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Chrétiens de Mossoul Les Eglises appellent au secours en Irak

Par , Genève

Les chrétiens et d'autres minorités d'Irak sont victimes de persécutions de la part des djihadistes sunnites. 

(Reuters)

Plus d’un million de personnes ont été déplacées en Irak. Selon le Conseil œcuménique des Eglises (COE), il est urgent d’offrir une assistance humanitaire aux chrétiens d’Irak, qui sont martyrisés par les extrémistes islamistes.

Pour Peter Prove, un représentant du Conseil Œcuménique des EglisesLien externe, la situation en Irak n’est plus tenable. Les chrétiens et les autres minorités du pays victimes de persécution de la part de l’Etat Islamique, le groupe djihadiste sunnite auparavant nommé ISIS, ont besoin d’être protégés. Il faut leur offrir de l’aide.

Les chrétiens de Mossoul sont établis en Irak depuis des siècles. Mais, depuis 2003 et la chute du régime de Saddam Hussein, leur nombre n’a fait que de diminuer. Auparavant, près de 30'000 chrétiens vivaient dans cette ville située au nord du pays. Au moment où les extrémistes islamistes se sont emparés de la cité, quelques milliers y étaient encore établis. Mais, aujourd’hui, il n’y a plus qu’une poignée de familles qui habite encore à Mossoul. Les violences les ont tous fait fuir.

swissinfo.ch: D’après vos sources, qu’est-il exactement en train de se passer dans la région?

Peter Prove: Nous avons reçu une série de rapports de la part des leaders des églises affectées sur le terrain. Ces personnes nous ont fourni des photos de maisons chrétiennes et chiites marquées par les combattants islamistes, ainsi que de nombreux témoignages sur les menaces qui planent sur les minorités religieuses.

Les chrétiens, en tout particulier, sont forcés de se convertir à l’Islam. Ils ne peuvent y échapper uniquement sous d’extrêmes conditions: ils doivent soit payer une taxe spéciale ou quitter la ville en laissant toutes leurs possessions derrière eux. Ils se font aussi parfois simplement exécuter.

Résultat: toute la population chrétienne de la région a été obligée de fuir. Il y a énormément de réfugiés internes en Irak, une grande partie d’entre eux se sont rendus dans la région autonome du Kurdistan. Et les chrétiens ne sont pas les seules victimes, toutes les autres minorités vivent le cauchemar. On assiste à une refonte complète de l’architecture sociale de l’Irak – ou du moins des régions contrôlées par l’Etat Islamique. Tout le pays est uniformisé. Toute diversité est agressivement attaquée et expulsée.

Le Conseil Œcuménique des Eglises a été fondé en 1948 et est basé à Genève. Son but est d’unir les différentes communautés chrétiennes. Fin 2013, le COE comptait 345 églises membres et représentait plus de 500 millions de chrétiens. L’Eglise catholique romaine n’en est pas membre, mais maintient des contacts réguliers avec le groupe. Un groupe de travail conjoint se réunit annuellement.

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swissinfo.ch: Que fait le Conseil Œcuménique des Eglises pour aider, alerter et sensibiliser les gens à la situation?

P.P.: Tout comme le reste de la communauté internationale, nous nous sentons impuissants face à une telle violence. La crise est si extrême et évolue si rapidement… Les médias internationaux font un excellent travail pour rapporter l’information et parler de la crise. Nous en sommes très reconnaissants. Mais le message sur la gravité de la situation et son impact concret pourrait être amplifié. Si la pression médiatique augmente, il sera plus facile d’appeler à une action directe et immédiate de la communauté internationale.

Il faut néanmoins faire attention. Malgré l’urgence de la crise en Irak, le Conseil Œcuménique des Eglises estime qu’une intervention militaire est systématiquement la pire méthode pour résoudre une crise. Il  s’agit d’un moyen de dernier recours. Observez le résultat des dernières interventions militaires dans la région… La seule qu’elles ont réussi à faire est de fomenter les extrémistes.

Le pluralisme religieux et la coexistence pacifique ne peuvent exister que grâce au dialogue et à une coopération mutuelle. Malheureusement, dans le cas présent, il nous semble impossible de parler avec les membres de l’Etat Islamique. Il faut lancer une intervention humanitaire pour protéger les minorités et lutter contre ce mouvement extrémiste.

Nous ne savons pas encore exactement comment lutter contre l’Etat Islamique et ses dérives. Nous sommes en train d’étudier la question avec nos membres et avec d’autres organisations internationales. Le sauvetage de la communauté Yazidi, prise au piège sur le Mont Sinjar, grâce à une opération militaire bien ciblée, était notamment une intervention remarquable.

(Téléjournal de la RTS du 17.08.2014)

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swissinfo.ch: Le Conseil Œcuménique des Eglises a écrit une lettre ouverte à l’ONULien externe sur la situation en Iraq. Qu’attendez-vous des Nations Unies?

P.P.: Les Nations Unies sont le meilleur moyen d’obtenir une action collective pour répondre à l’urgence de la situation. Et ceci même si nous sommes conscients qu’il est très compliqué de trouver un accord entre cette énorme communauté de pays.

Il est clair que l’ONU doit être l’organisation clé qui finance, organise et coordonne une opération qui serait lancée pour protéger les communautés martyrisées. En plus de cela, l’action de l’ONU aurait un poids politique. En lançant une action commune, sans mettre à l’écart des groupes sur une base sectaire, l’organisation enverrait un message fort: l’humanité, malgré sa diversité, peut être unie face à la discrimination.

Début juin, la Suisse a augmenté son soutien financier à ses partenaires en Iraq de CHF 3,7 millions à CHF 8,6 millions. Il s’agit de fournir une aide alimentaire et matérielle aux personnes déplacées du nord de l’Irak, spécialement les enfants et les familles, selon un communiqué du Département Fédéral des Affaires EtrangèresLien externe daté du 15 août. En plus de cela, trois experts du Corps suisse d’aide humanitaire ont été déployés auprès des Nations Unies pour renforcer la réponse humanitaire au nord de l’Irak. D’autres déploiements sont actuellement à l’examen. Le communiqué précisait que la situation rend la Suisse «très inquiète» et que le pays condamne les sérieuses violations du droit international. Le pays appelait l’Iraq à redoubler d’efforts pour rétablir l’Etat de droit et le respect des droits humains dans le reste du pays.

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swissinfo.ch: Le COE a initié un dialogue religieux. Mais est-ce que les religions peuvent cohabiter pacifiquement? Comment le faire?

P.P.: Historiquement, le Moyen-Orient est le meilleur exemple de pluralisme religieux, social et ethnique. Cela a même longtemps été une force de la région: toutes ces communautés avec des croyances religieuses et des racines sociales différentes, issues d’ethnies diverses, ont créé un patrimoine unique au monde. Et, aujourd’hui, cet héritage est en grave danger.

Les sociétés du Moyen-Orient vont devenir tellement plus pauvres, plus faibles et plus instables sans ce pluralisme. Tous ces différents groupes sont séparés, et des sociétés monolithiques sont en train d’être créées. Même des membres de notre propre organisation appellent à établir des provinces chrétiennes au Kurdistan, car ils ont peur des autres groupes ethniques et religieux.

Je peux comprendre cette crainte étant donné la gravité de la situation actuelle. Mais cela serait une bien triste solution. En un clin d’œil, on assisterait à la destruction du riche héritage culturel et social du Moyen-Orient, qui a pourtant pris des siècles à bâtir.


(Traduction de l’anglais: Clément Bürge), swissinfo.ch

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