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Avec l'Euro, les Roms d'Italie veulent redorer leur image

(swissinfo.ch)

Si des rixes ont éclaté en Suisse, en Italie, le match qui opposait la Squadra Azzura à la Roumanie n'a pas donné lieu aux affrontements redoutés par les autorités de plusieurs villes. Le score (1-1) soulage les Roms qui craignaient des actes de vengeance.

La rencontre qui a opposé la Roumanie à l'Italie vendredi soir au stade du Letzigrund à Zurich a été le théâtre d'actes de violence sur les bords de la Limmat.

Ces rixes et ces actes de déprédation ont fait de cette soirée, la plus mouvementée du l'Euro 2008 depuis le début du championnat.

A la surprise générale, en Italie, l'événement qui se déroulait dans un contexte social très tendu et que les services de police de plusieurs villes redoutaient, s'est déroulé dans le calme.

Ainsi, à Milan, les carabiniers avaient pris très au sérieux les menaces proférées depuis plusieurs semaines par les Ultras du club de l'Inter (mouvement d'obédience néofasciste). Ces supporters, réputés pour leur violence, avaient juré qu'ils s'en prendraient aux Roms en cas de défaite de la Squadra Azzurra.

Etat d'alerte

C'est pourquoi, au nord de la métropole lombarde, dans le quartier du cimetière municipal, un important dispositif de sécurité avait été déployé par la police et la mairie de Milan. Pas moins d'une vingtaine de véhicules des forces de l'ordre et plus de deux cent agents anti-émeute avaient été dépêchés aux abords du camp rom de Triboniano. Plus de 200 familles tziganes, d'origines roumaine et bosniaque vivent sur ce périmètre.

Durant les jours qui ont précédé le match Italie-Roumanie, la tension entre les citoyens et les populations d'immigrés n'avait cessé de grimper dans la Péninsule. Ainsi, à Rome, plusieurs groupes de militants ultranationalistes avaient ouvertement manifesté leur haine des tziganes et autres nomades au centre de la capitale et aux environs des camps occupés par ces ethnies.

A Milan, des hooligans italiens avaient fait courir le bruit qu'ils installeraient un camping sauvage à Triboniano même, durant l'Euro 2008.

Bouclier humain

Des mouvements de lutte contre le racisme et des organisations chrétiennes ont décidé de prendre le contre-pied face au danger. Ainsi, Caritas Milan a organisé des tournois de football mixtes, réunissant à la fois des enfants tziganes et des gosses italiens.

Ces associations ont surtout aussi convaincu les habitants des camps d'ouvrir leurs habitations pour accueillir les citoyens italiens chez eux et suivre le match ensemble. Ainsi, à Triboniano, quelque 120 personnes, des familles pour la plupart, ont décidé de franchir le pas et de jouer les boucliers humains face à la menace, en rejoignant les Roms devant les petits installés devant les caravanes.

«Il faut que cette psychose absurde cesse», explique à swissinfo Mario, un assistant social de Caritas et habitué du camp. «D'un côté, les Italiens encensent un footballeur roumain comme Andrea Pirlo et de l'autre, ils nourrissent une véritable phobie envers les Roms», précise encore le jeune homme, en répartissant les visiteurs auprès des familles roms prêtes à les accueillir.

Opération réussie

Durant toute la rencontre, la détente et la bonne humeur ont transformé les visages des hôtes et de leurs invités. Désireuses de faire de cette soirée un moment inoubliable pour tout le monde, les familles roms avaient confectionné des spécialités tziganes, comme ces boulettes de viande de porc et de riz drapées de feuilles de chou, des grillades et des crudités typiques de leur région, le tout arrosé de bière et de vin roumains.

Au premier but marqué par les joueurs des Carpates, leurs compatriotes ont hurlé de joie et se sont empressés de consoler les tifosi italiens avec des paroles encourageantes et quelques blagues aussi. La réponse des Azzurri ne s'est d'ailleurs pas fait attendre.

Résultat idéal

Avec un score de un à un, les deux équipes adverses se sont neutralisées, et les supporters italiens gardent encore espoir de voir leur formation reprendre le dessus après l'humiliante victoire des Pays-Bas lundi dernier à Berne.

Pour les Roms, l'issue de la rencontre tient plutôt du soulagement pour ceux qui craignaient quelques randonnées punitives. Tibi, âgé de 24 ans, en a assez de l'image négative de son peuple, renvoyée par les médias italiens: «Je suis très content comme ça, c'est la solution idéale. Nous avons bien joué et les Italiens n'ont aucune raison de nous en vouloir puisqu'il n'y a pas eu de défaite».

«Pour moi, que le meilleur gagne, ça m'est égal. Ce qui compte, c'est que les Italiens aient pu se rendre compte avec cette fête organisée par notre camp que nous ne sommes pas des voleurs d'enfants, que nous sommes propres et honnêtes et que nous aspirons aux mêmes idéaux qu'eux: avoir un travail et une maison», confie pour sa part Luka, en attisant le feu d'un barbecue.

Un violent orage, qui a éclaté une dizaine de minutes avant la fin du match, a fini de décourager les éventuels fauteurs de troubles et, au bout du compte, les crânes rasés ont brillé par leur absence.

swissinfo, Nicole della Pietra à Milan

Roms en Italie

Selon un sondage publié à la mi-mai par le quotidien italien La Repubblica, 52% des citoyens de la Péninsule voudraient voir les immigrés non originaires de pays membres de l'Union européenne quitter la Botte.

A cette même question, posée uniquement pour les immigrés roumains d'ethnie rom, le souhait de les voir partir atteindrait même 71%. La peur des Italiens face aux Tziganes est à son comble; les récents incendies de camps à Naples témoignent de cette exaspération.

Des sources officieuses font état de quelque 800'000 à un million de Roms vivant en Italie. Environ 200'000 à 250'000 d'entre eux seraient présents dans le bassin de la Lombardie.

La mairie de Milan vient de lancer une large opération de recensement de ces populations, dans le but notamment de déterminer quelles sont les personnes en droit de demeurer sur le territoire national italien.

Près de la moitié des Roms établis en Italie sont de nationalité italienne. Pour la plupart, il s'agit de Roms de Roumanie qui proviennent généralement de la région de Craiova, au sud-ouest de Bucarest, proche de la frontière Bulgare.

Les Roms sont souvent confondus avec les gens du voyage parce la majorité d'entre eux vit dans des caravanes abandonnées et des abris improvisés, fait de matériaux de récupération. Mais c'est faute de logement et de moyens que les Tziganes sont contraints de s'en accommoder de ce type d'habitat.

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