Navigation

Sauter la navigation

Fonctionnalités principales

La mémoire de la Suisse romande en plans-fixes

Le plan-fixe consacré à l'écrivaine et exploratrice Ella Maillart a été réalisé en 1984.

La série de portraits filmés Plans-Fixes fête cette année son 30ème anniversaire. Suivant un concept qui n'a pas varié depuis sa création, elle a acquis une indéniable valeur archivistique.

Issues du monde des arts et de la culture, mais aussi de la politique ou de la science, plus de 230 personnalités, majoritairement romandes, se sont jusqu'ici prêtées à l'exercice.

Ramuz, qui aimait le cinéma et qui a imité certaines de ses techniques narratives, a adoré faire le figurant dans des longs-métrages tirés de son œuvre. Mais lorsqu'en 1977, la Suisse a voulu célébrer le centenaire de la naissance du grand écrivain, aucun extrait filmé n'existait où il aurait parlé de son art et de sa vie.

Au plus grand regret du journaliste Michel Bory, qui, avec les cinéastes Nag Ansorge et Jean Mayerat lancent alors «Plans-Fixes». L'idée est simple: une caméra fixe, une pellicule 16 millimètres et une personnalité qui répond aux questions d'un journaliste.

Les coupures et reprises sont réduites au strict minimum et le film est tourné en noir et blanc. «A l'origine, l'idée était à la fois de réduire les coûts de production et de privilégier un support qui se conserve bien», explique Michelle Deschenaux, secrétaire générale de Plans-Fixes.

Fondé sur une formule proche de celle qui a fait ses preuves dans le théâtre classique – une personne, un lieu, une journée – le concept n'a pas changé depuis trente ans. Et il n'a pas pris une ride. La librairie Payot ou le festival «Visions du réel» de Nyon, qui ont tenu à célébrer le 30ème anniversaire de la collection, ne s'y sont pas trompés.

Des rencontres passionnantes

A Nyon, c'est un plan-fixe consacré au cinéaste suisse Alain Tanner qui a été projeté. Outre son travail, celui-ci parle aussi de ses muses, de son bonheur de marin ou de son amour pour les arbres.

Et c'est là ce qui rend cette collection filmée si précieuse. Face à la caméra, les personnalités interrogées parlent de leur fonction et de leur œuvre, mais aussi de leur vision de la vie, de leur philosophie ou même de leur engagement politique, comme c'est le cas de Jean Ziegler.

Dans un plan-fixe également projeté à Nyon, l'actuel rapporteur des Nations Unies sur le droit à l'alimentation raconte son enfance dans une famille aisée à Thoune et parle de sa prise de conscience des disparités sociales.

«Chaque plan-fixe est une rencontre passionnante. Certains osent se dévoiler davantage, d'autres se cachent derrière leur œuvre ou leur fonction. Tous nous montrent quelque chose qui nous touche très profondément dans notre propre humanité», souligne Michelle Deschenaux.

Valeur patrimoniale

Grâce à Plans-Fixes, il est ainsi possible d'approcher ceux qui ont marqué la culture romande. Que ce soit parmi les écrivains et les poètes, comme Ella Maillart, Maurice Chappaz, Philippe Jaccottet, les personnalités du monde de la musique – de Gilles à Hugues Cuenod – ou de celui des beaux-arts.

Sans oublier les médecins, les politiciens ou encore les hommes et femmes d'Eglise. A cet éventail très large, seuls manquent les industriels romands, moins enclins à se livrer à l'expérience, selon Michelle Deschenaux.

Ouverte aux suggestions de portraits, qui peuvent se faire via le site de Plans-Fixes, l'association possède une commission d'étude qui se penche sur tous les projets. Depuis deux ans, chaque canton romand y dispose d'un représentant, afin que la couverture soit la plus large possible.

Au fil des ans, c'est donc «le tissu socio-culturel romand» qui a pris corps sur pellicule. «Même lorsque certaines personnes sont décédées avant qu'on ait pu leur consacrer un film, elles sont parfois évoquées par d'autres», poursuit-elle. D'où la valeur patrimoniale de la collection, dont on peut toutefois regretter qu'elle n'ait pas une dimension nationale.

Disponibles en DVD

Entre 1988 et 1997, une entreprise similaire a bien vu le jour en Suisse alémanique, mais le «Verein-Portrait- Filme» n'a réalisé que 14 films. «Une idée, si belle soit-elle, doit être portée par des personnes. Or la transmission qui a réussi dans le cas de Plans-fixes a échoué en Suisse alémanique», précise Michelle Deschenaux.

Aujourd'hui disponibles en DVD, les portraits plans-fixes sont à l'heure actuelle encore filmés en 16 millimètres. Une pellicule dont la durée de conservation, dans les conditions idéales qui sont celles de la Cinémathèque suisse, est de 300 à 400 ans.

Mais la fidélité des continuateurs de Plans-Fixes n'est pas que technique. Par leur façon de relever le pari d'intemporalité et de simplicité fait à l'origine de la collection, ils ne font pas que perpétuer la mémoire culturelle romande. Ils l'enrichissent.

swissinfo, Carole Wälti

Faits

Nombre de films réalisés à ce jour: 233.
Selon les domaines: littérature et lettres (40), musique (22), politique (19), peinture (15), médecine (14), théâtre (9), divers et autres (114).
Selon le domicile de la personne filmée: Berne (3), Fribourg (9), Jura (4), Genève/France (30), Neuchâtel (10), Valais (14), Vaud (151).
Budget d'un film: plus ou moins 24'000 francs.

Fin de l'infobox

Plans-Fixes

La collection Plans-Fixes est organisée sous la forme d'une association depuis 1979.

Celle-ci compte plus de 400 membres individuels et une dizaine de membres institutionnels.

Plans-Fixes ne reçoit aucune subvention régulière, mais peut compter sur quelques donateurs fidèles, la Loterie romande notamment. Une recherche de fonds est organisée pour chaque projet.

Les suggestions pour la réalisation d'un nouveau film proviennent de diverses sources. Plusieurs facteurs sont pris en compte lors du choix. L'association vise à une représentation équitable des cantons, des secteurs d'expression et des sexes.

Fin de l'infobox


Liens

×