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Attention, travaux littéraires!

'Dentelle bipolaire', détail de la couverture.

(SP)

Mêlant trame romanesque et poésie, une jeune écrivaine genevoise signe «Dentelle bipolaire». Rolf Kesselring s’est plongé dans les excès et les débordements de Cilcée et de Tripace…

C’est l’éditeur Pierre-Marcel Favre qui, il y a pas mal d’années, au cours d’un repas, avait proclamé qu’en Suisse romande, il y avait, au mètre carré, plus de jeunes talents que nous le pensions.

Autour de la table, nous étions quelques convives, écrivains, artistes en tout genre, et même producteurs divers. En fait l’éditeur lausannois s’insurgeait contre nos propos pessimistes quant à l’indigence de l’expression culturelle en Romandie.

Il avait raison, le bougre ! Notre pays regorge de talents confirmés aussi bien que de nouveaux qui écrivent tous le menu pour des temps à venir.

Nouvel(le) auteur(e), espoir tout neuf

Comme je l’ai souvent dit, écrit, répété ou proclamé lors de conversations à perte de nuits et d’arguties, «il ne suffit pas d’écrire pour devenir écrivain», même si Picabia prétendait naguère que «c’est en tâchant que l’on devient tâcheron» !

Fort de cette presque certitude, je recherche, lorsque j’ouvre un volume, c’est de la séduction, de l’esprit, du style, de la verve et, de l’imagination, du chagrin, de la douleur extrême, que sais-je, moi! Je veux être surpris, bousculé, entraîné, bref, je veux sentir une ambiance, une atmosphère, la marque forte d’un magicien des mots.

Évidemment, je reste souvent sur ma faim et je suis rempli de regrets et de frustrations. Quelquefois, pourtant, des signes subtils, à peine des indices, un je-ne-sais-quoi dans le vocabulaire, la syntaxe ou l’intrigue, me disent que je viens de frôler un talent, un écrivain en devenir, que je viens de me lier avec un membre inconnu de ma famille.

C’est le cas dans l’ouvrage intitulé «Dentelle bipolaire» que Cécile Haering vient de publier aux Éditions Baudelaire à Lyon.

Premier opus, premier cri

Au début de ma lecture, une surprise m’attendait. Elle résidait dans la structure même du livre… Je venais de découvrir que l’histoire de Cilcée et de Tripace, passionnément amoureux l’un de l’autre, était composée d’une succession de petits textes aérés par une grosse cinquantaine de poèmes.

Tout d’abord, je crus que les poèmes s’amarraient à l’histoire de nos deux héros passionnés et la complétaient. S’ils la complètent, c’est peut-être parce que ce sont des poèmes dédiés à la nature, à l’amour, à la passion et à l’espoir et à la passion de Cilcée.

Très vite, un malaise m’a pris à la lecture de cet ouvrage. J’eus l’impression que l’histoire romanesque de Cilcée s’était essoufflée très vite et que, pour faire bon poids pour épaissir le mille-feuilles de papier, on avait glissé des poèmes, presque au hasard.

Tout devenait comme si une petite vergogne d’auteur devant la maigreur du manuscrit avait saisi l’auteur(e) … À moins que ce ne soit la volonté de cette dernière de se débarrasser en un volume des manuscrits épars comme on rejette une pesanteur trop longtemps supportée.

En fait il s’agissait de deux ouvrages distincts et pourtant intimement liés par l’amour et sa désespérance. J’eus, soudain, la sensation d’une douleur intense, telle qu’en procurent les solitudes qu’on sait définitives.

Une souffrance indicible

La lecture de manuscrits, pendant des décennies, m’a appris à ne pas juger à l’emporte-pièce, sur une première impression, et à rejeter un ouvrage à cause d’une structure maladroite ou d’une erreur de présentation. Sous le bois dur de l’apparence se cachent quelquefois des sensibilités dissimulées, des émotions cataclysmiques, trésors réels de la littérature.

À mon sens, c’est la noblesse du métier d’éditeur que de ressentir ce qui n’est pas écrit, avoué, crié, sous le chaos des mots, sous le fatras d’un texte, dans cette jungle intime et souvent impénétrable… surtout s’il s’agit d’un premier ouvrage qui lui est proposé.

C’est exactement le petit miracle qui s’est produit dans mon esprit en lisant l’ouvrage de Cécile Haering. C’est réellement une dentelle. Et bipolaire. Cette femme crie d’une souffrance solitaire en racontant une histoire, celle de Cilcée et de Tripace (Patrice?) son amoureux roux comme un alcool vieilli en fût de chêne.

Bipolaire, comme disent les médecins de l’esprit, Cécile (ou Cilcée) cahote d’états jubilatoires, passionnés en chutes vertigineuses. Elle frôle les abîmes les plus insondables. Funambule de son existence, elle avance en pertes d’équilibre, à la limite de la chute fatale.

Jusqu’au moment où le petit couteau suisse tracera un sillon sanglant et définitif sur la peau de ses poignets.

Rolf Kesselring, swissinfo.ch

Cécile Haering

Genève. Née en 1965 à Genève, Cécile Haering écrit ses premiers poèmes durant l’enfance.

Publications. Elle fait publier à compte d’auteur trois recueils poétiques en 2004, 2005 et 2006.

Bipolarité. Affectée de troubles bipolaires, elle vit en compagnie de son mari et de ses deux chats, «avec des hauts et des bas moindres grâce aux médicaments».

Thèmes. Le trouble bipolaire et l’amour traversent ses écrits..

Premier roman. «Dentelle bipolaire» a paru en mars 2010 aux Editions Baudelaire, à Lyon.

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Troubles bipolaires

Le trouble bipolaire est une catégorie des troubles de l'humeur, anciennement nommé PMD (Psychose maniaco-dépressive) ou MMD (maladie maniaco-dépressive).

Les personnes atteintes de trouble bipolaire connaissent des changements d'humeur extrêmes. Il est normal d'avoir «des hauts et des bas» mais, chez ces patients, «les hauts» sont très hauts (pôle maniaque) et «les bas» très bas (pôle dépressif).

La durée des épisodes maniaques ou dépressifs, va de quelques semaines à plusieurs mois. Leur fréquence est également variable.

Chaque malade a donc son propre «cycle» qui est composé d'une phase maniaque, d'une phase dépressive et d'une phase «normale». On parle de trouble bipolaire à cycle rapide lorsque les patients présentent au moins quatre cycles

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