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La diversité culturelle impose sa loi

Les USA craignent que cette convention ne porte préjudice à leurs exportations cinématographiques et musicales.

(imagepoint)

Ambassadeur de Suisse à l'Unesco, Ernst Iten revient pour swissinfo sur la 33e Session de la Conférence générale de l'organisation qui s'achève ce vendredi.

En dépit de la farouche opposition des Etats-Unis, l'écrasante majorité des délégués a voté jeudi une convention qui vise à protéger la diversité culturelle.

Lancé et promu par la France et le Canada, ce document reconnaît la nature spécifique des biens culturels, donne le droit aux signataires de prendre des mesures en faveur de la diversité culturelle, et concrétise l'importance de la culture pour le développement.

La Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles a été plébiscitée lors d'un vote en séance plénière.

Sur les 154 pays représentés, 148 pays (dont la Suisse) ont voté en faveur du texte. Quatre se sont abstenus (Australie, Nicaragua, Honduras, Liberia. Et deux s'y sont opposés, en l'occurrence les Etats-Unis et Israël.

Aux yeux des Etats-Unis, cette convention «rédigée à la hâte» pourrait mener à l'établissement d'entraves commerciales contre les biens culturels d'exportation (films et pop music par exemple) et indirectement restreindre la liberté d'expression.

swissinfo: Quel est le succès rencontré par cette session de la Conférence générale?

Ernst Iten: En 60 ans d'histoire de l'Unesco, jamais on a vu autant de ministres et de chefs d'Etat. Il y avait là 8 chefs d'Etat et pas loin de deux cents ministres.

swissinfo: Les Américains ont proposé 28 amendements au projet de texte sur la diversité culturelle, mais tous ont été rejetés. Ces divergences de vues ont-elle amené à une édulcoration du texte final?

E.I.: Aucun changement n'a été apporté à ce qui avait été décidé lors de la réunion du troisième groupe intergouvernemental d'experts en juin. La raison est très claire: si nous avions commencé à opérer des changements, le risque était que le processus entier soit relancé. Nous ne serions pas parvenus, maintenant, à cet accord.

swissinfo: L'opposition des Etats-Unis et d'Israël a-t-elle plombé l'atmosphère?

E.I.: Je ne dirais pas que l'atmosphère était mauvaise. Je crois que tout le monde est d'accord sur l'idée de «diversité culturelle». Là où les positions divergent, c'est sur les moyens à employer.

Les USA et Israël se sont opposés à la convention à laquelle nous avons finalement abouti. Nous-mêmes considérons que c'est un compromis, mais nous pensons que c'est un compromis équilibré.

swissinfo: Vous pouvez comprendre la position américaine?

E.I.: Chaque pays a sa propre façon de considérer s'il peut ou non adhérer à un compromis. En l'occurrence, ce n'était apparemment pas possible pour les USA.

swissinfo: La Suisse était très favorable à l'adoption de cette convention. En tant qu'ambassadeur, quel rôle avez-vous joué à la conférence?

E.I.: Dès le début de l'élaboration de la convention, nous avons été très actifs. J'aimerais souligner un point en particulier: le lien que cette convention entretien avec d'autres traités internationaux.

Nous avons rapidement vu qu'il y avait deux points de vue contradictoires. L'idée que cette convention devrait être au-dessus des autres conventions. Et l'idée qu'elle ne devrait pas avoir le même statut que d'autres conventions.

Nous avons pensé qu'une troisième position était nécessaire. A savoir un soutien mutuel, une relation de complémentarité et de non-subordination. Un élément qui figure maintenant dans le texte final.

swissinfo: Quelles sont vos attentes par rapport aux résultats de cet accord?

E.I.: Le concept de «diversité culturelle» entre maintenant dans le droit international. Il aura donc désormais une dimension obligatoire pour ceux qui adhèrent à la convention comme pour ceux qui n'y adhèrent pas. Pour la première fois, la diversité culturelle devient un sujet du droit international, comme par exemple la biodiversité.

Nous verrons maintenant quels Etats le ratifient, et avec quelle rapidité. La Suisse souhaite le faire aussi rapidement que possible.

swissinfo, Thomas Stephens
(Traduction de l'anglais: Bernard Léchot)

Faits

La 33ème Session de la Conférence générale de l'Unesco a eu lieu à Paris du 3 au 21 octobre.
Environ 2.000 délégués de 191 Etats-membres étaient présents.
L'Unesco célèbre son soixantième anniversaire cette année.
Les USA ont rejoint l'Unesco en 2003, après une absence de 19 ans.

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En bref

- Trois projets ont dominé la 33ème Session de la Conférence générale de l'Unesco: la convention sur la diversité culturelle, la convention internationale contre le doping dans le sport et la déclaration sur des normes universelles dans le secteur de la bioéthique.

- Les délégués ont approuvé par 142 voix contre 2 (et 4 abstentions) la convention sur la diversité culturelle. Les Etats-Unis et Israël s'y sont opposés.

- La convention prendra effet trois mois après qu'au moins 30 pays l'auront ratifiée.

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