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Amnesty International ne se met pas en quarantaine

Pour le Sénégalais Pierre Sané, c'est sa dernière apparition tant que secrétaire général d'Amnesty International.

(swissinfo.ch)

Le Salon du Livre a invité Amnesty International. Parce que cette organisation, qu'on ne présente plus, fête ses quarante ans. Et parce que son action pour la défense des droits de l'homme appelle une place d'honneur. Ses militants ne soufflent pas les bougies. Au contraire, ils ne cessent d'en allumer pour alerter le monde et le mobiliser, entre autres contre un fléau dont on sous-estime l'ampleur et la gravité et qui a pour nom: torture.

Ruth Dreifuss est venue en personne dire son admiration pour «notre mouvement». Voilà un adjectif possessif qui a dû en étonner plus d'un. Il est vrai qu'on n'a pas l'habitude, en Suisse, de voir un ministre, qui plus est de l'Intérieur, dire ouvertement son appartenance à une organisation qui prétend ne faire aucune concession aux gouvernements.

On entend dire parfois qu'Amnesty brise les barreaux des prisons avec des stylos, des crayons et des mots. Ruth Dreifuss ramène son auditoire à la réalité: «Il est faux de croire qu'on peut briser quelque chose de si lourd que le métal avec des mots qui s'envolent et qui sont insaisissables». Elle se souvient du temps où, dans le pays d'Haïti qu'elle connaît bien, les gens scandaient: «Constitution c'est papier, baïonnette c'est fer». Ce que fait Amnesty est une ambition folle, commente-t-elle, mais «c'est une ambition raisonnable à condition qu'on n'arrête jamais». De se battre, de parler, d'écrire.

Pour le Sénégalais Pierre Sané, cette journée au Salon du Livre n'était pas comme les autres. C'était même sa dernière apparition officielle en tant que secrétaire général d'Amnesty International, une tâche qu'il a remplie pendant neuf ans. Sa prise de parole au forum réuni par la section suisse de l'organisation prenait, du coup, des allures de testament.

Il recense les défis qui attendent tous les militants, à commencer par l'indivisibilité des droits de l'homme. On ne peut défendre et promouvoir les uns, civils et politiques, au détriment des autres, économiques, sociaux et culturels. Alors qu'ils sont tous interdépendants, on voit bien désormais qu'il est plus difficile de se mobiliser en faveur des droits des pauvres et des femmes que pour un poète, un étudiant ou un dissident retenu prisonnier dans n'importe quel coin du monde.

Robert Badinter, l'apôtre inconditionnel de l'abolition universelle de la peine de mort, lui qui l'a fait rayer de la Constitution française voici vingt ans, redit haut et fort sa conviction profonde: «Si nous sommes abolitionnistes, c'est parce que la peine de mort est l'expression ultime des atteintes à l'être humain».

On attendait son commentaire sur les exécutions capitales dont la liste ne cesse de s'allonger aux Etats-Unis. La peine de mort, dit-il, «révèle toutes les injustices structurelles de la société américaine comme si elle en charriait tous les poisons». Entendez les injustices non seulement sociales et raciales, mais aussi judiciaires.

Mais Robert Badinter ne désespère pas. Bien au contraire. Il décèle des failles dans la pratique américaine. Il est persuadé que le système se grippe, qu'il ne pourra bientôt plus fonctionner malgré les rafistolages: «Les Américains seront contraints de l'abandonner, sauf à renoncer à ce qu'ils sont et à ce qu'ils pensent être». C'est-à-dire un modèle de démocratie.

Bernard Weissbrodt


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