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Corps et âme

Attention à la pureté trompeuse...(© Danaé Panchaud – Still)

Les Journées photographiques de Bienne ont dix ans et, pour fêter l'événement, se focalisent sur l'humain... Ce que dit son visage, son corps. Entre autres.

Durant un mois, ce sont 57 photographes qui exposent dans 13 lieux de la ville, de la gare à la vieille ville, en passant par les musées.

A Bienne, l'œil du spectateur a un mois pour se poser sur une déferlante d'humains affichés sous une multitude d'angles et d'approches, et regroupés sous le générique «Retour sur la physionomie».

Des portraits? Pas vraiment, selon la directrice de la manifestation. «Le mot 'physionomie, inclut davantage de choses: le corps, l'unité entre l'âme et le corps... c'est une thématique plus ouverte», dit Barbara Zürcher.

Alors il y a le corps harmonisé avec la nature chez la Finlandaise Elina Brotherus. Le corps fatigué, celui des vieillards saisis par l'Alémanique Alfred Samuel Maurer dans «La physionomie de l'âge». Et même le corps désincarné, avec les montages de la Biennoise Hannah Külling, qui se réfère à Adam et Eve pour mieux dire notre égarement corporel.

Et le corps suggéré, grâce à l'humour du Jurassien Antoine Le Roy, qui tapisse les murs de vignettes Panini. Milliers de visages de footballeurs et odeur de pommade camphrée dans toute la salle, histoire de rappeler le bonheur viril des vestiaires...

Espace et durée

Néanmoins, le portrait est tout de même là. Cadre serré, allant à l'essentiel avec les noir-blanc de Bruno Mesrine. Thématique, avec l'exposition «Bruna/Bruno» de Julien Salinas, qui s'est intéressé à quelques représentants troubles du «3ème sexe».

Le portrait joue parfois de la durée. Ainsi, dans une église de la vieille ville, on peut découvrir grâce à la Lucernoise Franca Predrazzetti le parcours de «Giulia», victime d'un cancer du sein. La perte de ses cheveux, symbole féminin s'il en est, puis leur renaissance, comme un retour à la vie.

Durée également, c'est le moins qu'on puisse dire, avec Iren Stehli, qui a réalisé, en 27 ans, un reportage photographique sur une femme tzigane à Prague, «Libuna». La jeune fille, la femme, la maternité, le poids des ans...

Un visage peut en cacher un autre

Parfois les images mentent... Ainsi la remarquable série «Ma meilleure amie» de Judith Stalder présente-t-elle, à chaque image, deux jeunes filles. Amies, se dit-on. Avant de réaliser que, au-delà de l'attitude et des cheveux, les visages sont les mêmes... «Notre série la plus manipulée», constate Barbara Zürcher.

«Autoportrait: I'm Big Jim», claironne de son côté l'exposition de Xavier Perrenoud. Ah bon? Devant nous, des visages largement agrandis de figurines de super-héros en plastique ...

Le designer neuchâtelois avait réalisé un premier travail consacré à des images de son propre corps. Il poursuit l'expérience selon le même principe photographique, mais avec des jouets, car quand on est enfant on s'identifie à ses héros, on devient eux, dit-il. «Le résultat est très esthétique, attirant et repoussant à la fois. J'ai voulu recréer l'univers de l'enfance».

Il lui a fallu une année pour retrouver les figurines en question, qu'il n'avait plus. «J'ai recherché les plus anciennes, celles avec lesquelles j'avais vraiment l'habitude de jouer», soulignant ainsi la dimension identitaire de son travail.

Une quête qui peut paraître dérisoire. Et pourtant les conclusions ne sont pas inintéressantes: «A l'époque, quand on fabriquait un super-héros en jouet, les visages étaient asymétriques, vraiment humains. Alors qu'aujourd'hui, on voit que les poupées ont des visages symétriques, elles n'ont pas de rides, on cherche à atteindre la perfection. Cela rappelle la chirurgie esthétique, le clonage, la volonté de créer des êtres parfaits».

Pureté trompeuse

Un être parfait? La réflexion de la jeune vaudoise Danaé Panchaud aborde aussi cette question-là. Fonds noirs. Lumière léchée. Corps et visages apparemment mis en valeur. La série s'intitule «Still».

«Je suis d'une génération qui ne connaît pas ou peu ce qui relève des corps militants, des corps féministes, les artistes des années 60, 70, 80... On est maintenant plutôt dans une situation où on a des stratégies de retrait vis-à-vis du corps. Avec une énorme pression sociale par rapport à ce que doit être le corps dans sa santé, sa jeunesse, sa beauté», explique-t-elle.

«J'ai présenté des corps dans des situations de repli, d'expectative, coupés des autres. Des images à priori attirantes, brillantes, glacées. Qui rappellent les pages des magazines, les photos de mode. Et en même temps, l'attirance diminue au fur et à mesure qu'on se rapproche des photographies.»

Pourquoi? «On découvre qu'on ne peut pas se projeter dans l'image, parce que, d'une part, les gens photographiés ne regardent pas le spectateur, n'ont aucun rapport avec lui. Et d'autre part, parce que tout ce qui était beau et attirant diminue au fur et à mesure qu'on voit apparaître tous les détails de la peau...» Le corps en guise de 'miroir aux alouettes'?

swissinfo, Bernard Léchot à Bienne

Faits

Les 10èmes Journées photographiques de Bienne ont lieu du 1er septembre au 1er octobre.
Sous le titre «Die Rückkehr der Physiognomie / Retour sur la physionomie», 57 photographes exposent leurs œuvres dans 13 lieux différents de la ville.
Horaires d'ouverture des expositions: mercredi à vendredi de 14h00 à 18h00, samedi et dimanche de 11h00 à 18h00, fermées le lundi et le mardi.
Centre d'accueil et informations: Musée Schwab et Ancienne Couronne
En marge de la manifestation, le Centre PasquArt présente le projet PHOTOsuisse. Le projet, conçu à l'origine comme un livre avec de courts portraits sur DVD de 28 photographes issus de toute la Suisse, est présentée ici en tant qu'exposition.

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En bref

Les Journées photographiques de Bienne ont été créées en 1997.

Chaque édition a été axée sur un thème, de «Sud et migration (1998) à «On the road... again» (2005) en passant par «Objectif subjectif» (2000) ou «Pouvoir et liberté» (2002).

La manifestation s'exporte de plus en plus. L'édition 2004 avait été invitée, sous forme réduite, à Berlin.

Ces prochains temps, les travaux de 16 photographes suisses seront exposés à la 3ème Photofesta de Maputo au Mozambique (15.10. au 15.11.2006) et au Museum Africa de Johannesburg, en Afrique du Sud (07.02. au 25.03.2007)

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