«Cœur animal» bat dans l'Alpe

Loin derrière la rudesse, la tendresse.

A l'affiche des salles romandes, le premier long-métrage de la cinéaste vaudoise Séverine Cornamusaz confronte homme et nature sauvage. Une fresque montagnarde librement inspirée de «Rapport aux bêtes», roman de la Valaisanne Noëlle Revaz. Critique.

Ce contenu a été publié le 17 novembre 2009 - 10:35

Il y a sept ans, les éditions Gallimard révélaient aux lecteurs francophones une jeune Valaisanne, Noëlle Revaz, en publiant son premier roman «Rapport aux bêtes». L'ouvrage ne passe pas inaperçu, il étonne alors par sa langue heurtée qui fait jaillir le parler paysan du fin fond des montagnes suisses.

Cette langue rocailleuse, à l'image des chemins caillouteux qui traversent les alpages, est la langue de Paul. Paul, fermier violent, héros fruste de «Rapport aux bêtes», confond volontiers femme et vache. Terrien comme il est, il avance la tête dans le fumier, et quand il lui arrive de relever son nez, c'est pour aller renifler Vulve, Vulve étant son épouse.

L'odorat de Paul est tellement développé qu'il sent venir, dans son pâturage, les orages. Il y en a un qu'il a pourtant loupé quand il n'a pas su voir les éclairs d'une tourmente qui s'annonce sous le mal silencieux dont souffre Vulve.

L'épouse effacée, qu'il fait travailler comme une bête, a une boule au ventre. Cela, Paul le verra grâce à Georges, le saisonnier portugais qu'il a engagé, personnage généreux qui finira par rendre à Paul son humanité en l'aidant à déchiffrer la réalité.

Identité solide et cabossée

Entre ciel et terre, entre cimes et vallées, Noëlle Revaz, comme autrefois son compatriote Maurice Chappaz, situe ses personnages. Il y a chez elle une âpreté et une tendresse qui donnent à la vie paysanne une saveur douce-amère. Il y a aussi dans son roman une identité montagnarde à la fois solide et cabossée, comme la roche alpine. De là vient toute la sensibilité de son texte.

Entre ciel et terre, Séverine Cornamusaz place elle aussi «Cœur animal» - librement inspiré de «Rapport aux bêtes». Son film, la cinéaste lausannoise l'a tourné dans les Alpes vaudoises, près d'Anzeindaz, durant l'été. Durant les fameux cent jours qui, de la mi-juin à la mi-septembre, voient fermiers et bergers courir mayens et hauts pâturages.

Zola n'est pas loin

Faire paître les troupeaux, se lever à l'aube tous les jours, traire les vaches et les chèvres, fabriquer le fromage, préparer le foin, oublier son labeur dans le vin, composent ici une fresque sociale nappée d'une bonne couche de naturalisme. Emile Zola n'est pas loin. Son «Germinal» se passait sous terre. «Cœur animal» se déroule en plein air.

Mais la lumière ici éclaire la rudesse. Observation douloureuse de l'homme dans son milieu de travail. Rudesse de Paul (Olivier Rabourdin) à l'égard de son épouse rebaptisée Rosine (Camille Japy), moins aimée que les bêtes. Vigueur de Georges, devenu Eusebio, ouvrier espagnol (Antonio Buil). Et raideur de l'Alpe qui, pour une fois, échappe aux reflets verglacés des cartes postales.

La montagne suisse apparaît ainsi sous son versant le plus rudoyant. Le film gagne en images ce qu'il perd en langage. Les mots de Noëlle Revaz se ratatinent dans la bouche des personnages; lesquels se profilent comme des archétypes comportementaux le bon et la brute. Le manichéisme est lourd.

En revanche, la nature installe ici un climat rustique à l'écart des clichés. Elle est une héroïne tragique qui s'emporte avec des orages tonitruants, qui pleure avec des pluies diluviennes et qui, impitoyable, bouscule par ses caprices cette autre nature, la nature humaine.

Ghania Adamo, swissinfo.ch

Coeur animal

Roman. Film de Séverine Cornamusaz (Suisse/France 2009), librement inspiré du roman de Noëlle Revaz «Rapport aux bêtes» (Gallimard, 2002).

Avec notamment: Olivier Rabourdin, Camille Japy et Antonio Buil. A l'affiche des salles romandes.

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Beau démarrage

Box-office. Sorti récemment en Suisse romande, «Coeur animal» est entré la semaine dernière dans le box-office, directement à la 12e place.

Prix. Mardi, dans le cadre du Festival du film de Mannheim-Heidelberg, en Allemagne, «Coeur animal» a obtenu la mention spéciale du jury, le prix de la critique internationale, ainsi que le prix œcuménique.

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Séverine Cornamusaz

Lausanne. Née en 1975 à Lausanne.

Vevey – N.Y. Elle est diplômée de l'Ecole de Photographie de Vevey et de la New York Film Academy.

Monteuse. Depuis 1996, elle a réalisé cinq courts-métrages de fiction et a travaillé comme monteuse.

Longs. «Cœur animal» est son premier long-métrage de fiction. Elle développe actuellement deux nouveaux scénarios de long-métrage: «Cyanure» (Projet lauréat bourse Société Suisse des Auteurs, 2009) et «Le Sexe des Anges».

Courts. Parmi ses courts-métrages, citons: «La Moto de ma mère», 2003 et «Crossing Paths», 2006.

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