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Carla Del Ponte n'a pas les moyens d'arrêter Milosevic

Slobodan Milosevic lors d'un discours électoral au Monténégro le 20 septembre dernier.

(Keystone)

Qu´adviendra-t-il de Slobodan Milosevic, suite à son éviction? Que peut faire le TPI, dirigé par la Suissesse? Le point de vue de Pierre Hazan dont le dernier livre sort en librairie sous le titre: «La justice face à la guerre, de Nuremberg à La Haye».

Le propos de notre confrère Pierre Hazan était de comprendre la nature exacte du Tribunal pénal international de La Haye, un tribunal qui contrairement à celui de Nuremberg au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ne représente pas une justice des vainqueurs. Le TPI, en particulier celui chargé de juger les crimes de guerre en ex-Yougoslavie, est-il vraiment indépendant des sphères politiques?

La réponse de Pierre Hazan est double: non, parce que ce tribunal dépend des grandes puissances pour son financement, la collecte d'information et les arrestations; oui, parce que «il a réussi à ne pas être seulement l'alibi de la mauvaise conscience de certaines puissances occidentales». Ce qui s'est vérifié à travers l'inculpation de Slobodan Milosevic.

Que va donc devenir celui qui pendant des années a mené bataille pour une Grande Serbie? On peut imaginer deux cas de figure. Soit, il reste en Yougoslavie, sachant que l'homme fort du moment, Vojislav Kostunica, a d'ores et déjà fait savoir qu'il ne le remettrait pas aux juges du tribunal international. Soit un pays tiers (on a parlé de la Russie ou de la Chine) lui ouvre ses portes en toute impunité, violant ainsi ses obligations internationales.

Dans la première hypothèse, pense Pierre Hazan, «cela ne poserait pas de problème immédiat pour le gouvernement de Kostunica, mais à terme, si le nouveau régime continue de se soumettre aux injonctions du TPI, le processus de normalisation au sein de l'Europe et de la communauté internationale en deviendra sûrement beaucoup plus difficile».

A propos de Kostunica précisément, Pierre Hazan ne se montre pas particulièrement enthousiaste: «C'est un nationaliste extrêmement prudent. D'un côté, il n'a jamais profondément remis en cause l'idéologie grand-serbe de Milosevic, il l'a certes accusé d'avoir perdu des guerres, mais pas de les avoir commencées».

«D'un autre côté, le nouveau leader serbe n'a jamais explicitement condamné les crimes commis au nom de ce régime et de cette idéologie. Sincèrement ou par souci tactique, il se montre très hostile au TPI, il estime que c'est une monstruosité aux mains des Américains. Mais le raccourci est flagrant et quelque peu éhonté».

Pierre Hazan s'interroge encore sur la portée de l'intention de Kostunica de revisiter le passé au travers d'une 'Commission Vérité' composée d'experts indépendants: «on ne peut que se féliciter d'un processus qui ouvrirait la voie à une réflexion sur les crimes commis en ex-Yougoslavie quels qu'en soient les protagonistes, mais c'est aussi une façon d'échapper à une remise en cause profonde de ce qu'a été cette idéologie».

Quant à l'opinion publique serbe, elle mettra sans doute beaucoup de temps à réaliser à quel point elle a été manipulée par Belgrade. «Pendant toutes ces années, poursuit Pierre Hazan, la population serbe a été totalement endoctrinée, elle a l'impression d'avoir été diabolisée par la communauté internationale, elle ne comprend pas non plus vraiment la nature du TPI tellement celui-ci lui a été dépeint de manière caricaturale et fausse».

Dans ces conditions, que va pouvoir faire Carla Del Ponte, procureur du TPI? Notre confrère constate qu'elle ne dispose pas d'une police internationale en mesure d'arrêter Milosevic et les autres inculpés de son entourage. En revanche, son travail est de convaincre certains Etats de faire pression sur Belgrade.

«C'est là que le véritable rapport de force va se jouer, conclut Pierre Hazan. La question est en effet de savoir comment les Occidentaux vont peser les différents éléments de la situation. Ils veulent une transition pacifique et ils ne mettront donc pas maladroitement la pression maximale pour obtenir Milosevic aujourd'hui. Qu'en sera-t-il demain? Il ne faut pas oublier que c'est avec lui qu'ils ont toujours traité. A Dayton, en 1996, ils le présentaient même comme le garant de la stabilité régionale».

Propos recueillis par Bernard Weissbrodt

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