krähenbühl, un accompagnateur expérimenté âgé de 64 ans, a pour sa part commencé suite au décès de son épouse. Souffrant de sclérose latérale amyotrophique (SLA), elle s’était fait prescrire par son médecin la morphine qui, combinée avec l’administration d’oxygène, lui a permis de s’éteindre en paix.

En 2018, Martin Krähenbühl avait raconté dans un entretien avec le quotidien SuedostschweizLien externe qu’il lui avait fallu «deux ou trois ans pour le digérer et pour reprendre pied». Il a ensuite éprouvé le besoin «d’aider d’autres personnes qui se trouvaient dans une situation médicale pénible semblable à celle de son épouse.»

Martin Krähenbühl accompagne une femme en formation qui se rend chez un patient pour un suicide assisté. SRF-SWI

Demandes en hausse

Le nombre de personnes qui recourent à EXIT pour un suicide assisté est en augmentation. Lorsqu’il a commencé, Martin Krähenbühl accompagnait de 15 à 20 suicidants par année. Aujourd’hui, cinq ans plus tard, il le fait pour une trentaine de personnes. EXIT est par conséquent à la recherche de nouveaux accompagnateurs.

Vice-président de l’organisation, Jürg Wiler explique que c’est également dû au vieillissement des assistants. «L’âge contraint régulièrement des accompagnatrices et des accompagnateurs à arrêter», dit-il. «Nous cherchons en outre à développer un réseau aussi bon que possible dans les différentes régions de Suisse afin d’assurer que les accompagnateurs soient ancrés dans leur région et que les trajets ne soient pas trop longs pour eux.»

Pour les étrangers

Dignitas, de par sa taille la deuxième organisation de suicide assisté, accepte également d’accompagner des étrangers qui ne sont pas établis en Suisse. La formation et les procédures d’assistance au suicide sont à peu près les mêmes que chez EXIT. Il y a cependant une différence: le médicament létal est donné au suicidant par des collaborateurs de Dignitas et non des mandataires externes. «Onze des 31 collaborateurs assument ce rôle en plus de leurs heures de bureau normales», explique Silvan Luley, membre de cette organisation.

Les personnes qui viennent de l’étranger pour mourir en Suisse le font en général dans les locaux de Dignitas aménagés à cet effet.

Contrairement aux Pays-Bas où l’assistance au suicide est réalisée dans le cadre de la relation médecin/patient, la Suisse a établi un système triangulaire où un tiers, tel que Dignitas ou EXIT, intervient entre le médecin et le patient. Le porte-parole de Dignitas Silvan Luley l’explique en partie par l’histoire du suicide assisté en Suisse. «Depuis la fondation de la première organisation d’assistance au suicide en Suisse il y a 35 ans, cela s’est toujours fait dans cette structure triangulaire. Les médecins peuvent aussi soutenir le suicide de manière directe, mais la plupart d’entre eux n’en ont pas le temps ou ne disposent pas du savoir-faire nécessaire. C’est pourquoi nous prenons en charge cette partie.»

Le travail d’accompagnateur est-il pesant? 

Susanna Schmid, une ancienne magistrate spécialisée dans les mineurs, a commencé à travailler comme accompagnatrice après avoir pris sa retraite anticipée à 60 ans. «On me demande souvent si cette activité me pèse. Je réponds toujours qu’elle est surtout très exigeante.» Dans une NewsletterLien externe d’EXIT, elle explique en outre: «Il me faut être très présente pour tout le monde. Mais j’ai besoin de plus de temps pour les personnes très jeunes qui doivent partir prématurément en raison d’une maladie grave et laissent des adolescents ou des petits enfants derrière elles.»

EXIT et Dignitas ont mis en place des systèmes internes de soutien. Le porte-parole de Dignitas Silvan Luley indique aussi que les accompagnateurs peuvent toujours renoncer à assister une personne. «Il est possible de transférer le cas à un autre collaborateur.»

L’accompagnatrice d’EXIT Susanna Schmid indique pour sa part qu’elle peut discuter des expériences difficiles avec des proches ou si nécessaire avec la responsable de l’assistance au suicide de l’organisation. Ce qui aide.

Les commentaires ont été désactivés pour cet article. Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.