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Barrigue, la perte de l'optimisme

Barrigue, la nature vaudoise pour se ressourcer.

(swissinfo.ch)

Souvenirs 2003, perspectives 2004… Avec aujourd’hui, le dessinateur de presse Barrigue, figure de proue du quotidien «Le Matin».

Interviewé chez lui, dans les hauts de Lausanne, Thierry Barrigue répond aux questions de Bernard Léchot.

2003: tempête dans le Landerneau scolaire romand. Alors que Barrigue illustre des manuels depuis 20 ans, les cantons de Vaud et de Genève décident, sous la pression notamment de certains enseignants, d’expurger de ses dessins les nouveaux manuels romands de mathématiques.

L’affaire semble se diriger aujourd’hui vers une voie plus apaisée (écoutez l’audio «L’affaire Barrigue, état des lieux»). Barrigue n’en sort pas pour autant intact.

swissinfo: Pour vous, à quoi en est «l’affaire»?

Thierry Barrigue: Cette affaire, je l’ai laissée de côté, parce que c’est quelque chose qui m’a fortement déçu. Un boulot qui s’est passé remarquablement bien pendant 20 ans, du côté des profs comme des élèves… Cette histoire m’a donc bien bousculé.

swissinfo: Quelles traces tout ce chahut a-t-il laissé en vous?

T.B.: Un sentiment assez amer. L’idée que la société est bien malade, que le monde de l’enseignement n’est pas très fort, pas très flambant, et que de ce point de vue-là, il est aussi le reflet de la société, qui ne va pas très bien. Et qu’il y a pas mal de lâcheté de la part d’un certain monde politique.

swissinfo: Sur un plan plus large, quel événement vous a marqué en 2003?

T.B.: 2003, c’est la continuité de 2002, et ainsi de suite, 2001, 2000… J’en reste à avoir un point de vue un peu désespéré sur le monde tel qu’il va. Le Mur de Berlin et le communisme se sont effondrés à la grande joie de l’ultra libéralisme triomphant, qui n’est pas non plus une solution. Le déséquilibre de la planète entre le monde du Sud et celui du Nord ne fera que s’aggraver.

Et quand on crée des désespérés sur la Terre, et bien, il ne faut pas s’étonner ensuite qu’ils foutent des bombes à Istanbul ou ailleurs. Ce que je retiens de 2003, c’est donc l’aggravation de cet écart, et je ne pense pas que les riches feront l’économie d’un examen de conscience, fort et récurrent, de leur attitude vis-à-vis du Sud.

Quand l’appartement du voisin flambe et qu’il y a donc la misère juste à côté de chez vous, il serait illusoire de croire que cette misère ne va pas à un moment ou à un autre déborder dans votre appartement.

swissinfo: Si vous deviez résumer l’année 2003 par deux couleurs… lesquelles choisiriez-vous et pourquoi?

T.B.: J’ai été profondément choqué par les attentats d’Istanbul, comme on peut l’être par ceux de Bali ou d’ailleurs. Il y a donc la couleur rouge, celle du sang. Et comme je suis quelqu’un d’assez pessimiste, comme le sont d’ailleurs souvent les humoristes, j’aurais du mal à voir du rose quelque part. Ou alors tout au plus le rose bonbon, avec tout ce que cela peut comporter de péjoratif, des émissions type Star Academy.

swissinfo: A titre personnel, vos attentes pour l’année 2004?

T.B.: J’espère retrouver une certaine sérénité: actuellement, je suis un peu désillusionné. Ce que j’attends personnellement, c’est la confirmation du bonheur que m’apportent mes enfants. Pour moi, c’est essentiel. J’ai la chance de pouvoir les accompagner dans leurs études, que les aînés ont presque finies. Ils sont semble-t-il bien dans leur peau, bien dans ce qu’ils font, et j’attends cette confirmation-là. En ce qui me concerne, c’est ma principale, ma meilleure, et ma plus belle réussite.

swissinfo: Et sur un plan national?

T.B.: J’aimerais que ce pays retrouve une véritable opposition de gauche. Il est de plus en plus urgent de se défendre. J’essaie de travailler en solidarité avec les syndicats, comme celui de La Poste – on est en train de démanteler à tour de bras les bureaux de poste.

J’aimerais qu’on retrouve des partis qui s’engagent pour la défense d’acquis sociaux. «Acquis social», ce n’est pas péjoratif, et ce n’est pas à remettre systématiquement en question. Nos parents et nos grands-parents se sont battus pour un certain nombre de choses, on ne va pas les brader comme ça du jour au lendemain. J’attends un sursaut, où «être de gauche», se vouloir plus solidaire les uns des autres, ne serait pas considéré comme ringard.

swissinfo: Pour conclure, imaginons que la planète entière vous écoute. Qu’avez-vous avez envie de lui dire?

T.B.: Je suis désolé de ne pas être très optimiste… Mais je pense qu’il faudrait s’arrêter de courir vers les technologies les plus modernes et les dépenses énergétiques. On est en train d’étouffer cette planète. Les équilibres planétaires ne vont pas bien, les inondations succèdent aux étés de sécheresse et réciproquement, on épuise les ressources naturelles de la planète, je crois que c’est grave pour les générations futures.

Alors ce que j’ai envie de dire, même si c’est d’une terrible prétention, c’est qu’on devrait arriver à être un peu plus en alerte, un peu plus angoissés à propos de la marche écologique de cette planète.

swissinfo, propos recueillis par Bernard Léchot

En bref

- Souvenirs 2003, perspectives 2004… série dont le principe est, en compagnie de personnalités qui ont eu une actualité importante en 2003, de jeter un coup sur l’année écoulée, mais aussi de regarder 2004 droit dans les yeux!

- Barrigue est né Thierry de Montvallon le 7 juillet 1950, à Paris. Dessinateur-journaliste depuis 1972, il collabore notamment à Rock & Folk, La Quinzaine littéraire, L'Unité, Le Point, Télérama, Le Journal du Dimanche, Le Matin de Paris, ou France-Soir.

- Depuis septembre 1979, il est dessinateur de presse au quotidien suisse Le Matin. Ses «Barricatures» 2003 viennent de paraître.

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