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Christoph Blocher retrouve ses ailes de tribun

Le nouveau conseiller fédéral a retrouvé un public conquis d'avance.

(Keystone)

Depuis octobre, le Zurichois s’était confiné dans un rôle de candidat conciliant puis, depuis deux semaines, de nouveau conseiller fédéral en retrait.

Vendredi soir à Zurich, à l’Albisgüetli, il est redevenu tribun en ne parlant presque du passé.

Le nouveau conseiller fédéral était attendu au contour – davantage par les journalistes il est vrai que par le public de la traditionnelle réunion de l’Albisgüetli à Zurich.

Après avoir réussi à entrer au Conseil fédéral (gouvernement) le 10 décembre en chassant une ministre démocrate-chrétienne, comment le chef de file de l’Union démocratique du centre (UDC, droite dure) allait-il parler à ses supporters, habitués à l’entendre haranguer et houspiller tout autre parti que le sien?

Le choc des fonctions

A l’endroit qui l’a vu grandir d’année en année dans le rôle de chef de l’opposition, Christoph Blocher allait-il garder les accents modestes et conciliants adoptés ces derniers mois, depuis le lancement de sa candidature en octobre, et conservés depuis son accession au pouvoir?

La semaine dernière lors de l’assemblée des délégués de son parti, le nouvel élu avait même semblé mal à l’aise. Désormais chef du Département fédéral de justice et police, il doit défendre nombre de dossiers sur lesquels son parti est à l’opposé des thèses gouvernementales.

Bref. Un choc symbolique entre les deux Christoph Blocher pouvait se produire.

Piège évité

Il n’en fut rien. Le Zurichois a réussi à éviter le piège où l’aurait placé le ton conciliant de sa nouvelle fonction en... ne parlant pratiquement que du passé.

Il faut dire que plus encore que dans une assemblée de délégués, Christoph Blocher se retrouvait en terrain conquis. Ici, quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, 1350 personnes rient et l’applaudissent.

Aucune décision n’est à prendre, le public est là pour s’amuser, acheter des billets de tombola, manger et écouter deux discours et beaucoup de fanfare. Un environnement qui donne des ailes à Christoph Blocher, d’autant qu’il peut s’y exprimer en dialecte suisse-allemand.

Langage «mixte»

Conscient du danger de décevoir, il a déclaré lui-même vendredi qu’il se permettait d’utiliser un langage «mixte», dans un discours qu’il a décrit comme une «transition entre la présidence de l’UDC cantonale et les nouvelles fonctions fédérales.»

Du coup, le fossé a été saisissant entre la version écrite de son discours, une longue répétition de décisions prises et de credos politiques archi-connus, et la version parlée.

Christoph Blocher sait oublier son texte quand il le faut et tirer en longueur les anecdotes qui déchaîneront la salle.

Fausse naïveté

Ses premières expériences de conseiller fédéral, sur un mode faussement naïf, ont fait mouche. La complexité du règlement concernant les pauses-café, les innombrables abréviations à connaître ont donné matière à des plaisanteries à répétition.

Plus posé que d’habitude, manifestement ravi d’être fêté par les siens, Christoph Blocher s’est aussi laissé aller dans le rôle du patriarche politique, donnant des leçons à un public avide.

Persévérance, honnêteté face à ses propres opinions, refus du compromis boîteux et humilité face aux victoires ont été les pièces de résistance de la partie sérieuse de son discours.

Silence sur d’autres sujets

A part cela, pas un mot n’a été dit sur les votations du 8 février et l’initiative réclament l’enfermement à vie des criminels dangereux, que le ministre doit pourtant combattre, contre son avis personnel.

Pas un mot non plus sur d’autres enjeux politiques objets de futures tensions avec son parti, que ce soit l’asile ou l’Europe.

Pour couronner son discours, Christoph Blocher s’est vu remercier, lui et son épouse, pour le travail accompli. Raide et mal à l’aise, il a écouté les remerciements les yeux baissés.

Chef d’orchestre

Il a fallu la «Marche Christoph Blocher», composée tout spécialement pour lui et qu’il a pu diriger, pour lui faire retrouver le sourire. Heureux comme un enfant, il a fait mine d’exécuter quelques pas de danse sur la scène...

Y aura-t-il une 17e réunion de l’Albsigüetli? Le conseiller national Hans Rutschmann, l’un des possibles successeurs de Christoph Blocher à la présidence cantonale, répond prudemment que «le nouveau président devra d’abord faire un état des lieux avant de décider.» Rendez-vous en 2005.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

En bref

- La réunion de l’Albisgüetli prend son nom du quartier de la ville de Zurich situé sur les hauts du sud de la ville.

- C’est dans cette sombre salle de chasseurs décorée des blasons cantonaux que Christoph Blocher, chaque année en janvier depuis 1987, invite ses amis au nom de l’UDC cantonale, qu’il à présidé de 1977 à 2003.

- Au fil des années, le tribun a su donner une résonance particulière à ce rendez-vous par les thèmes traités, mais aussi en invitant les président successifs de la Confédération.

- Nombre d’entre eux ont décliné l’invitation, à commencer par l’actuel président Joseph Deiss.

- En 2003, Pascal Couchepin avait aussi rejeté l’offre, comme Ruth Dreifuss en 1999 ou Otto Stich en 1994.

- Christoph Blocher a développé sa rhétorique d’opposition à l’Albsigüetli, s’en prenant à l’administration, aux autres partis et, au Conseil fédéral.

- Entre 1998 et 2002, les discours de l’Albisgüetli ont été édités sous forme audio-visuelle (vidéos et cassettes).

- ll y a eu «La Suisse et les cérémonies anniversaires de 1998», «Notre politique au 21e siècle» (1999), «Les sept secrets de l’UDC» (2000), «Si tu cherches la guerre, elle va venir à toi» (2001), et «Viens petit garçon et regarde ton pays», en 2002.

- En 2004, Christoph Blocher a davantage parlé du passé que du présent, donnant des conseils et relatant ses premières expériences de conseiller fédéral, avec de nombreuses anecdotes.

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