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(swissinfo.ch)

Ségo, Sarko ou Bayrou: quel que soit le nom du futur locataire de l'Elysée, les relations diplomatiques entre Berne et Paris ne devraient guère s'en trouver bouleversées.

Ancien ambassadeur de Suisse en France, Bénédict de Tscharner raconte la sympathie ou l'indifférence, voire l'ignorance que nourrit la classe politique hexagonale vis-à-vis du voisin helvétique.

Le cadre du Château de Penthes sied bien à l'élégance un peu aristocratique de Bénédict de Tscharner. Désormais retiré de la diplomatie, il y préside la Fondation qui gère notamment le Musée des Suisses dans le monde.

De la France, où il fut ambassadeur durant cinq ans, ce fin connaisseur de l'histoire européenne dit que ses changements de majorité n'affectent finalement que très peu les relations avec son voisin. Relations qu'il qualifie de «stables, anciennes et bonnes».

swissinfo: Comment la classe politique française voit-elle la Suisse ?

Bénédict de Tscharner: Les Français, ont plusieurs façons de regarder la Suisse. Certains la connaissent bien et ont beaucoup de sympathie pour elle. Et il y a aussi dans la classe politique française des gens qui prennent volontiers la Suisse un peu comme contrepoint, pour la critiquer ou pour se mettre eux-mêmes en évidence.

Mais, je dirais que la part la plus importante, c'est quand même l'indifférence. Et l'ignorance. Aujourd'hui, en matière de relations internationales, c'est d'abord Bruxelles qui absorbe l'énergie et le temps des politiciens français.

swissinfo: A l'élection de François Mitterrand en 1981, on a parlé de valises de billets de banque qui allaient passer la frontière. Mythe ou réalité ?

B. de T.: Il y a certainement eu une certaine tentation, et des tentatives, et même des réussites dans ce domaine. Il est clair que la France n'a pas toujours eu la main très légère, ni très heureuse pour garder certaines fortunes.

Cela dit, les riches Français qui quittent le pays ne le font pas nécessairement pour la Suisse. Ils peuvent traverser la frontière pour aller au Luxembourg, à Monaco, en Belgique, ou en Grande-Bretagne.

Finalement, c'est une question de proportions. Si cela devient une sorte de fuite généralisée, le pays concerné a visiblement un problème. Mais si c'est épisodique, de temps en temps, une star du sport ou du show-business, ça fait peut-être le bonheur d'une certaine presse, mais ce n'est pas un problème politique ou économique réel.

swissinfo: Cela ne semblait pas être l'avis d'Arnaud Montebourg, qui s'en est pris violemment à la Suisse à l'époque du déménagement de Johnny Hallyday à Gstaad...

B. de T.: J'ai eu l'occasion de discuter avec Monsieur Montebourg. C'est un homme qui défend certaines causes, et qui a aussi certaines ambitions personnelles. Son combat principal est un combat franco-français, qui ne concerne absolument pas la Suisse.

swissinfo: Il n'empêche: il était à l'époque le porte-parole de Ségolène Royal. Son coup de gueule contre la Suisse ne traduisait-il pas un souci de la candidate socialiste ?

B. de T.: Je ne pense pas que sur ces questions très précises, elle ait une ligne déjà aujourd'hui.

Dans les campagnes présidentielles, on a tendance à tout vouloir projeter sur le candidat. Mais il y aura des élections législatives, des majorités, des tendances au parlement, un gouvernement, et finalement, c'est tout cela qui va compter.

Donc, dans l'hypothèse où Madame Royal se retrouve à l'Elysée, avec un gouvernement de gauche, et peut-être Monsieur Montebourg dans une position importante, il est tout à fait possible que certaines de ses idées puissent devenir la politique du gouvernement français.

