Vivre & vieillir

Au-delà des clichés sur la Suisse

Comme tous les pays, la Suisse véhicule des clichés négatifs. Ils peuvent porter sur sa richesse - «tout le monde est riche» -, sa qualité de vie - «c'est l'un des endroits les plus sûrs du monde» ou ses habitants - «ils sont si inamicaux et ennuyeux, au début».

Ce contenu a été publié le 23 juin 2020 - 14:01
Skizzomat (illustration)

Même parmi les étrangers qui résident dans le pays alpin, il peut y avoir «des opinions fortes sur le pays, dont certaines, malheureusement, vont jusqu’à dire que la Suisse est bien plus belle que ses habitants, comme le dit notre ancienne collègue Clare O’Dea, auteure d’un livre sur le mode de vie suisse.

Les habitants, les touristes, les immigrants et les observateurs occasionnels ont tous droit à leurs points de vue. Et certaines idées sur les Suisses - ils ne sont pas autorisés à tirer la chasse d'eau après 22 heures ou à posséder plus d’un cochon d'Inde, par exemple - sont amusantes ( bien qu'un seul de ces éléments soit vrai.).

Mais de nombreuses affirmations, telles que la façon dont le pays traite les étrangers ou les femmes, peuvent en révéler beaucoup sur les mentalités, l'histoire du pays, la politique et les normes sociétales.

Dans son livre The Naked Swiss, Clare O’Dea a voulu présenter une «vision plus juste et plus équilibrée» de sa terre d'adoption, y compris sur l'un des clichés les plus répandus: les Suisses sont fortunés.

Elle relève que la richesse moyenne par adulte est parmi les plus élevées au monde et «cette richesse couvre le pays comme le poli à meubles, faisant briller les routes et les toits». Mais, ajoute-t-elle, «un nombre relativement restreint de personnes fabuleusement riches tirent la moyenne suisse vers le haut.»

En termes de richesse moyenne, les Suisses sont en effet parmi les plus riches du monde. Le pays compte également une forte densité de ménages millionnaires. La majorité des résidents se situent dans la tranche des «revenus moyens», telle que définie par l'Office fédéral de la statistique (OFS).

Pour autant, le pays n’échappe pas à la pauvreté. Près de 8% de la population est considérée comme pauvre, selon l’OFS.

Vivre près du seuil de pauvreté en Suisse est presque aussi dangereux que partout ailleurs, comme on l’a vu avec la pandémie de coronavirus. Les conditions de vie et de travail précaires ont accru l’exposition de ce groupe à la maladie et au dénuement.

Le sort des étrangers dans le pays nourrit de nombreuses spéculations, difficile à ignorer, car un quart de la population n’a pas la nationalité suisse.

La presse évoque parfois l’histoire de certains candidats à la naturalisation recalés pour ne pas avoir répondu à d’obscures questions sur les traditions du pays. Ces articles renforcent l'idée que l’accès à la nationalité suisse est devenu extrêmement difficile.

Pourtant, la vérité est légèrement plus complexe. Un grand nombre de résidents étrangers déclarent ne pas avoir besoin de la nationalité suisse pour se sentir bien intégrés.

Il y a pourtant des inconvénients. Considérez les assurances automobiles: il est parfaitement légal de facturer aux conducteurs une prime plus élevée s'ils détiennent un passeport italien. Beaucoup diraient que c'est discriminatoire. Dans l'Union européenne, c'est même illégal.

Les variations de primes selon la nationalité peuvent sembler insignifiantes, mais elles soulèvent des questions sur les formes de discrimination inscrites dans la législation.

Comme la nationalité, le genre est un autre problème. Un lecteur a demandé pourquoi un pays riche comme la Suisse semblait être à la traîne en matière d’égalité entre femmes et hommes. «La plupart des mères en Suisse restent-elles à la maison?», se demande un lecteur nommé Kay.

Les femmes, après tout, n'ont obtenu le droit de vote sur le plan fédéral qu'en 1971. (Le plus petit canton du pays, Appenzell Rhodes-Intérieures, n'a étendu localement le droit de vote aux femmes qu'en 1990.) Les inégalités au travail persistent. En 2019, des dizaines de milliers de femmes sont descendues dans la rue pour protester contre le manque de progrès en la matière.

Pour de nombreuses femmes, les congés de maternité restent un point de friction, car ils sont parmi les moins généreux des pays développés. Les efforts visant à introduire le congé paternel sont bloqués par la droite conservatrice.

Mais de toutes les affirmations entendues sur les Suisses, la plus difficile à ébranler – et à vérifier – concerne leur froideur et leur méfiance supposées à l’égard des nouveaux venus. «Il est très difficile de se faire des amis ici», écrit une lectrice, Caroline. «C'est un pays tellement incroyable, mais qui manque de chaleur.»

«C'est peut-être les traditions et les coutumes», pense un lecteur du nom de James, qui explique que les Suisses ont du mal à nouer des liens d’amitié avec des gens d'autres cultures.

Pourtant, regardons ce qu'il s'est passé pendant la pandémie: les habitants du Tessin ont ouvert leurs portes aux travailleurs frontaliers en provenance d'Italie, et des bénévoles de toute nationalité ont aidé les personnes à risque dans leur communauté à faire des courses.

Pendant la plus grande crise qu’a connu le pays depuis la Seconde Guerre mondiale, la chaleur humaine et la solidarité entre les cultures n’ont pas manqué.

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