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«Célébration», un nécessaire coup de poing

Les joies du néo-libéralisme selon Pinter.

Au théâtre de Vidy-Lausanne, Valentin Rossier monte «Célébration», la pièce de Harold Pinter, charge tout en finesse contre le néo-libéralisme.

Ecrit en 1999, ce texte garde la fraîcheur de l'actualité. Recontre avec son metteur en scène genevois.

C'était à Turin, en mars 2006. Nous étions parmi le public. Harold Pinter recevait le Prix Europe pour le théâtre. De sa voix rauque, le grand rebelle britannique n'hésite pas alors à dire hardiment ce qu'il a souvent dénoncé en sourdine dans ses pièces: le fascisme.

Fascisme politique (impérialisme américain) ou fascisme économique (néo-libéralisme), pour Pinter la vie des gens ordinaires se trouve, un jour, forcément mêlée à l'un ou à l'autre.

Cette vie-là, Pinter l'a dévoilée dans bon nombre de ses pièces qui, pour autant, n'ont rien d'un théâtre engagé mais tout d'une fête empoisonnée par un cynisme glauque.

C'est le cas dans «L'Anniversaire» et dans «Le Retour». Le cas aussi dans «Célébration», pièce écrite en 1999 et que le metteur en scène genevois Valentin Rossier présente au Théâtre de Vidy-Lausanne (jusqu'au 18 novembre).

Une société fascinée par le sexe

Dans un restaurant très élégant d'une grande ville européenne, un couple célèbre son anniversaire de mariage en compagnie de quelques amis. Le vin ayant opéré son excellent effet, les apparences ne cachent plus rien. Emerge alors l'individualisme crasse de toute une société BCBG, façonnée par l'argent, fascinée par le pouvoir et le sexe.

Conseillers en stratégie, banquiers, secrétaires, femmes engagées dans des actions humanitaires, tous sont "travaillés" par le sarcasme de Pinter. Tous sont bien joués par les comédiens de Valentin Rossier. Lequel n'hésite pas à dire son admiration pour l'auteur britannique qu'il met en scène pour la première fois.

Il est vrai qu'on n'attendait pas sur ce coup-là Valentin Rossier. Le Genevois et son Helvetic Shakespeare Company nous avaient surtout habitués aux pièces du grand William, montées presque dans leur totalité.

«J'apprends à désapprendre les habitudes», corrige le metteur en scène. Avant d'ajouter: «Plus on va de l'avant, plus il est difficile d'avoir des coups de foudre».

Une parabole de la mondialisation

Elan passionnel pour Pinter, donc, en phase avec son époque. «Sa Célébration est une étonnante parabole de la mondialisation, explique Rossier, avec tout ce que ce mot charrie comme injustice sociale, comme hypocrisie aussi. Pinter, c'est quelqu'un de fâché contre le monde occidental qui ne pense qu'argent et se donne bonne conscience en faisant de l'humanitaire.»

On peut ajouter que Rossier est lui aussi fâché. Il dit: «Dans un couple, l'argent permet de b... , d'avoir une grande voiture, une somptueuse villa. La société libérale que décrit Pinter est justement à l'image de ces couples «célébrés» dans sa pièce. Cette société de profit b.... elle aussi les pays pauvres et faibles, puis se félicite de l'aide humanitaire qu'elle leur achemine. Tout le monde sait, par exemple, que le travail des ONG en Afrique consiste à écouter du Mozart et à boire du champagne».

La caricature est peut-être appuyée, mais la récente actualité tchadienne ne donne pas tort à Rossier, et encore moins à Pinter.

«Il y a chez cet auteur, précise encore Valentin Rossier, un humour philosophique qui renverse tout. Pinter ne juge jamais, ne donne pas de leçons. Il se contente de créer des situations absurdes qui détonnent comme des bombes et vous renvoient la réalité à la figure».

swissinfo, Ghania Adamo, Genève

Faits

«Célébration» la pièce de Harold Pinter est jouée au Théâtre de Vidy, Lausanne, jusqu'au 18 novembre.
Mise en scène Valentin Rossier. Avec notamment Valentin Rossier, Jacques Roman, Maurice Aufair et Caroline Cons.

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Valentin Rossier en deux mots

Valentin Rossier est un metteur en scène et comédien genevois.

Avec l'Helvetic Shakespeare Company qu'il a fondée en 1995, il s'engage à monter les pièces du grand dramaturge anglais.

Parallèlement, il met en scène des auteurs d'expression allemande comnme Odon Von Horvath et Bertolt Brecht.

Un rideau rouge, que l'on retrouve de spectacle en spectacle, devient très vite sa signature.

Ses créations tournent partout en Suisse romande. «Le grand cahier» d'après A. Kristof et «Dialogues d'exilés» d'après B. Brecht, deux des ses plus belles productions, lui valent les honneurs de la scène parisienne.

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