Menace sur la société civile de la Genève internationale

Le travail de centaines d'ONG est étroitement lié aux activités des Nations Unies et des organisations internationales basées à Genève. Keystone / Fabrice Coffrini

L'impact immédiat de la pandémie sur les organisations non gouvernementales basées à Genève a été restreint, révèle une enquête. Mais les organisations non gouvernementales (ONG) sont inquiètes pour leur financement à venir.

Quelque 79% des ONG ont été contraintes de réduire leurs activités en raison de la pandémie, révèle un sondage publié jeudi dernier. Un quart d’entre elles a réduit ses effectifs, mais par rapport à d'autres secteurs de l'économie, les ONG «semblent avoir été relativement épargnées à court terme», ont déclaré les auteurs, qualifiant l'impact de «modéré, mais bien réel».

Plus de la moitié (54%) des 125 ONG qui ont répondu au sondage - sur les 450 opérant dans la Genève internationale - ont déclaré que l’impact global avait été «modéré», tandis que 44% l’ont décrit comme «grave».

Un quart des organisations sondées a déclaré avoir été contraint de licencier du personnel, tandis qu'un autre quart a déclaré qu'il le ferait au cours des six prochains mois.

Récemment, la Geneva Disarmament Platform a annoncé sa fermeture après trois ans d’existence en raison de l’impact de la Covid-19. Mais les auteurs de l'enquête n'en ont trouvé aucune autre poussée à de telles extrémités. Environ 5% (six ONG) ont déclaré que l’impact économique de la pandémie représentait un danger pour l’avenir de leur organisation, tandis que 47% (53) ont déclaré que la menace était «substantielle».

Congélation 

Au cours des trois derniers mois, des dizaines de réunions et conférences des organisations internationales basées à Genève ont été annulées ou suspendues en raison de la pandémie.

Le 13 mars, le coronavirus a mis un coup d’arrêt aux activités tenues au Palais des Nations. Des restrictions d'urgence ont été imposées au personnel et aux locaux, comme dans le reste de la Suisse. La session principale du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, un événement qui attire nombre d’ONG, a été contrainte de suspendre ses travaux (qui doivent reprendre le 15 juin prochain). Un autre rassemblement essentiel pour les ONG - l'Assemblée mondiale de la santé (OMS) - a bien tenu sa réunion annuelle, mais sur deux jours seulement et en visioconférence.

La grande majorité des ONG (90%) qui ont répondu à l'enquête ont déclaré avoir des liens de travail étroits avec l'ONU, comme avec une trentaine d'organisations internationales basées Genève, les deux tiers déclarant que ces relations avaient été affectées. Environ 77% ont déclaré qu'elles avaient dû annuler les réunions prévues à Genève.

«L'écosystème de la Genève internationale - les interactions continues entre les missions permanentes des États, les organisations internationales et les ONG - s'est grippé à cause du virus. Mais il s’est maintenu grâce aux outils du travail à distance», affirme Julien Beauvallet, responsable du Centre d'accueil de la Genève Internationale, l’organisme gouvernemental qui a réalisé le sondage avec l’Office des Nations unies à Genève. En outre, les trois quarts des ONG sondées ont mis en place des projets liés à la pandémie, faisant preuve d'une certaine réactivité, a-t-il ajouté.

Craintes pour le financement

Mais les nuages continuent de s'accumuler sur les organisations humanitaires ou d'aide au développement. Oxfam, l’une des plus visibles, a récemment annoncé qu’elle allait supprimer progressivement ses bureaux dans 18 pays et supprimer 1500 emplois, soit un tiers de son personnel, en raison des contraintes financières causées par la pandémie.

Un peu plus de la moitié des ONG basées à Genève (53%) affirment connaître une baisse dans leur trésorerie. Au total, 14% ont déclaré que les fonds avaient été retirés au milieu de la pandémie, tandis que 36% ont connu une réduction de leur financement et 42% pour lesquelles ces versements avaient été retardés.

Une enquête réalisée début mai auprès de 116 organisations britanniques de développement international a brossé un tableau encore plus sombre que celui de Genève. Au total, 70% des ONG britanniques s’attendaient à des difficultés financières dans les mois à venir et 43% pensaient qu’elles fermeraient au cours des six prochains mois, faute de fonds supplémentaires.

Aux yeux de Julien Beauvallet, l'impact financier sur les ONG basées à Genève est relativement marginal jusqu'à présent, mais les inquiétudes sont encore importantes à long terme: «Les ONG sont principalement financées par les États et les organisations internationales selon des cycles annuels ou pluriannuels et il y aura certainement un décalage compte tenu de la crise actuelle. Les réactions des donateurs seront importantes.»

«Les perspectives de financement sont très sombres, ajoute-t-il. Il existe de grandes craintes et incertitudes parmi les ONG concernant les donateurs. Cela inclut tout changement budgétaire potentiel au cours des prochaines années, mais aussi des craintes quant à la place des ONG dans la Genève internationale si les interactions actuelles ne sont pas possibles en raison de la distanciation sociale, des restrictions de voyage et d'autres mesures liées à la pandémie. »

Le nombre d'ONG basées à Genève a augmenté ces dernières années. Selon le Centre d'accueil de la Genève internationale (CAGI), 420 ONG (+ 5%) ont été enregistrées l’année dernière, employant 3109 personnes (+ 6%). Sur ce nombre, 200 ONG employaient au moins une personne, tandis que les deux tiers en employaient moins de dix. La plupart de ces associations sont actives dans les domaines humanitaires, des droits humains et des migrations.

L’année dernière, une étude de l'Université de Genève avait identifié 750 ONG basées à Genève. Elles se répartissent sur six principaux domaines d'activité: justice, paix et droits de l'homme (47% des ONG); éducation, égalité des sexes et emploi (42%); lutte contre la pauvreté et la faim (31%); connaissance et innovation (25%); santé (22%); et environnement (21%).

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