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Avec l'Algérie, la Suisse ne fait pas de politique mais des affaires

Deux des membres de la délégation algérienne reçus mardi par le président du Conseil national, Peter Hess.

(Keystone)

Face à la crise qui secoue l'Algérie depuis avril, Bruxelles et Washington ont pris clairement position. De son côté, la Suisse continue de miser sur sa politique de rapprochement avec Alger. Berne jauge même favorablement les perspectives économiques offertes par l'Algérie.

C'est en tous cas l'avis d'André von Graffenried, ambassadeur de Suisse à Alger. «Le moment est venu d'investir en Algérie. C'est un marché potentiellement intéressant», a déclaré l'ambassadeur à l'ATS, en prévision de la visite qu'effectue cette semaine une délégation parlementaire algérienne en Suisse.

André von Graffenried a également déclaré, à propos de cette visite, qu'elle était l'occasion de renforcer la démocratie au niveau politique et d'offrir des opportunités économiques».

Le secrétaire d'Etat à l'économie, qui a rencontré mardi la délégation algérienne, tempère quelque peu cette vision optimiste. David Syz estime en effet que l'Algérie offre de bonnes perspectives à moyen terme. Mais le gouvernement doit encore approfondir les mesures de confiance à l'égard des investisseurs étrangers, selon Alan Kocher, porte-parole du Secrétariat à l'économie.

Alan Kocher rappelle d'ailleurs que les deux pays ont signé un accord portant sur la protection des investissements et que les Parlements des deux pays devraient le ratifier cette année encore.

De leur côté, les cinq députés algériens - tous membres de partis au pouvoir - ont tenté de convaincre leurs interlocuteurs helvétiques des bonnes dispositions de leur gouvernement.

Les parlementaires algériens ont par exemple évoqué un plan de relance économique d'une quinzaine de milliards de dollars, annoncé récemment par le président Bouteflika. Les élus algériens ont également évoqué la perspective d'une libéralisation totale ou partielle du secteur des hydrocarbures.

Un domaine déjà très profitable à l'économie suisse. Le groupe ABB a ainsi annoncé mardi avoir décroché un contrat de 70 millions de dollars avec la compagnie nationale Sonatrach pour l'élargissement d'un important pipe-line en Algérie.

Sur le plan politique en revanche, la Suisse ne prévoit pas de démarche particulière. Pourtant, le mécontentement social et politique qui s'exprime en Algérie depuis avril et à la brutale répression qu'il a suscitée commence à inquiéter les capitales occidentales.

Lors de leur sommet à Göteborg, les chefs d'Etat et de gouvernement européens ont ainsi déclaré: «L'Union européenne ne peut rester indifférente à la tragédie que connaît l'Algérie. Elle appelle tous les responsables algériens à un sursaut et à une initiative de grande ampleur pour surmonter cette crise, par le dialogue entre tous les Algériens». Des propos qui tranchent avec l'habituelle retenue observée par la diplomatie européenne à l'égard du pouvoir algérien.

Pour la Suisse, en revanche, un tel changement de ton n'est pas encore à l'ordre du jour. Le ministre des Affaires étrangères a bien fait part aux parlementaires algériens de son inquiétude face à la crise. Mais Joseph Deiss n'a pas annoncé de changement dans la politique suivie par Berne à l'égard du régime algérien, selon Livio Zanolari, porte-parole des Affaires étrangères.

De son coté, Hocine Aït Ahmed, le vieux leader de l'opposition dont le rôle a été implicitement critiqué par la délégation parlementaire algérienne, a remis mardi une liste de 130 disparus depuis la manifestation du 14 juin dernier au Haut Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Frédéric Burnand

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