Cela dit, s'agissant de fuite des capitaux, ou de coopération fiscale, je crois qu'un gouvernement de droite peut être tout aussi déterminé, ou difficile pour nous, qu'un gouvernement de gauche.

swissinfo: On a vu grimper la cote de popularité du candidat centriste François Bayrou, qui souhaiterait instaurer en France un gouvernement de coalition. Certains n'ont pas manqué de faire la comparaison avec la Suisse. Qu'en pensez-vous ?

B. de T.: Monsieur Bayrou est sans l'ombre d'un doute le candidat qui ressemble le plus à un homme politique suisse. C'est un homme de la mesure, du centre, il incarne cette tradition chrétienne démocrate, qui a joué un si grand rôle dans l'Europe de l'après guerre.

C'est aussi un homme qui vient de la profondeur de la France, du Béarn. Il a bien sûr une longue carrière politique derrière lui, mais il est moins pariso-parisien que certains de ses concurrents.

Maintenant, il faut se garder de comparer une mécanique de négociation de coalition telle qu'elle pourrait se déclencher en France avec ce que nous avons en Suisse. Le Conseil fédéral n'est pas un gouvernement de coalition. Il n'y a pas de négociations de coalition, ni de groupement de partis qui se présente au parlement pour être investi du pouvoir.

swissinfo: Pourquoi à votre avis les Suisses, et surtout les Romands, sont-ils tellement fascinés par le spectacle de la politique française ?

B. de T.: Les Suisses ont toujours eu un faible pour les monarques. Il n'est qu'à voir avec quelle ferveur ils ont accueilli la reine d'Angleterre par exemple.

Je crois que la télévision d'aujourd'hui renforce cette nostalgie d'une politique un peu plus spectacle. Et elle ne date pas d'hier. Les officiers suisses au service des rois de France admettaient volontiers de se faire donner des titres de vicomte ou de marquis, tout en restant de très braves Fribourgeois, Bernois ou Lucernois.

swissinfo: Vous parlez de monarchie, mais la France est une république...

B. de T.: Oui, mais elle a gardé beaucoup de monarchique. Les Français ont coupé la tête de leur roi pour très vite s'accommoder d'un empereur, puis d'autres rois. Et la constitution de la Ve république a quand même réservé des pouvoirs très étendus au président.

Cela dit, si l'on passe outre l'écrin, les lambris dorés et les fastes de la Garde républicaine, Jacques Chirac est un homme qui aime la simplicité. Et dans la conversation privée, il est agréable, direct et au fond pas du tout hautain.

Interview swissinfo: Marc-André Miserez

Bénédict de Tscharner

Issu d'une vieille famille de l'aristocratie bernoise, docteur en droit de l'Université de Bâle, Bénédict de Tscharner entre en 1963 au Département fédéral (ministère) des Affaires étrangères, où il s'occupe des questions européennes.

En 1970, il devient chef du Bureau de l'intégration. De 1980 à 1985, il est délégué du gouvernement aux accords commerciaux, puis chef de la mission suisse auprès des Communautés Européennes à Bruxelles de 1987 à 1993.

De 1993 à 1997, il dirige la Délégation suisse auprès de l'OSCE à Vienne, puis est nommé ambassadeur de Suisse en France, son dernier poste de diplomate, qu'il occupe jusqu'en 2002.

Résidant désormais à Genève, il y occupe la présidence de la Fondation pour l'histoire des Suisses dans le monde, qui gère notamment le Musée des Suisses dans le monde, installé au Château de Penthes, dans le quartier genevois des organisations internationales.

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Relations franco-suisses

C'est à Paris que fut établie la toute première légation helvétique permanente, suite à la création de la République helvétique par Bonaparte en 1798.

Aujourd'hui, la Suisse figure au second rang des excédents d'exportation de la France dans le monde, elle est son 8ème partenaire économique et figure au 5ème rang des investisseurs étrangers.

La France est le 3ème partenaire économique de la Suisse après l'Allemagne et les Etats-Unis.

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