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«1 Journée» pleine de surprises

Le jeune Vlad (Louis Dussol), avec Mathilde (Noémie Kocher), la maîtresse de son père. On n'est pas dans le vaudeville pour autant. (vegafilm.com)

Nominé en janvier dernier pour le Prix du cinéma suisse, le dernier film de Jacob Berger séduit par l'intelligence du propos.

En racontant sous trois points de vue une journée particulière de la vie d'une petite famille, le cinéaste romand cherche l'universalité dans l'intime.

Il est d'usage d'affirmer que les cinéastes suisses sont d'excellents documentaristes et de moins bons auteurs de fiction. La preuve du contraire par Jacob Berger et son dernier opus «1 Journée», le meilleur film romand vu depuis longtemps.

Nominé en janvier dernier pour le Prix du cinéma suisse et récompensé à Montréal, au Festival des films du monde, 2007, ce long métrage intimiste, brillamment pensé et réalisé, traque dans les moindres recoins de l'âme l'universalité de l'homme.

Ramassé sur une seule journée, il délie donc un écheveau d'intérêts, de sentiments, de destins individuels qui vont se fracasser les uns contre les autres sans pour autant s'inscrire dans le cadre d'une vie étriquée.

Le mal d'une époque

Car même si cette vie est celle très privée d'un couple et de leur fils de 8 ans, elle prend au fil des séquences la dimension d'un mal actuel et général: l'incohérence existentielle et les angoisses qui en résultent. C'est comme si la vie de cette petite famille se mettait tout d'un coup à disjoncter, coupant les êtres de la réalité.

Vision hallucinante donc dès les premières minutes du film, tourné à Meyrin, cité dortoir aux portes de Genève. Le réveil très matinal (5h30) du père, Serge (Bruno Todeschini), journaliste à la Radio Suisse Romande, a quelque chose de sidéral.

L'homme est en retard. Dans la pénombre, il rampe comme un félin pour trouver ses clés, réveille entre temps sa femme Pietra (Natacha Régnier), troublante dans son enfantine féminité, puis file chercher un brin d'érotisme chez Mathilde (Noémie Kocher) sa très désirable maîtresse, avant de rejoindre, pense-t-il, les studios de la radio.

Petit matin glauque

Dehors, pluie battante en cette journée d'hiver brumeuse. Serge roule à vive allure, heurte dans un bruit sourd quelqu'un, descend de sa voiture, cherche désespérément sa victime. A-t-il halluciné? Peut-être. La brume épaissit tout, la vue comme l'esprit. Jacob Berger joue de cette opacité à merveille. Avec lui, les repères se perdent. Le temps, et ceux qui l'habitent, avancent à reculons.

Chaque séquence nous ramène à ce premier instant de réveil, avec les mêmes gestes, les mêmes mots. Et dans ce retour lancinant, il y a chaque fois un plus, un élément nouveau qui vient densifier, non pas l'action, mais les états d'âme.

Couche après couche, les personnages se construisent égaux à eux-mêmes, différents d'eux-même, comme nous tous. Leur histoire n'est pas celle d'un couple qui se disloque, d'un enfant qui boude ou d'une maîtresse qui se rétracte. Cette histoire-là, ce sont en général les feuilletons people qui se chargent de nous la raconter.

Fantômes

Non, leur histoire est celle d'une humanité qui se cherche dans le brouillard et rencontre ses propres fantômes. D'où vient ce chien boiteux et enragé qui déambule dans les couloirs du musée où travaille Pietra, l'épouse trompée? Et qui est ce grand blessé (de la route?), monstrueux dans ses pansements, chez qui Serge s'introduit comme par effraction?

Peu importent les réponses. Ce qui compte, c'est cette ambiance surréaliste qui installe un climat de vie où l'être humain, piégé par ses peurs, ne s'appartient plus.

swissinfo Ghania Adamo

Faits

«1 Journée», film de Jacob Berger, sur les écrans romands

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Jacob Berger

Cinéaste suisse, fils de l'écrivain John Berger, il tourne son premier film «Angels» à Barcelone, en 1989. Ce long métrage sera présenté l'année d'après en compétition officielle au Festival de Berlin.

Entre 1990 et 1994, Jacob Berger se consacre au grand reportage pour le compte de la Télévision Suisse Romande. Il réalise ainsi plusieurs documentaires dont «La Croisade d'un Conseiller Fédéral», un portrait du ministre Jean-Pascal Delamuraz.

De 1994 à 2001, il tourne près d'une dizaine de téléfilms pour la Suisse et la France. Il est églament l'auteur d'un certain nombre d'épisodes de feuilletons, comme «Julie Lescaut» et «Joséphine, ange gardien».

A noter son très sensible regard sur la relation père/fils dans son avant dernier film «Aime ton père», avec Gérard et Guillaume Depardieu.

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