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Berne reparlera droits de l'homme avec Islamabad

Christian Dunant se dit optimiste quant à l’avenir des relations indo-pakistaniases.

(swissinfo.ch)

Ambassadeur de Suisse au Pakistan, Christian Dunant a réamorcé le dialogue sur les droits de l’homme, interrompu il y a six ans.

Dans une interview à swissinfo, le diplomate dit également ses espoirs et ses craintes sur le conflit avec l’Inde et sur l’avenir du voisin afghan.

Christian Dunant est arrivé à Islamabad en janvier 2000, trois mois après la prise du pouvoir par le général Pervez Musharraf. Il en repartira dans deux mois.

Durant cette mission de presque cinq ans au Pakistan, il a également été l’ambassadeur suisse pour l’Afghanistan voisin. Un poste qui l’a amené à se rendre régulièrement à Kaboul, pour négocier avec le gouvernement mis en place à la chute des taliban.

Au Pakistan même, l’ambassadeur a toujours gardé un œil sur les tensions avec le puissant voisin indien. Les deux pays (tous deux dotés de l’arme nucléaire) se disputent depuis leur indépendance la province-frontière du Cachemire et ce différend a déjà conduit à deux guerres.

swissinfo: Jusqu’à quel point le conflit indo-pakistanais – et les efforts de la communauté internationale pour l’apaiser – ont-ils dominé vos années passées à Islamabad?

Christian Dunant: Les relations entre les deux pays ont toujours été l’une de mes priorités. Après la prise du pouvoir par le général Musharraf, il est rapidement apparu que le nouveau régime voulait améliorer les relations avec l’Inde.

Nous avons suivi les développements de près, mais nous n’avons pas été vraiment capables d’intervenir. A Islamabad comme à Delhi, en effet, on n’est pas prêt à laisser quiconque se mêler de l’avenir du Cachemire.

Il est donc très difficile pour un petit pays comme la Suisse d’avoir la moindre influence, même si, en tant qu’Etat neutre, nous sommes tout à fait respectés par les deux parties.

Cela dit, pour la première fois depuis mon arrivée ici il y a bientôt cinq ans, je suis plutôt optimiste quant au développement des relations avec l’Inde. Et j’espère qu’un jour, les deux voisins arriveront à vivre ensemble normalement.

swissinfo: La Suisse entretient le dialogue sur les droits de l’homme avec certains pays, comme la Chine ou l’Iran. Qu’en est-il avec le Pakistan?

C. D.: Dans ce domaine, notre dialogue a été interrompu en 1998, après les essais nucléaires effectués par l’Inde et par le Pakistan. Ensuite, à la prise du pouvoir par Pervez Musharraf, nous avons décidé de geler ce dialogue.

Mais depuis quelques mois, nous avons essayé de reprendre les négociations. Les discussions sont en cours avec les autorités d’Islamabad et je pense que nous allons pouvoir redémarrer à la fin de cette année. Je crois réellement qu’une telle volonté est présente chez nos interlocuteurs.

Nous participons déjà au financement de certains projets pour aider à promouvoir les droits de l’homme. Par exemple, nous travaillons avec le gouvernement sur de nouveaux manuels scolaires, qui rendront les enfants plus conscients de ces problèmes.

Nous soutenons également des programmes pour aider les femmes qui sont en prison. On peut dire que nous sommes assez actifs dans ce domaine.

swissinfo: Quels seront d’après vous les principaux défis qu’aura à relever votre successeur pour améliorer les liens entre Berne et Islamabad?

C. D.: Sa tâche principale sera de surveiller les progrès de l’économie pakistanaise pour voir si nous pouvons améliorer nos relations bilatérales en matière commerciale.

Il devra également observer de près l’évolution de la situation politique et voir si la démocratie s’installe réellement au Pakistan. Car ceci aura une influence directe sur nos relations avec ce pays.

Une autre tâche sera de négocier un accord avec Islamabad sur le rapatriement des Pakistanais qui vivent illégalement en Suisse.

swissinfo: Si l’on parle maintenant de l’Afghanistan, pensez-vous que l’élection présidentielle d’octobre marquera un tournant décisif pour ce pays?

C. D.: Je crois que le président intérimaire Hamid Karzai n’aura pas trop de difficulté à être élu. Mais je ne suis pas excessivement optimiste quant au fait que cela puisse apporter la paix et la stabilité à son pays.

Je suis allé quatre fois en Afghanistan durant les huit derniers mois et à chaque fois, j’y ai constaté que la situation avait empiré sur le plan de la sécurité.

Les gens deviennent de plus en plus nerveux… en partie à cause de l’approche de l’élection, mais aussi parce que la paix est vraiment difficile à établir quant vous avez encore des seigneurs de la guerre aussi puissants et un gouvernement central aussi faible.

Hamid Karzai fait ce qu’il peut, mais sa marge de manœuvre est très limitée. Les talibans sont encore actifs dans le sud du pays, le long de la frontière pakistanaise, et ils représentent une menace majeure pour la sécurité.

swissinfo: Les agences d’aide au développement et les ONG expriment les même craintes. Quels sont les conséquences pour le travail des coopérants suisses sur le terrain?

C. D.: Pour l’instant, nous n’avons pas l’intention de fermer le bureau de la DDC (Direction du développement et de la coopération) à Kaboul.

Bien sûr, le travail devient plus difficile, mais on arrive encore à le faire malgré tout, du moins pour l’instant. Nous sommes toutefois préparés au pire. Si quelque chose devait arriver, nous n’hésiterions pas à fermer le bureau. Je ne risquerai pas la vie de ces gens si la situation devient trop dangereuse.

swissinfo: Comment la Suisse peut-elle continuer à aider à la reconstruction de l’Afghanistan?

C. D.: Pour l’instant, nous nous concentrons sur l’aide humanitaire. Mais nous avons l’intention de passer dès que possible à des projets de reconstruction et de développement à plus long terme.

A l’avenir, nous devrions pouvoir aider les provinces, qui vont devoir trouver leur propre système de relation avec le gouvernement central. Ceci est certainement un domaine où la Suisse, avec sa structure fédéraliste, pourrait apporter son expérience. Pour autant que le peuple et les autorités afghanes en veuillent.

swissinfo-interview: Ramsey Zarifeh
(Traduction: Marc-André Miserez)

Faits

Né en 1950 à Genève, Christian Dunant entre au Ministère des Affaires étrangères en 1976.
En 1978, il est nommé chef de mission suppléant à l’ambassade suisse de Kinshasa. Il travaillera plus tard dans les ambassades d’Ottawa et de Paris.
En 1996, il devient chef adjoint de la mission suisse auprès des Organisations internationales à Genève.
En janvier 2000, il est nommé ambassadeur à Islamabad, un poste qu’il va quitter en novembre prochain.

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