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Bertrand Piccard, la responsabilité individuelle

Bertrand Piccard, saisi à l’aéroport de Cointrin.

(swissinfo.ch)

Souvenirs 2003, perspectives 2004… Avec aujourd’hui, Bertrand Piccard, instigateur du projet «Solar Impulse».

Souvenirs 2003, perspectives 2004… Avec aujourd’hui, Bertrand Piccard, instigateur du projet «Solar Impulse».

Solar Impulse»: le projet a été annoncé le 28 novembre dernier. Pour sa partie saillante, le rêve d’un tour du monde à bord d’un avion fonctionnant uniquement à l’énergie solaire.

Pour sa partie plus profonde, une collaboration étroite avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, portant sur plusieurs secteurs de pointe: l’énergie solaire, mais aussi la création de nouveaux matériaux ou le développement d’interfaces homme-machine (lire l’article «Après le vent, Piccard s’attaque au Soleil»).

swissinfo: L’annonce du projet «Solar Impulse» est toute fraîche… comment percevez-vous la façon dont la nouvelle a été accueillie?

Bertrand Piccard: Cela a été accueilli de manière enthousiaste, autant par le public que par certaines entreprises, ou par des spécialistes du développement durable et des énergies renouvelables.

Ce qui m’a amusé, c’est que pas mal de gens m’ont demandé pourquoi je voulais risquer le succès passé et mon confort actuel dans un projet qui peut rater… Ou on est pionnier dans l’âme ou on ne l’est pas. J’ai envie de commencer quelque chose de nouveau pour la deuxième partie de ma vie, et non pas de vivre sur des acquis.

swissinfo: Sur un plan plus large, quel événement vous a marqué en 2003?

B.P.: Sur un plan international, il y a beaucoup d’enjeux qui sont cachés, secrets, et on ne peut en voir que certaines manifestations déplaisantes. Il est donc difficile de juger, mais on constate tout de même une chose: c’est que le président des Etats-Unis n’a pas compris ce qu’il faut faire pour répondre aux sensibilités de notre époque et pour être soutenu par la communauté internationale.

Il a réussi en quelques mois de gouvernance à se couper d’à peu près tous ses soutiens internationaux. Il refuse de ratifier le protocole de Kyoto, celui concernant le Tribunal Pénal International, il impose des taxes protectionnistes sur l’acier, entre en conflit avec des traités internationaux, notamment ceux de l’OMC qu’il a pourtant promus lui-même, autorise un passe-droit sur les lois environnementales pour la rénovation des centrales thermiques américaines…

Et ensuite il s’étonne que la communauté internationale ne le suive pas dans sa guerre en Irak. Du point de vue de la communication, ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer. C’est un grand point d’interrogation que me laisse 2003.

swissinfo: Si vous deviez résumer l’année 2003 par deux couleurs, lesquelles choisiriez-vous et pourquoi?

B.P.: Le gris virant au noir ou le gris virant au blanc, tout dépend de ce qu’on va en faire. En se lançant dans leur croisade moyen-orientale, les Etats-Unis ont pris un risque énorme. Celui de déstabiliser complètement la région.

Ils ont cru qu’en promouvant une démocratie à l’occidentale, ils pourraient améliorer la situation. Alors que tous les pays qui ont connu ce type de démarche se sont retrouvés submergés par des ailes intégristes et ont fait des coups d’Etat pour revenir en arrière – notamment l’Algérie.

Il est très important d’avoir un dialogue avec les autres cultures et les autres religions. Et un respect pour ce qui est différent. Mais je ne suis pas sûr qu’on en soit capable.

swissinfo: L’année 2003 sur un plan national?

B.P.: D’un côté, il y a la Suisse qui essaie de rejouer un rôle sur un plan humanitaire et diplomatique. Madame Calmy-Rey a un élan extraordinaire. Soutenir l’Accord de Genève (israélo-palestinien, NDLR) bien avant que ce ne soit un succès dénote un vrai courage politique.

De l’autre côté, il y a cette tendance à glisser vers une politique spectacle qui n’est pas du tout dans l’intérêt de la Suisse. Quand j’entends des politiciens qui souhaitent dériver vers un système d’alternance, avec une majorité et une opposition, je pense qu’on frise le désastre.

La seule force de la Suisse, qui n’a pas de matière première et dont l’industrie n’est pas au mieux de sa forme, c’est de montrer une stabilité sociale et politique qui permet aux banques, aux assurances, bref, aux services de fonctionner. Et donc au pays de fonctionner. La spirale majorité/opposition risque de casser cela, de casser la paix du travail, les négociations sociales. C’est la cohabitation gouvernementale et le système de concordance qui assurent à la Suisse sa prospérité.

swissinfo: Et cela même quand le gouvernement rassemble des extrêmes?

B.P.: C’est justement quand il y a des extrêmes en présence qu’il faut réussir à trouver des compromis. On voit bien les catastrophes que l’alternance suscite dans certains pays voisins.

swissinfo: A titre personnel, vos attentes pour l’année 2004?

B.P.: 2004, ce sera beaucoup de travail. La conception de l’avion solaire. L’intégration du travail de l’EPFL dans la construction. Et la recherche de partenaires financiers. Beaucoup de choses passionnantes.

swissinfo: Pour conclure, imaginons que la planète entière vous écoute. Qu’avez-vous avez envie de lui dire?

B.P.: L’humanité a la possibilité de s’autodétruire ou de s’autosauver. Les choix qui vont être faits vont être primordiaux. Quand on a la conscience qu’on consomme un million de tonnes de pétrole par heure, que ¾ de la population mondiale ne mange pas à sa faim et n’a pas accès au niveau de vie décent, on doit se remettre en question. Et on doit réaliser que la lutte contre la pauvreté, l’accès à la santé et à l’éducation sont des priorités absolues pour notre planète.

Sur le plan de l’environnement, le développement durable ne doit pas être seulement une bonne intention, mais une réalité. Nos choix doivent viser désormais le long-terme et non le court-terme. On doit entrer dans une logique de consommation éthique, de respect social, tout en promouvant la responsabilité individuelle qui permettra de tirer le monde en avant. Mais on ne peut pas tirer le monde en avant en laissant autant de gens derrière.

swissinfo, propos recueillis par Bernard Léchot


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