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L'amour et le sexe, tendance pas simples

Noémie Godin-Vigneau dans «Je n'aime que toi». 

(Je n'aime que toi)

Même si le 11ème «Cinéma Tout écran» se focalise sur le film à résonance politique, il s'intéresse aussi au coeur. Et à son corollaire, le cul.

Que ce soit au Canada, en France ou au Japon, la quête de l'amour se double d'une part de fantasmes allant du cru au loufoque en passant par l'étrange.

On l'a dit, la programmation de la 11ème édition de «Cinéma tout écran», festival dévolu aussi bien au cinéma produit pour le petit que pour le grand écran, joue cette année tout particulièrement, la carte du film à préoccupation politico-sociale.

Pourtant l'individu y reste bien présent, notamment dans le cadre de son binôme le plus basique: un homme et une femme. Mais, depuis Lelouch, chabadabada, de l'eau a coulé sous les ponts et certains fantasmes – perversions d'antan – se sont largement démocratisés. D'ouest en est en passant par le nord.

Au nord, le sexe tarifé

Le fantasme très mâle d'ensorceler une prostituée pour la ramener sur le droit chemin en la gardant rien que pour soi est un classique de la fiction, littéraire ou cinématographique. Claude Fournier doit y avoir songé en réalisant «Je n'aime que toi», dont il signe également le scénario.

Mais alors que la tradition voulait plutôt qu'on aseptise le parcours de la belle pour la rendre plus moralement compatible, le cinéaste québécois s'est fait plaisir en développant au maximum les turpitudes énoncées de son héroïne.

L'écrivain célèbre et néanmoins pantouflard Georges Guérin (Michel Forget, physiquement entre Einstein et Astérix) fait connaissance, par hasard, d'une jeune femme au visage d'ange poupin (Noémie Godin-Vigneau).

Rapidement, elle va lui expliquer qu'elle pratique le plus vieux métier du monde. Et ne rien lui cacher de ce qu'elle dit être sa vie: sa première fellation, les milliers de «queues» qui ont suivi, son goût pour la sodomie, et plein d'autres détails évoqués de façon abrupte, crue, qui contrastent singulièrement avec la pureté du visage de la dame - Daisy pour les clients.

Le vieil écrivain, subjugué par ce mélange détonnant, se prendra de passion pour la jeune femme, la consommera avec amour et gourmandise, plaquera son épouse et consacrera un livre à la vie de Daisy... Maude de son vrai nom.

Le film trouve son originalité dans le décalage qui naît du choc entre une réalisation conventionnelle, voire assez plate, et de la franche indécence des propos de Maude-Daisy. Mais le procédé montre vite ses limites. Et le film nest sauvé que par un retournement de situation final qu'on ne peut dévoiler ici, puisque lui seul justifie le film...

A l'ouest, l'échangisme

A l'ouest, rien de nouveau? Si. Thierry Jousse, ancien rédacteur des célèbres «Cahiers du cinéma», signe «Les invisibles», son premier long métrage de fiction. L'histoire d'une passion trouble, là aussi.

Bruno (Laurent Lucas, vu notamment dans «Harry, un ami qui vous veut du bien») est un jeune musicien plutôt tourmenté. Son truc, ce n'est ni Beethoven, ni Coldplay, mais plutôt les samplings. Capturer les sons du réel, les bidouiller et les métamorphoser en musique.

Qu'il s'agisse de grincements de porte métallique, de bruits de pas dans les feuilles mortes, ou de voix sur les réseaux téléphoniques, ceux où l'on prend des rendez-vous coquins. Ce qu'il fait avec une dénommée Lisa, qu'il va rencontrer, une fois, puis deux, puis trois... Galipettes exclusivement dans l'obscurité, sans connaître le visage de l'autre, selon le contrat passé avec cette insaisissable partenaire.

«Ta voix est intime... mouillée... tu mouilles les mots», lui dit-il joliment, musicien dans l'âme. Et d'ailleurs, secrètement, il enregistre tout, ébats inclus. Car celle qui ne devait être qu'une fugace partie de jambes en l'air se transformera en obsession, une obsession qu'il va mêler à sa musique, laquelle se confondra alors véritablement avec sa vie.

Lisa, Bruno va l'égarer. La rechercher, sur les réseaux téléphoniques, dans un club échangiste, ailleurs encore, notamment grâce à l'aide de son étrange concierge (le toujours très troublant Michael Lonsdale). Mais ne pas la retrouver.

Malgré quelques invraisemblances assez pesantes, Thierry Jousse signe un film intéressant, chargé de passion – musicale et amoureuse, d'érotisme et de mystère.

A l'est, le manga disjoncté

L'amour nippon nous échappe parfois quelque peu. Et il faut dire qu'avec «Koi No Mon» (Otakus in Love), Suzuki Matsuo ne fait rien pour nous aider.

Aoki Mon est un dessinateur de mangas... sur pierre. Autrement dit, un artiste non conventionnel. Et donc fauché. Un beau jour, il tombe sur Akashi Koino, une dessinatrice et collectionneuse disjonctée de mangas – normaux ceux-là. A vrai dire, il tombe plutôt sous Akashi, puisque la première chose qu'il voit d'elle, c'est sa petite culotte. On est au Japon ou on n'y est pas.

Suit une histoire où l'on vit manga, on bouge manga, on dit des textes manga dans un karaoké manga, tout en rêvant de perdre sa virginité (lui) et de renouer avec le succès (elle). Amour et manga. Manga et amour.

Le tout au milieu d'une galerie de personnages tombés d'un... manga, bravo, et dans une cavalcade d'actions loufoques qui font rire parfois, et agacent, parfois aussi. Mais pourquoi ces Japonais sont-ils donc si énervés? Inutile de préciser que les cadrages et les mouvements de caméra sont à l'image du récit, tourbillonnants et décalés.

Et si après tout cela on allait se revoir «Un homme et une femme»? Histoire de prendre son temps, le long d'une plage normande et pluvieuse, à bord d'une Ford Mustang rouge...

swissinfo, Bernard Léchot à Genève

Faits

Le 11ème festival «Cinéma tout écran» se tient à Genève jusqu'au 6 novembre, à la Maison des Arts du Grütli et dans diverses autres salles de cinéma.
Avec une programmation axée sur des films souvent politiques, la manifestation continue de construire un pont entre production télévisuelle et cinématographique.
Le festival dispose d'un budget de 1,4 million de francs.

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En bref

Coup de projecteur sur trois films de la Sélection officielle (compétition):

«Je n'aime que toi» de Claude Fournier (Canada).
Avec Michel Forget, Noémie Godin-Vigneau.

«Les invisibles» de Thierry Jousse (France).
Avec Laurent Lucas, Lio, Michael Lonsdale.

«Koi No Mon» (Otakus in Love) de Suzuki Matsuo (Japon).
Avec Ryuhei Matsuda, Wakana Sakai.

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