Albert Anker, un Bernois à Paris

Une des nombreuses natures mortes rassemblées à Berne. Du jambon, mais pas d’absinthe… RTS

Quel rapport entre le peintre de la paysannerie bernoise et les Salons parisiens? Une vraie et longue fidélité.

Ce contenu a été publié le 23 mai 2003 - 09:17

Sous le titre «Albert Anker et Paris», le Kunstmuseum de Berne replace Anker au sein du courant des peintres officiels de son époque.

Anker... Ses enfants blonds aux joues fraîches. Ses vieillards aux visages burinés. Ses scènes campagnardes, entre réalisme social et idéalisation d'une vie rurale filtrée au tamis de l'esthétisation.

Une œuvre qui colle si bien à l'imaginaire d'ici, à ce passé rustique que les Suisses revendiquent tant, qu'Albert Anker est devenu une icône des beaux-arts helvétiques, largement déclinée en cartes postales et autres posters.

La ruralité, très «tendance»

Né en 1831 à Anet (Ins), un village du Canton de Berne, Albert Anker met le cap sur la Ville-Lumière dès 1854. Pour y apprendre le métier de peintre sous l'égide du Vaudois Charles Gleyre, puis dans le cadre de l'Ecole des Beaux-Arts

De 1859 à 1885, il va régulièrement participer aux fameux Salons parisiens (expositions collectives biennales), et décrochera même la médaille d'or en 1866.

Comment le regardait alors la France du Second Empire? Comme un peintre exotique? Un extra-terrestre ? Pas le moins du monde, selon Matthias Frehner, directeur du Kunstmuseum de Berne.

«Je pense même qu'en France, on le considérait comme un Français. Les thèmes qu'il interprétait étaient des thèmes communs. Beaucoup de peintres français se sont spécialisés dans le genre rural. Mais Anker a montré la réalité suisse, des scènes vécues à Ins», dit-il.

Un regard local donc, mais d'une portée universelle, puisque les scènes champêtres étaient parfaitement à la mode, et ce n'est pas Jean-François Millet («L'angélus», 1857) qui nous contredira.

Un parcours en six étapes

En six étapes, l'exposition bernoise, montée par Therese Bhattacharya-Stettler et Marc Fehlmann, met en parallèle les œuvres du Bernois et celles d'autres artistes de l'époque. Pour «Les débuts», le style néo-grec de Maître Gleyre est à l'honneur.

Au fil des salles («Le Salon de Paris», «Passé et présent», «Réalisme harmonieux», «Natures mortes») apparaissent François Bonvin, Jules Breton, Alexandre Cabanel, Charles Chaplin, Auguste Toulmouche, ou l'ancêtre Jean-Baptiste Siméon Chardin.

Une dernière salle met en relation certaines toiles d'Anker avec les mises en scènes «pittoresques» que réalisent alors certains photographes parisiens, notamment Charles Famin et Auguste Giraudon.

Parisien à mi-temps

«(...) je suis tellement content de mon séjour ici, que je vis à Paris de cœur et d'âme, et je risque de devenir tout à fait parisien», écrit Albert Anker, lors de ses débuts en France en 1854.

Parisien, il ne le deviendra pourtant jamais complètement. De 1860 à 1890, il va vivre une double vie: l'été à Anet, l'hiver à Paris. Rêve d'artiste? Besoin de mouvement et d'ouverture? Matthias Frehner y voit une explication beaucoup plus pragmatique:

«C'était une stratégie artistique. Il travaillait pour la France, et également pour la Suisse. C'était donc idéal pour lui.»

Anker a donc passé vingt années, sans compter ses années de formation, à battre le pavé parisien dans sa déclinaison hivernale. Sans que son Œuvre n'en garde la moindre trace. Etonnant, non?

Scènes villageoises, scènes historiques fantasmées, portraits, natures mortes (une très large sélection de ce genre est d'ailleurs présentée à Berne)... Quid de Paris? Jamais la moindre envie de transcrire la vie de la ville à sa façon?

«Ses thèmes étaient les thèmes des Salons. Il est un peintre officiel, comme les autres peintres que nous lui comparons dans l'exposition... Alors que l'avant-garde, qui, elle, recherchait de nouveaux thèmes, n'était pas intégrée aux Salons.»

A Berne, le talent et la maîtrise d'Anker éclatent sur moult toiles. On se prend alors à regretter que le sens de la «stratégie artistique» lui ait imposé de telles œillères.

Anker, champion de l'art helvétique catégorie 19ème siècle, est aujourd'hui parfaitement ignoré des musées étrangers. Parce que, devenu «peintre national», toute pièce disponible sur le marché est rapatriée en Suisse, selon Matthias Frehner. Est-ce vraiment l'unique raison?

swissinfo, Bernard Léchot

En bref

- Albert Anker est né en 1831 et décédé en 1910 à Anet (Ins), dans le Canton de Berne.

- Après avoir entamé des études de théologie, il se lance dans l'apprentissage de la peinture dès 1854 à Paris.

- Entre 1860 et 1890, il partagera son temps entre Anet (l'été) et Paris (l'hiver).

- A côté de son œuvre, Albert Anker a consacré du temps a plusieurs fonctions artistiques ou politiques: député au Grand Conseil bernois (1870-1874), organisateur de la section suisse à l'Exposition universelle de 1878 à Paris, membre de la Commission fédérale des beaux-arts.

- L'exposition du Kunstmuseum de Berne plonge l'œuvre d'Anker dans le contexte parisien en présentant aussi les toiles de plusieurs autres artistes de l'époque.

- «Albert Anker et Paris. Entre idéal et réalité» est à voir au Kunstmuseum de Berne jusqu'au 31 août. Parallèlement, le Musée propose un autre accrochage d'œuvres d'Anker: «Esquisses, dessins, aquarelles», jusqu'au 27 juillet.

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