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Carton jaune pour Lukas Mühlemann

Lukas Mühlemann a dû renoncer à la casquette de président du CSG. Keystone Archive

Le numéro un du Crédit Suisse perd une partie de son pouvoir en renonçant à la présidence du conseil d'administration. La Bourse a plutôt bien réagi.

Ce contenu a été publié le 04 juillet 2002 - 17:50

Un peu après 13 heures, le titre Credit Suisse Group (CSG) progressait légèrement, à 45,8 francs (+ 0,8 %), dans un marché orienté à la hausse (+ 1,9 % pour le SMI). C'est ainsi que la Bourse suisse a accueilli les changements annoncés mercredi soir.

Le CSG en a d'ailleurs profité pour indiquer qu'il allait se retrouver dans le rouge au deuxième trimestre, sans donner de chiffres. Principal motif invoqué: l'évolution contraire des marchés financiers. Pas de quoi véritablement rassurer les investisseurs.

Le syndrome Hüppi

Le conseil d'administration du géant bancaire aura donc, d'ici à la prochaine assemblée générale, en avril 2003, un nouveau président. Lukas Mühlemann, reste toutefois à la tête de la direction générale. Il cumulait les deux fonctions depuis deux ans.

Le syndrome Hüppi? L'ancien directeur-général et président de Zurich Financial Services avait d'abord renoncé à l'une de ses deux fonctions, avant de finalement devoir tout abandonner, en avril dernier.

François Savary, stratégiste indépendant à Genève, n'exclut pas que ce réaménagement au sommet du CSG ne soit qu'une étape vers l'éviction complète de Lukas Mühlemann. Mais c'est loin d'être sûr.

«C'est surtout un moyen de lui dire: maintenant il faut remettre la maison en ordre, analyse François Savary au micro de la Radio Suisse Romande. Et c'est là dessus que l'on va te juger.»

Autre indice de la perte d'influence du patron du CSG: le départ de Thomas Wellauer, considéré comme un proche de Lukas Mühlemann, et issu, tout comme lui, de la société de conseils McKinsey.

Oswald Grübel, le retour

Il est immédiatement remplacé à la tête de l'un des deux grands secteurs du groupe, Credit Suisse Financial Services (CSFS). Belle revanche pour son successeur, Oswald Grübel.

Cet ancien responsable des activités de banque privée avait démissionné, en juillet dernier, au moment de l'intégration de sa division à l'intérieur de CSFS, sous la responsabilité de Wellauer.

Les événements se sont accélérés, ces dernières semaines. Car à la fin mai encore, devant les actionnaires, le conseil d'administration et son président avaient défendu le principe la double casquette.

Un principe, avaient-ils relevé, conforme au nouveau code suisse de gouvernement d'entreprise. Plusieurs propositions lancées contre le cumul avaient été rejetées. Mais l'une d'elle avait tout de même recueilli près de 20 % des voix.

Son promoteur, Daniel Biedermann, n'est aujourdhui qu'en partie satisfait de la mesure prise par le CSG. «Ce n'est en fait qu'une demi-mesure», déclare le directeur de la fondation Ethos, qui gère les fonds de près d'une centaine de caisses de pensions suisses.

Il poursuit : «si le conseil d'administration pense que le cumul des fonctions n'est plus la meilleures solution et que M. Mühlemann n'est plus le président idéal, il a la responsabilité de prendre des mesures avec effet immédiat. Alors pourquoi garder M. Mühlemann encore un an?»

Les changements annoncés ne vont en tous cas pas changer grand chose, dans l'immédiat, à la situation du groupe. Le CSG a vu la valeur de son titre chuter d'un tiers depuis le début de l'année. L'année passée, son bénéfice net s'était effondré de 73%.

Une stratégie mise en question

La stratégie de «bancassurance», lancée il y a cinq ans, est aujourd'hui mise en question par les investisseurs. Le CSG a ainsi dû injecter le mois passé 1,7 milliard de francs dans l'assureur Winterthur, racheté en août 1997.

«Cette société est très vulnérable par rapport aux développements sur les marchés financiers, note François Savary. C'est très important dans ses revenus et, à l'heure actuelle, elle en souffre.»

Autre acquisition aujourd'hui problématique, celle de la banque d'affaires américaine Donaldson, Lufkin and Jenrette, réalisée il y a deux ans pour 20 milliards de dollars. Trop cher, reconnaissent les responsables du CSG eux-mêmes.

Et puis il y a les nombreuses «casseroles» que traînent le groupe et son patron. Notamment les multiples démêlés du Credit Suisse First Boston (la banque d'affaires) avec les autorités de régulation des marchés, notamment aux Etats-Unis.

Il y a aussi le passé de Lukas Mühlemann chez Swissair. Il est resté membre du conseil d'administration du groupe aérien suisse jusqu'à son effondrement, en octobre passé. Son domicile a été perquisitionné le mois passé par la justice zurichoise.

La confiance à retrouver

Pour Dominique Biedermann, il faut reprise en main. «Il faut redonner confiance à la fois aux actionnaires, aux clients. Et surtout, également, aux collaborateurs, pour que tous retrouvent une motivation.»

A ces conditions, le directeur d'Ethos envisage un bon bénéfice au second semestre. Mais il prévient : «on y parviendra uniquement avec une direction claire. Malheureusement, avec la demi-mesure qui a été prise, on n'a fait qu'une partie du chemin.

swissinfo/Pierre Gobet à Zurich

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