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Carla Del Ponte avait mis jadis deux superflics sur écoute

Carla Del Ponte gardera sans doute le silence dans cette affaire.

(Keystone Archive)

Pourquoi Carla Del Ponte, ex-cheffe du Ministère public de la Confédération, aujourd'hui procureur du Tribunal pénal international, surveillait-elle deux ex-superflics? Dick Marty, lui aussi ancien procureur tessinois, s'en émeut. Il pourrait demander des explications.

Le Ministère public de la Confédération met, d'emblée, les choses au point. «Personne n'a été accusé, l'affaire est close, nous dit son porte-parole Hansjürg Mark Wiedmer. L'enquête a mené nulle part, nous ne voulons ni répéter les soupçons ni nuire à la réputation de quiconque».

L'information date de quelques jours seulement et n'avait pas émoustillé les rédactions. Mais la Télévision Suisse Romande s'en est fait l'écho dimanche soir, dans son émission «Mise au point», relayée lundi par le Forum de la Radio Suisse Romande.

En son temps, car il est aujourd'hui à la retraite, Fausto Cattaneo, ancien commissaire de police tessinois, s'était illustré dans la lutte contre le crime organisé. Cette «supertaupe» - pour reprendre le jargon du milieu - avait non sans succès infiltré des cartels de la drogue, péripéties sur lesquelles il a d'ailleurs récemment publié quelques souvenirs.

La semaine dernière, le Ministère public de la Confédération l'a informé par lettre de la fin d'une procédure lancée contre lui en 1995 pour espionnage politique et économique. Avec une précision qui accroît encore son indignation: ses téléphones étaient sur écoute.

Les faits qu'on lui reprochait remontent à 1995, à une époque où il avait déjà quitté la police. A titre privé, il avait alors rencontré le leader de la Ligue du Nord italienne, Umberto Bossi. C'est une dépêche d'agence qui, dit-on, aurait mis la puce à l'oreille du Ministère public de la Confédération. Mais, au bout de l'enquête, rien n'a pu être reproché à Fausto Cattaneo.

Jacques-André Kaeslin a travaillé de très longues années à Berne au sein de la police fédérale. Lui aussi a été informé de la fin d'une procédure ayant impliqué une mise sur écoute de ses communications.

«Je me sens blessé et touché dans mon honneur, lâchait-il lundi soir à la Radio Romande, offusqué de savoir qu'il avait été l'objet d'un «double jeu» de la part de son employeur: «tous les policiers et magistrats avec lesquels j'ai travaillé ont pu apprécier mon intégrité».

Cela dit, écoutes téléphoniques il y a eu. En ce qui concerne Fausto Cattaneo, explique-t-on encore du côté du Ministère public, «ce moyen d'enquête était adapté à la gravité des soupçons». Le cas de Jacques-André Kaeslin était différent. Aucune suspicion n'aurait jamais été émise contre lui, on voulait plus simplement «contrôler le flux d'information».

C'est Mme Carla Del Ponte, à l'époque où elle était procureur de la Confédération, qui avait donc décidé ces mises sur écoute. La voici montrée du doigt. A tort, réplique le Ministère public. Car cette procédure nécessite l'approbation préalable du président de la Chambre d'accusation du Tribunal fédéral.

Reste que, six ans plus tard, le même Ministère public avait aussi la possibilité de ne pas remuer ces affaires. Le droit prévoit en effet des exceptions à l'obligation d'informer après coup les personnes visées. A condition, une fois encore, d'obtenir l'aval de la justice.

De son côté, Carla Del Ponte gardera sans doute le silence. Depuis deux ans qu'elle travaille à La Haye - dit-on dans son entourage - elle est bien trop occupée à régler les gros dossiers des crimes de guerre commis dans les Balkans et au Rwanda.

Cette affaire de téléphones aura-t-elle cependant des suites politiques? Dick Marty, qui aujourd'hui occupe l'un des deux sièges du Tessin à la Chambre des cantons du Parlement fédéral, s'en est en tout cas publiquement ému. Et pour cause: cet ancien procureur cantonal connaît bien ceux qui n'acceptent pas qu'on ait pu entretenir quelque soupçon à leur égard.

Pour le conseiller aux États, tout cela laisse un goût d'amertume, dit-il au micro de la Radio Romande: «nous devons être rassurés que nous ne pouvons pas employer ces moyens sur la base de soupçons vagues et d'antipathies personnelles». Allusion aux relations tendues entre Carla Del Ponte et Fausto Cattaneo qui ne cache pas que c'est «une bataille» entre elle et lui.

Il ne faut pas en déduire que Dick Marty s'oppose inconditionnellement aux écoutes téléphoniques. A ses yeux, elles restent un moyen efficace de lutte contre le crime organisé. Mais, craint-il, tout usage abusif qu'en ferait l'autorité judiciaire pourrait inciter le monde politique à l'interdire. Il n'exclut donc pas d'interpeller le gouvernement.

Bernard Weissbrodt

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