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Après le «déluge», les Suisses du Var témoignent



Des ruisseaux taris se sont transformés en à peine une heure en torrents emportant tout sur leur passage.

Des ruisseaux taris se sont transformés en à peine une heure en torrents emportant tout sur leur passage.

(Keystone)

Quinze jours après les inondations, la petite communauté helvétique des alentours de Draguignan se remet lentement de ce drame improbable, au pays de la sécheresse et des incendies.

Un déluge d’eau. Des ruisseaux plus ou moins taris qui se transforment en à peine une heure en torrents emportant tout sur leur passage. 23 morts, deux disparus. Quinze jours après les inondations qui ont ravagé le département du Var, la population reste sous le choc. «Cela fait 25 ans que je vis ici, je n’avais jamais vu pareil déferlement», témoigne Denis Bourquin, un Varois né dans le Val de Travers, qui s'y connaît pourtant en temps de chien.

Sa chance: habiter sur une butte, dans la commune du Muy, au sud-est de Draguignan. Ce mardi 15 juin, le Neuchâtelois, routier de profession, ne flaire rien d’anormal en rentrant chez lui dans l’après-midi. Une forte pluie certes, qui se déverse depuis des heures. Dans ce Var réputé pour sa sécheresse et ses incendies, on a l’habitude des gros orages, plutôt vers la fin de l’été.

C’est son fils, rentré de son lycée à Draguignan, qui l’alerte. La Nartuby, rivière qui passe à un km de là, sème le chaos sur son passage, du Muy jusqu’à Draguignan. Difficile d’y croire. La Nartuby est un modeste cours d'eau. Ses affluents, l’Argens ou le Réal, qui vont «exploser» le 15 juin, des ruisseaux asséchés dix mois sur douze.

Et pourtant. En quelques heures, ce coin du Var est noyé. Des centaines d’habitations inondées, des quartiers entiers de Draguignan dévastés, des arbres centenaires arrachés, des canalisations brisées.

Emportés par les inondations

Deux collègues de travail de Denis Bourquin n’ont pas eu sa chance. Partis à Draguignan secourir leurs familles, ils n'en sont jamais revenus, emportés par les inondations. «Ils ont dû prendre la vague au niveau de Trans-en-Provence, estime Denis Bourquin. Des gars tout jeunes...»

«On est habitués à voir des images de ce genre au Bangladesh ou en Amérique latine. Pas ici», remarque Jean-Philippe Ottou, président de l’Amicale suisse du Var. Ironie du sort: au cours de la dernière réunion des associations suisses de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, «nous avions bûché sur la gestion des crises. Nous avons imaginé toutes sortes de scénarios catastrophes : un match qui tourne mal à Marseille, un avion qui s'écrase, un bus rempli de Suisses alémaniques qui tomberait dans un fossé. Mais pas une inondation de cette ampleur…»

Pas étonnant. Le dernier événement de ce type remonte à 1827. Déjà au début de l’été. Déjà la Nartuby. Six morts. Mais depuis, rien ou presque. «On a perdu la mémoire de ce type de drame», remarque Jean-Philippe Ottou. De son poste à l'Agence de conduite régionale d'Electricité de France (EDF), le franco-suisse a rapidement mesuré l'ampleur de la catastrophe: des postes source noyés, 120’000 clients privés d’électricité pendant deux ou trois jours, 500 groupes électrogènes installés en urgence.

Solidarité suisse

Dans le Var, la communauté helvétique est relativement soudée. L'Amicale rassemble des retraités, mais aussi des «émigrés» type Denis Bourquin et des descendants de Suisses partis au début du XXe siècle trouver du travail sur la Côte d'Azur, où le tourisme commençait alors à prospérer. L'information court rapidement côté suisse: pas de victime heureusement, mais des habitations inondées, fissurées et des journées épuisantes.

«L'eau rentrait par vagues dans les maisons. On a fait comme en temps de guerre, raconte Corinne Montaru-Rozain, médecin aux Arcs. Avec mon voisin vétérinaire, nous avons rempli des sacs de gravier pour empêcher l’eau de pénétrer. Puis je suis partie à la salle des fêtes, pour monter une permanence médicale. Certains de mes patients ont perdu des amis, d'autres leurs voitures», témoigne la généraliste, petite-fille d'un bijoutier bernois parti travailler à Saint-Raphaël dans les années 1930.

Son fils, Jean-Baptiste, devait passer son bac le surlendemain du déluge. Pas simple. «J’ai passé ces deux journées à déblayer la boue des maisons». Le jour J, Jean-Baptiste, plus jeune candidat du Var, se présentait aux examens. «On nous a gracieusement concédé une heure de battement.»

Mme Montaru-Rozain a repris son travail, un trou au plafond de son cabinet - «Ce n'est pas trop gênant». Après trois jours de retour au Moyen-Age - pas d’eau ni d’électricité - Denis Bourquin a tourné la page. À l'heure des bilans, des Varois pointent du doigt les manquements des pouvoirs publics. «L'entretien des rivières laisse à désirer. Et on a sans doute laissé construire des habitations trop près des cours d'eau, notamment à Draguignan», estime Corinne Montaru-Rozain.

Mathieu van Berchem, Paris, swissinfo.ch

PLAINTE

Un homme dont l'épouse est décédée lors des intempéries qui ont frappé le Var il y a deux semaines a déposé plainte pour «homicide involontaire».

La plainte, déposée mercredi avec constitution de partie civile, vise la mairie de Roquebrune-sur-Argens où la victime, âgée de 62 ans, est décédée le 15 juin, ainsi que les services de secours.

La victime avait été happée dans une bouche d'égout dont la plaque s'était soulevée sous la violence des flots. Son corps sans vie avait été retrouvé le lendemain par les sauveteurs. Le dernier bilan des inondations a été fixé à 23 morts et deux disparus.

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BILAN

La première estimation du coût d'indemnisation lié aux inondations dans le Var se monte à 700 millions d'euros, pour environ quarante-cinq mille sinistres, a indiqué mercredi le président de la Fédération française des sociétés d'assurance, Bernard Spitz.

«On retrouve des ordres de grandeur assez similaires à [ceux de la tempête] Xynthia», pour la partie des sinistres liés aux inondations et non à la tempête, a affirmé M. Spitz, qui a souligné que le coût moyen d'un sinistre lié à l'eau était nettement supérieur à celui d'un sinistre lié au vent.

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