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Christoph Blocher: «Je ne m'étais pas trompé»

Christoph Blocher orchestre un ballet médiatique.

(Keystone)

A Buchs (SG), Christoph Blocher a fêté ses 100 jours au gouvernement en critiquant vertement le système.

Outre une liste de priorités connues, il a lancé une idée en forme d'esbroufe: des séances du Conseil fédéral publiques.

Comme en écho à son appel de décembre, «plus de fenêtres sur l'extérieur du Palais fédéral», Christoph Blocher a convié les médias, vendredi matin à l'autre bout de la Suisse. A Buchs (SG), il a tiré un premier bilan, trois mois après son entrée en fonction.

«Nous sommes à l'endroit où les choses se passent. Cela ne sert à rien de rester éloigné des problèmes», a-t-il insisté. Le Prince du Lichtenstein, qui réside en face de Buchs, aura peut-être été étonné. Mais de lui, il n'a pas été question vendredi.

Un sujet no 1: l’asile

Les problèmes que le premier 'deuxième ministre UDC' de l’histoire suisse a voulu évoquer «là où ils se passent» (c'est-à-dire dans le bâtiment neuf du Service routier de la place, qui accueille aussi la Police cantonale des frontières) relevaient presque exclusivement de l’asile.

Deux heures et demi de conférence de presse plus tard, il avait effectivement été beaucoup question d’asile et d’étrangers. Surtout de ceux qui ne veulent pas présenter leurs papiers et ne collaborent pas avec les autorités. Mais pas uniquement.

Ballet médiatique

Avant cela, le Zurichois a montré qu'il n'avait rien perdu de son sens de la mise en scène médiatique, plus ou moins mis en sourdine depuis son accession au Conseil fédéral.

Arrivant dans la salle de la conférence de presse, il a emmené avec lui les caméras et les photographes, dans un mouvement de groupe qu'on aurait pu croire chorégraphié.

D'abord à droite de la scène, pour saluer les représentants locaux. Puis à gauche toute! Le groupe a retraversé la salle sur les talons du conseiller fédéral, qui se rendait auprès de ses chefs d'office, venus tout exprès de Berne.

Deux invitées

Le début du bilan a été laissé aux invitées, la conseillère d’Etat saint-galloise Karin Keller-Sutter et la cheffe du Service valaisan des étrangers Françoise Gianadda, qui ont décrit les problèmes et de possibles solutions pour améliorer le renvoi des requérants déboutés.

Christoph Blocher s’est ensuite livré à un exercice critique très dur à propos du fonctionnement actuel des institutions. «Tout ce que je craignais sans être à l’intérieur, je l’ai vu en réalité: nous avons trop d’Etat! Je ne m’étais pas trompé!»

«Dilution des responsabilités»

Attaques en règle contre, en vrac, la surabondance de législation et de jurisprudence, l'aide déversée au plus grand nombre au lieu d'un ciblage sur les personnes dans le besoin, les transports publics «de luxe» et, surtout, l'administration pléthorique... Le couplet est, jusqu'ici, relativement connu.

Mais Christoph Blocher a tapé encore plus fort quand il a fustigé la dilution des responsabilités, même au Conseil fédéral:

«Personne n'est clairement responsable de quoi que ce soit vis-à-vis de qui que ce soit», a-t-il dénoncé. A l'heure des questions, le Zurichois a ensuite précisé qu'il ne visait aucun de ses collègues, mais le fonctionnement en tant que tel.

Des décisions en direct?

Après un verdict aussi négatif, les quelques propositions émises ont eu l'air assez fade. Sauf une, véritable coup de bluff:

Christoph Blocher propose de rendre les séances du Conseil fédéral publiques, pour que les citoyens soient mieux informés. Pas toutes les séances: «pas celles où il est question d'individus, ni celles traitant de défense et de sécurité», précise-t-il.

Et pour étayer son propos, il assène que «d'ailleurs, le canton de Soleure connaît cette possibilité.»

«Mon avis n'importe plus»

Comme pour se dédouaner de ses échecs au sein du collège gouvernemental, le Zurichois a répété à plusieurs reprises que sa promesse consistait non seulement à travailler avec ses collègues, mais aussi à «apporter ses convictions politiques au Conseil fédéral».

Et bien sûr il n'y parvient pas toujours. «Mon avis n'importe plus», ajoute-t-il, à propos de Schengen notamment. Christoph Blocher ne pense pas avoir à négocier cet accord à Bruxelles «puisqu'il sera signé, c'est tout.»

L'homme a-t-il vraiment envie de continuer à remplir une fonction où ses idées sont très souvent minoritaires? «Exercez-vous cette charge avec plaisir?» lui demande une journaliste. «Je ne veux pas répondre. Seul le négatif m'intéresse, je suis là pour résoudre des problèmes», se contente de dire le Zurichois.

«Tout reprendre à zéro»

Quant à la question de la durée de son mandat, il ne se l'est «pas encore posée.» Et son objectif personnel? «C'est une chose que je garde pour moi.»

Regrette-t-il son élection? «Est-ce que ce serait mieux si je n'y étais pas allé, répète Christoph Blocher. Non. Imposer son point de vue n'est pas un but en soi. Et je ne considère pas ma marge de manœuvre comme réduite, puisque je n'ai jamais surestimé mon pouvoir d'action.»

Un rêve, quand même: «L'avantage, dans l'économie privée, lâche-t-il, c'est que quand l'argent manque, l'entreprise fait faillite et on peut recommencer sur de nouvelles bases. C'est ce qui devrait être possible avec l'Etat: recommencer depuis le début.»

swissinfo, Ariane Gigon Bormann à Buchs

En bref

- Christoph Blocher, 63 ans, a été élu au Conseil fédéral le 10 décembre 2003, «chassant» la démocrate-chrétienne Ruth Metzler de son poste.

- Figure de proue de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure), le Zurichois est devenu le premier deuxième conseiller fédéral UDC de l’histoire suisse.

- Malgré sa préférence pour le Département des finances, il a hérité du Département fédéral de justice et police (DFJP), au sein duquel il doit régler notammment les questions d’asile et des étrangers.

- La conférence de presse des 100 jours à Buchs (SG) était une première: l’exercice se pratique en règle générale dans la Berne fédérale.

- Christoph Blocher avait en outre tenu à donner la parole à deux représentants des cantons : la conseillère d’Etat radicale st-galloise Karin Keller-Sutter et la cheffe du Service valaisan des étrangers Françoise Gianadda.

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