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«On ne nous dit pas tout! »

Sujet très chaud pour Didier Bonvin.

«Théorie du complot»: la formule est désormais banalisée, recouvrant aussi bien les délires les plus farfelus que des interrogations légitimes. Rolf Kesselring a lu l’ouvrage que vient de publier le journaliste Didier Bonvin «Les théories du complot envahissent le web».

De nos jours, le grand dazibao, le grand mur, où l’on peut inscrire ses opinions, ses idées, ses coups de gueule, ses désespoirs, c’est la toile, c’est-à-dire internet. Et personne ne s’en prive. C’est même une foire d’empoigne.

Plus qu’à la Samaritaine, on y trouve de tout: du bon, du généreux, de l’émouvant, du transparent, et même quelquefois de l’intelligent. Mais souvent aussi du grand n’importe quoi, de l’horrible, du dément, ou pire encore, de l’intox. Voilà les stocks de références et de documents qui sont mis à disposition de tout utilisateur d’ordinateur, autant dire de presque tout le monde…

Des hérétiques par millions

C’est la raison pour laquelle lorsque je vis, sur ma table, l’ouvrage de Didier Bonvin, paru récemment chez Favre, à Lausanne, «Les théories du complot envahissent le web», curieux j’ai craqué. Il faut que je précise que, si j’emploie internet comme tout un chacun, je suis et je reste très méfiant à propos du contenu qu’on peut y découvrir. Méfiant, mais curieux malgré tout.

Ce qu’écrit Didier Bonvin, dans son «Introduction 2.0» me paraît juste et salutaire: «Étrange époque où le discours officiel est parole d’Évangile. Ceux qui doutent, ceux qui osent s’interroger sont des hérétiques. Classés instantanément dans le camp des complotistes, au mieux des malades mentaux. Ils méritent d’être brûlés sur le bûcher des railleries médiatiques». Difficile après une telle apostrophe de ne pas se poser de question.

Il y a désormais, face aux dérives de la presse et des nombreux médias qui ne s’occupent plus d’enquêter et d’informer, qu’une vérité: celle distillée officiellement… et celles que l’on qualifie de «complotistes». Il fallait dès lors s’attendre à cette explosion des théories les plus folles, les moins fiables, les plus déjantées.

En lisant l’ouvrage de Didier Bonvin, vous saurez tout sur les tricheries de l’information officielle. Par exemple vous apprendrez que les extraterrestres sont parmi nous depuis longtemps et qu’ils ont passé, à notre insu un accord avec certains gouvernements; qu’on complote pour nous affamer et que le réchauffement climatique n’est qu’on gros mensonge de conjurés scientifiques. La liste est dingue et, surtout, très longue… 

À qui donc se fier, désormais?

Notre auteur ajoute encore: «Étrange époque où le droit à s’interroger n’est plus… Les médias, à une large majorité, ont abandonné l’investigation et la réflexion. Ils se sont mués en dociles porte-parole des marques, des grandes institutions financières et du gouvernement…

Le lieu de résistance et de la liberté d’expression s’est déplacé sur le web. Le droit au doute, aussi.» Ainsi donc, selon Didier Bonvin, il ne resterait à l’honnête citoyen qu’à affûter son sens critique et à ne pas prendre tout se qui défile sur la toile pour argent comptant. Finalement n’est-ce pas là une excellente nouvelle? Conduisons-nous désormais en adultes responsables: du discernement, que diable !…

À partir de ce constat, difficile de ne pas se demander à qui se fier en ce bas monde. Difficile aussi de prendre en compte toutes les théories qui parlent de complots apparues sur internet depuis sa création ou, en tout cas depuis la mise à disposition d’un large public de cet extraordinaire réseau électronique mondial.

Vous dites «complot»?

Pour beaucoup d’entre nous, le terme de «théories du complot» reste vague. Il faut donc expliquer en quoi il consiste. En fait, c’est simple… Il suffit de douter d’une vérité, qu’elle soit officielle ou formulée par un groupe d’hommes et, à partir de ce doute, de lancer publiquement une rumeur pour que naisse ce qu’on appelle une théorie du complot.

Actuellement et grâce au réseau des réseaux, c’est-à-dire grâce à internet,  il en existe des millions et à propos de tout. Même si à travers l’Histoire la mise en doute de la parole officiellement dispensée n’est pas nouvelle, il est à remarquer qu’à l’heure actuelle l’incrédulité atteint des niveaux jamais enregistrés par le passé.

Bien sûr le canular, le «bouteillon» comme disaient les prisonniers français en Allemagne, ne datent par d’hier, tout comme le mensonge d’état ou l’intoxication par la propagande politique. Les sociétés humaines ont toutes connu ce genre de mensonge et de manipulation. Rien de bien nouveau sous le soleil de nos existences.

Ce qui est remarquable, et je suis d’accord avec Didier Bonvin dans son ouvrage, c’est que depuis le 11 septembre 2001 et la destruction des deux tours new-yorkaises, le phénomène a pris des proportions pour le moins extraordinaires. Il a encore sérieusement augmenté avec l’irruption de WikiLeaks, ce révélateur de secrets (très mal) protégés…

Les effets d'un système?

On serait en droit de se demander le pourquoi d’une telle dénégation à propos de l’information et des idées. Nos dirigeants politiques, nos chefs d’industrie, nos créateurs, auraient-ils une ligne invisible, sorte de frontière, entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est plus? C’est tout à fait possible…

À force de faire en sorte que l’image de soi-même et celle des autres comptent infiniment plus que la pensée et la réflexion, à force de tout transformer en spectacle, aurait-on dépassé la juste mesure, le point d’équilibre qui rendait les sociétés d’antan aveugles et crédules.

Est-ce qu’aussi le matérialisme à outrance n’aurait pas engendré l’arrogance de certains qui, du coup, serait devenue insupportable à beaucoup d’autres? De réelle, cette fracture sociale, chère à bien des discours démagogiques, est alors devenue virtuelle en envahissant la toile.

Dans une époque troublée, comme celle où nous vivons tous, la lisibilité du monde est devenue plus que difficile. Nous avons quitté un univers formé et compréhensible pour entrer dans un nouvel âge qui nous paraît inconnu, peut-être angoissant.

L’enjeu de ces grands bouleversements est la recherche d’une nouvelle vérité, d’une pureté à venir, d’une honnêteté à reconquérir. Ceci explique, j’en suis convaincu, cette mise en doute globale et générale.

Comme dirait Anne Roumanoff  sur scène… «On ne nous dit pas tout !»

Le livre

«Les Théories du complot envahissent le web», sous-titré «Du 11 septembre à Wikileaks: l’ère du doute», par Didier Bonvin, Éditions Favre, 160 page.

 

Présentation de l’éditeur: depuis l’avènement du web, véritable caisse de résonance mondiale de la rumeur, les théories conspirationnistes se multiplient, fascinent et sèment le doute. Peut-on vraiment croire les informations officielles? Les attentats du 11 septembre ne sont-ils pas une mascarade gigantesque? Qui profite des pandémies du type grippe H1N1? Pourquoi veut-on la peau du fondateur de WikiLeaks? Que cache le très secret projet HAARP? Entre info et intox, une enquête qui trouble.

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Didier Bonvin

Didier Bonvin, journaliste, chroniqueur radio et TV, a collaboré à de nombreux quotidiens en France et en Suisse.

Il est l’organisateur du Conspiracy Film Festival, le premier festival du genre diffusant les films du web liés à la conspiration. Il travaille maintenant pour la télévision.

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