Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

Croisade contre les ennemis du secret bancaire

Site des banquiers privés genevois

(Keystone)

Les banquiers privés genevois ont adopté une nouvelle stratégie pour sauver le secret bancaire. IIs assimilent ce dernier au devoir de discrétion dont doivent faire preuve le médecin ou le prêtre, dans le cadre de la protection de la sphère privée.

Jacques Rossier, associé à la banque privée genevoise Darier Hentsch, et Ivan Pictet, de la banque du même nom, manient la plume plutôt que l'épée. Et portent le costume trois pièces au lieu de l'armure. Mais c'est bien une véritable croisade qu'ils viennent de lancer contre les ennemis du secret bancaire.

La Fondation Genève Place Financière a publié une brochure intitulée «Le secret, une affaire très privée». Ce texte tiré à 6000 exemplaires, en français et allemand, veut lancer une réflexion sur l'importance de la sphère privée.

Sur 30 pages en papier glacé, les banquiers ont adopté une nouvelle stratégie pour montrer au grand public l'importance de la «confidentialité financière», un terme qu'ils préfèrent à celui de secret bancaire. Le banquier est comparé aux avocats, aux médecins, aux ecclésiastiques et aux psychiatres qui bénéficient d'un secret professionnel.

«De la même façon que le secret médical est celui que le patient partage avec son médecin, le secret bancaire est celui du client de la banque», précise la Fondation. «Le secret professionnel est un corollaire essentiel de la liberté parce qu'il est une nécessité éthique, morale et sociale pour garantir le respect de la protection de la sphère privée, explique cette publication. Et, en cela, c'est un fondement de la démocratie. »

«Mettre, pour le défendre, le secret bancaire sur le même niveau que celui du médecin ou du prêtre est une stratégie un peu naïve», estime le professeur d'éthique François Dermange. «C'est une approche corporatiste, il aurait mieux valu nommer clairement les adversaires du secret bancaire et en expliquer les enjeux car les banques suisses ont des arguments à faire valoir.»

Il est clair que si l'Union européenne s'attaque au secret bancaire helvétique c'est surtout parce que le pays est l'une des principales places financières mondiales. L'enjeu touche donc essentiellement la concurrence économique.

Cet aspect ne ressort que partiellement dans la brochure. «S'il est admissible de briser la confidentialité lorsqu'il s'agit d'argent criminel, il est douteux de postuler que tous ceux qui veulent protéger leur sphère privée patrimoniale sont des fraudeurs en puissance», précise la Fondation. Et d'ajouter: «c'est à chaque Etat d'assumer les conséquences de son système fiscal».

Il aurait probablement été plus avisé de développer ce type d'argumentaire. En se positionnant au côté du secret médical, les banquiers ont choisi de se défendre. En l'occurrence, l'attaque aurait été plus judicieuse.

Luigino Canal


Liens

×