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Aristote, Nietzsche et Pascal Couchepin

Pascal Couchepin en fougueux orateur.

(swissinfo.ch)

C'est le ministre Pascal Couchepin qui a activement allumé les feux du 1er Festival francophone de philosophie, jeudi soir à Saint-Maurice, en Valais. Une manifestation qui se veut accueillante, populaire et ouverte à tous les courants – ou presque – de pensée.

Saint-Maurice. Son abbaye. Son collège. Son château. Sa «Grand-Rue», qui propose un bistrot pratiquement tous les vingt mètres. Et sur la Place du Parvis, une phrase qui résonne: «On voit tellement de gens qui se préoccupent du monde entier... mais qui sont au quotidien des voisins emmerdants!»

Qui est donc l'homme qui vient de prononcer spontanément cette remarquable phrase? Un écrivain désabusé? Un anarchiste du coin? Non. Le conseiller fédéral Pascal Couchepin, membre du parti radical (PRD, centre droit), chef du département de l'Intérieur et, accessoirement, ministre de la Culture.

La phrase en question ne figurait pas dans le «credo philosophique» de Pascal Couchepin, «credo philosophique» que des personnalités de tous horizons – littéraire, scientifique, religieux, politique, journalistique – sont appelés à prononcer dans le cadre du festival. Mais elle figurait dans une réponse que le conseiller fédéral adressait à un collégien.

Car c'est peut-être là le principal intérêt de ce qui se passe ces jours à Saint-Maurice. Ce contact direct qui a lieu entre des intervenants réputés et un public réceptif.

La fin des certitudes

Ce festival, c'est le journaliste Guy Mettan, directeur du Club suisse de la presse, qui l'a envisagé et construit. Après les «cafés philosophiques» qui se sont développés au cours de la dernière décennie, un pas de plus sur la voie du retour en grâce de la philosophie?

«On est sorti de l'époque des certitudes, héritée du 19ème siècle - le progrès, la croyance que l'homme et la science allaient pouvoir comprendre et résoudre tous les problèmes - pour passer à une ère de profonde incertitude sur l'avenir. Donc une ère de questionnement», commente Guy Mettan.

«Je pense que la philosophie, qu'on avait un peu oubliée, qui était devenue un peu ringarde, redevient une manière d'essayer de trouver des réponses ensemble» ajoute-t-il. Et malgré le contexte catholique du lieu, c'est une phrase du très rationaliste Diderot qui a été choisie comme slogan de la manifestation: «Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire!»

Une phrase qui implique d'ailleurs soit un peu de démagogie, soit une compréhension très souple du mot «philosophie», non? «Je suis partisan de la souplesse. La philosophie n'est pas l'apanage des professeurs ou des gens qui ont l'estampille 'philosophe' sur le front. Cela doit être un souci commun à toute l'humanité», répond Guy Mettan.

«Mais souplesse ne veut pas dire absence de rigueur. Souplesse n'est pas synonyme de n'importe quoi. Diderot pensait qu'il fallait mettre la philosophie à la portée de tout le monde, parce que c'est la philosophie qui donnerait au gens qui constituent le peuple, la communauté, les moyens de devenir des individus dotés d'une conscience, d'une capacité politique.»

Théâtre, cinéma, expositions, conférences de professionnels de la philo et «credos philosophiques» de personnalités de tous bords. Guy Mettan a mis son point de vue en pratique.

De l'allocution au dialogue

Jeudi soir, c'est donc à Pascal Couchepin d'ouvrir le bal, face à une Place du Parvis très honorablement remplie. Pascal Couchepin qui saisit l'occasion pour expliquer comment sa conception politique s'est construite.

D'abord face à l'horreur de deux utopies condamnables, le fascisme et le bolchevisme. Ensuite en assimilant «les leçons des grands esprits critiques», par exemple Marx, Freud, Nietzsche, mais en sachant les dépasser. «Pas intellectuellement», précise-t-il.

Il insistera surtout sur ce qui fait, selon lui, la force et le succès de la civilisation européenne, à savoir, ses quatre façons complémentaires d'appréhender la réalité: la science, l'art, la philosophie, la religion, et leur aptitude à dialoguer.

