Consternation et colère

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«Incompétence, mythomanie, rêve éveillé». La presse suisse se montre très dure dans ses éditions de mardi avec les équipes dirigeantes qui ont conduit Swissair à la débâcle. Avec la compagnie nationale, c'est aussi un style de management qui fait faillite.

Ce contenu a été publié le 02 octobre 2001 - 11:20

Pour 24 heures, la mort de Swissair, c'est la mort d'un symbole. «La holding s'est écroulée sous le poids d'une dette de 17 milliards de francs. Cette mort était certes annoncée, et les attentats du 11 septembre ont porté le coup de grâce», écrit le quotidien vaudois, qui désigne clairement les responsables: «que l'on ne fasse pas l'affront cette fois de dénoncer l'incapacité des politiques à agir. L'entreprise SAir - quelle malédiction - avait les mains totalement libres».

«C'est un acte de piraterie économique, un détournement de fonds», s'insurge «Le Courrier». Les dirigeants qui ont réussi à s'éjecter à temps «munis de parachutes dorés, rachètent maintenant les restes dévalorisés de la débâcle».

La Liberté de Fribourg parle de «drame national». «Swissair est morte, terrassée par une bombe nommée incompétence. C'est l'échec d'un système. Des hommes et des femmes, enrôlés par cooptation, qui ont fait passer leur mythomanie avant l'intérêt de la société», écrit l'éditorialiste, sans oublier les administrateurs «qui ont couvert une gestion calamiteuse», ni les tribuns populistes qui ont combattu l'Espace économique européen.

Incompétence et cynisme

Le quotidien fribourgeois souhaite également bon vent à Crossair, Crossair qui ne sera jamais Swissair, mais qui «possède un grand atout: sa modestie. Faite par des pilotes, pour des pilotes, passionnés même s'ils sont mal payés, elle court moins le risque d'être phagocytée par d'obscurs intérêts financiers».

Pour Le Temps, c'est simplement «la fin du rêve éveillé, le rêve d'un petit pays qui voulait une grande compagnie aérienne. Elle a voulu se faire plus grosse qu'elle ne le pouvait. Elle n'y a pas survécu». Et le quotidien de poursuivre: «les attentats n'expliquent pas tout. L'impression que les hommes à la tête de cette compagnie n'ont pas su, depuis l'été 2000, évaluer la gravité de la situation aura subsisté jusque dans les derniers instants».

Le Matin s'en prend directement à «cette droite qui a tué Swissair». Pour l'éditorialiste du quotidien romand, «les managers de la Bahnhofstrasse viennent de prouver au monde entier leur incompétence». Selon elle, «le plan de sauvetage des banques va non seulement avoir de graves répercussions dans le monde du travail, mais il est surtout empreint d'un immense cynisme».

Les banques et l'économie sur la sellette

«De qui se moque-t-on?», demande Le Matin, fustigeant les banques et l'économie «qui ont l'arrogance de demander l'aide de la Confédération, après avoir martelé pendant des années que l'Etat n'avait qu'à laisser agir les lois du marché. Les membres du Conseil d'administration et les patrons de Swissair s'en sont mis plein les poches pendant des années, on a privatisé les bénéfices, on socialise les pertes», poursuit le quotidien.

La Tribune de Genève quant à elle titre sur les 2560 emplois perdus. «L'orgueil de la Suisse en prend un coup. Le sauvetage du groupe va en premier lieu se révéler un désastre en termes d'emplois», écrit l'éditorialiste, pour qui les responsables vont devoir s'expliquer «car il est impensable d'imaginer que l'on puisse tuer l'un des symboles d'une nation sans être inquiété par la justice».

La tragédie et ses responsables

Côté alémanique, les commentateurs ne sont guère plus tendres. Le Tages Anzeiger désigne nommément en première page les responsables de la débâcle: l'ancien président Lukas Mühlemann, l'ancien directeur Philippe Bruggisser, le patron de Crossair Moritz Suter «qui a joué un double jeu» et les actuels patrons de grandes banques, Lukas Mühlemann (encore lui) et Marcel Ospel. Seul Mario Corti trouve grâce aux yeux du quotidien zurichois, Mario Corti qui doit maintenant se reconvertir «de sauveteur potentiel en liquidateur».

Pour le Blick, c'est «la tragédie Swissair», un drame dont les vainqueurs «n'ont pas à se réjouir». Le grand quotidien de boulevard avertit également qui si aujourd'hui un employé de Swissair sur trois va devoir partir, ce n'est que le début de la crise, qui aura aussi des répercussions terribles sur l'aéroport de Zurich.

La Neue Zürcher Zeitung se montre également très pessimiste pour l'avenir. Selon le quotidien des milieux d'affaires alémaniques, «il n'est pas encore possible de mesurer toutes les conséquences sur l'économie» qui découleront de ce «jour de poisse noire pour le transport aérien suisse».

Grosse colère en Belgique

La presse belge francophone ne décolère pas après le lâchage de Sabena par Swissair, qui ne lui versera pas les 200 millions de francs encore dûs. «Trahison de plus», «coup de jarnac», «entourloupette», le ton est vif de la part des éditorialistes, qui se demandent surtout quel sera l'avenir de leur compagnie nationale.

Le sujet, qui fait la une de l'ensemble des médias belges depuis lundi soir, est généralement abordé sous deux angles. D'une part, les quotidiens fustigent l'attitude de Swissair, actionnaire de la compagnie belge à 49,5 %, et d'autre part, ils s'interrogent sur Sabena donnée «cliniquement morte» par La Libre Belgique.

Pour le quotidien, Swissair a «sacrifié» «sans la moindre décence» Sabena, qui devra «boire le calice jusqu'à la lie». «Ce partenariat n'aura apporté que des malheurs à Sabena», ajoute-t-il. «Swissair se défile» écrit La Lanterne, alors que pour Le Soir, «Swissair trahit Sabena».

Ailleurs dans le monde, l'actualité liée aux frappes militaires imminentes des alliés en Afghanistan a largement éclipsé le débâcle de la compagnie helvétique. On n'en trouve guère trace à la une qu'en Autriche, en Hongrie, en Pologne et en France, où le quotidien Libération titre « Pour survivre, Swissair retrouve le réduit suisse ».

Marc-André Miserez

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