Tout en évoquant également la justice sociale ou le souci écologique, mais en les relativisant, c'est la nécessité de promouvoir et de soutenir ces quatre approches qu'il soulignera, parlant de «tâche politique urgente». Le radical ne pourra s'empêcher de préciser que de ces libertés d'autres libertés découlent, «notamment la liberté du commerce et de l'industrie», tout en précisant, de façon très politiquement correcte, que celle-ci «est secondaire par rapport à ces libertés fondamentales»...

C'est finalement lors des réponses aux questions du public que Pascal Couchepin gagnera en spontanéité. Ainsi, on apprendra que pour lui, «le moment le plus bête de la journée est le journal télévisé, parce qu'il simplifie tout».

Il aura quelques cris du cœur, comme «Surtout pas d'utopies! Il faut connaître les utopies pour les fuir!» ou encore: «Le moralisme américain me fait horreur».

Et une vraie belle phrase politique, également: «La compassion et la pitié sont des vertus individuelles. L'homme politique doit viser la justice.»

Dans les coulisses...

Finalement, qui était là, ce jeudi? Le ministre de l'Intérieur, celui de la Culture ou Pascal Couchepin, l'homme? «C'était Pascal Couchepin, qui est né à Martigny, qui a vécu en Valais une partie de sa vie, qui a étudié à Saint-Maurice, qui est très reconnaissant de ce qu'il y a appris, et qui a fait de la politique par passion, mais aussi par conviction», me répond-il après être descendu de l'estrade.

A ce propos, force est de constater que sa prestation était moins un «credo philosophique» qu'une explication de sa démarche politique... «Si l'on demande à un homme politique d'exposer son credo philosophique, il ne s'agit pas de ses convictions religieuses ou artistiques. La question, c'est pourquoi il a choisi telle conception politique, quelle est la philosophie qui sous-tend son action politique», argumente-t-il.

Y a-t-il néanmoins parfois un choc entre l'action du ministre et les convictions de l'homme? «Non, pas tellement, dit-il. En principe, je fais ce qui correspond à mes convictions profondes. Avec ce qu'Aristote appelait la 'vertu de prudence', c'est-à-dire la volonté d'essayer d'obtenir un résultat».

On peut donc réaliser un parcours comme celui de Pascal Couchepin tout en restant fidèle à soi-même? Le regard de la bête politique se trouble légèrement... «Cela a un coût: celui de se retrouver parfois un peu seul. Mais cela n'a pas d'importance sur la durée. Je suis très reconnaissant de ce qu'a été ma vie».

Les rues d'une petite cité comme Saint-Maurice, parfois, méritent qu'on s'y attarde.

swissinfo, Bernard Léchot à Saint-Maurice

Faits

Le 1er Festival francophone de Philosophie se tient à Saint-Maurice, en Valais, du 8 au 11 septembre.
Notamment au programme:
De nombreuses conférences.
Du théâtre («Le visiteur» d'Eric-Emmanuel Schmitt), du cinéma, des expositions sur la question des origines.
Le spectacle «Les dialogues du ciel et de la vie» d'Hubert et Benoît Reeves.
Et les «credos philosophiques», avec notamment Pascal Couchepin, Jacques Chessex, Anne Bisang, Jean Romain, Alexandre Jollien, Jan Marejko, Micheline Calmy-Rey...

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En bref

- Saint-Maurice, commune valaisanne, est située à l'entrée de la Vallée du Rhône.

- Habitée dès l'Antiquité, elle était connue à l'époque romaine sous le nom d'Agaune, qui fut le lieu (historique ou légendaire?) du massacre de la légion thébaine.

- Vers l'an 300, Maurice, commandant de la légion thébaine, refusa de sacrifier au culte de l'empereur. Il fut mis à mort, ainsi que ses compagnons.

- Sur ses restes, exhumés par Théodore, premier évêque nommément connu d'Octodure (ancien nom de Martigny), fut édifié un sanctuaire, qui devint l'Abbaye de Saint-Maurice d'Agaune en 515.

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