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Rousseau, un homme de dialogue

Cette année, Rousseau sera célébré pratiquement dans le monde entier.

Cette année, Rousseau sera célébré pratiquement dans le monde entier.

(AFP)

Le 19 janvier s’ouvrent à Genève les festivités du 300e anniversaire de la naissance de Jean-Jacques Rousseau. Bien au-delà, de nombreux lieux vont rendre hommage en 2012 à l’homme dont la pensée illumina le monde. François Jacob, responsable des célébrations genevoises, confirme.

La page de garde du dossier de presentation du Tricentenaire de Rousseau à Genève s’orne d’une image montrant l’écrivain en apesanteur (comme un personnage de Chagall), pris dans un anneau planétaire. Il est un grand astre autour duquel orbitent d’autres petits astres. L’image dit ce qu’elle dit: Rousseau est un auteur cosmique, il habite l’Univers.

Difficile de contester l’universalité de Rousseau. Pour preuve, l’engouement planétaire que les 300 ans de sa naissance suscite. De la Suisse au Brésil, en passant par les Etats-Unis, nombreux sont les pays qui participent aux célébrations du Tricentenaire consacrant l’un des plus grands auteurs et philosophes des Lumières.

Conférences, colloques, expositions, opéras, concerts, pièces de théâtres, films… sont programmés un peu partout dans le monde. Mais commençons par la Suisse. Par Genève bien sûr, ville natale de l’écrivain à laquelle se sont jointes Neuchâtel et Yverdon ainsi que la Riviera vaudoise pour fêter, tout au long de cette année, un anniversaire placé sous le label «2012, Rousseau pour tous».

Sous ce label, sont organisées les manifestations genevoises et romandes dont l’ouverture est prévue le 19 janvier, sur l’île Rousseau, au cœur de Genève. Pour le reste, on dira «Célébrations du Tricentenaire». Le reste, c'est-à-dire le monde entier.

«Des propositions nous sont parvenues d’Europe, des deux Amériques, d’Afrique… L’UNESCO nous a beaucoup aidé grâce à la constitution d’un réseau de compétences qui permet de donner plus d’ampleur aux célébrations», affirme François Jacob.

François Jacob, directeur du Musée Voltaire et de la Bibliothèque Rousseau à Genève, est chef de projets et l’un des responsables du Tricentenaire. Pour Jean-Jacques, il voulait une Année Rousseau, comme il y eut jadis une Année Senghor organisée par la Francophonie. Il avoue: «J’en rêvais, mais finalement je ne suis pas déçu car le Tricentenaire a pris une allure universelle». C’est aussi de l’universalité de Rousseau qu’il nous parle ici.

swissinfo.ch: Quel est l’impact de Rousseau sur l’Europe d’aujourd’hui?

François Jacob: Je n’emploierais pas le terme «Europe» pour cerner l’impact de Rousseau, car l’Europe est une réalité contemporaine. Elle ne correspond pas à l’Europe des Lumières  telle qu’on l’a connue au XVIIIe siècle. On avait alors des séparations entre les pays qui n’ont rien à voir aves celles qu’on connaît aujourd’hui. La langue internationale était à l’époque le français. La culture circulait donc différemment. Et j’ajouterai même qu’elle était réservée à un petit cercle de personnes vivant en France, en Suisse ou en Russie et lisant Rousseau sans être gêné par la frontière linguistique ni par celle de la pensée.

swissinfo.ch: Mais alors dans quelle mesure Rousseau a-t-il contribué à définir la notion de nationalité, comme il est dit dans le dossier du Tricentenaire?

F.J: Tout ce qui était pays au XVIIIe siècle se définissait par les familles régnantes. Catherine II de Russie était allemande, les Bourbons d’Espagne sont de souche française, etc. Donc, il n’y avait pas, si vous voulez, de sentiment national. Ce qui va changer avec Rousseau, c’est qu’il va donner à ce sentiment une charpente, en tenant compte de tous les traits (sociaux, éducationnels, politiques…) qui dessinent la figure d’un peuple. Lorsqu’en 1770-71, il rédige ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, il réfléchit en fonction des Polonais et non en fonction des Suisses.

Autre exemple: quand il écrit son Essai sur l’origine des langues, il dit, en somme, qu’un être se façonne par rapport au territoire où il est né et par rapport à la culture du groupe au sein duquel il évolue. Selon Rousseau, chacun se nourrit donc de son terreau d’origine. De cette conception encore toute nouvelle de l’identité se souviendra plus tard la Révolution française. Laquelle donnera naissance à son tour à la notion de patrie.

swissinfo.ch: Si Rousseau vivait aujourd’hui et assistait aux frictions entre Orient et Occident, à ce qu’on appelle, à tort ou à raison, «le choc des civilisations», qu’est ce qu’il dirait?

F.J: Je pense qu’il aurait une vision à la fois très négative et très positive de ce qui se passe aujourd’hui. Négative d’abord. Ce qu’on appelle mondialisation est une «chose» exécrable car elle annihile l’identité nationale. Rousseau, à mon sens, ne l’aurait pas appréciée, contrairement à Voltaire grand internationaliste qui, lui, y aurait sans soute trouvé son compte.

Positive ensuite. Rousseau est pour le dialogue. Pour lui, les peuples doivent discuter entre eux, sans pour autant homogénéiser leurs sensibilités au point d’être obligés de vivre de la même manière à Genève, Berlin ou Londres.

swissinfo.ch: L’Europe, que Rousseau a sillonnée, contribue largement aux célébrations du Tricentenaire. Ce n’est pas étonnant. Ce qui l’est en revanche, c’est la participation de pays comme le Brésil ou les Etats-Unis. D’où vient leur intérêt?

F.J: Le Brésil est un bon exemple car c’est là où les célébrations du Tricentenaire seront les plus significatives. Il faut dire que le colloque qui est prévu en septembre à Sao Paulo réunit cent orateurs. C’est énorme. Cet engouement s’explique par le fait que la pensée de Rousseau correspond parfaitement aux préoccupations contemporaines des Brésiliens, entendez leur rapport à la langue et surtout à la nature. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les meilleurs interprètes de la pensée rousseauiste sont originaires du Brésil. Le Brésil est à la recherche d’une identité politique, d’un cadre dans lequel puisse bien «vivre» sa constitution.

Et puisqu’on parle de constitution, je précise que dans celle des Etats-Unis on trouve beaucoup d’éléments empruntés au Contrat social de Rousseau. Ce qui explique l’intérêt que les Américains portent aujourd’hui au Tricentenaire. Il y aura à cet effet, l’été prochain, un colloque et une exposition à Washington, organisés par la Bibliothèque du Congrès, en collaboration avec la Bibliothèque de Genève, entre autres.

swissinfo.ch: Rousseau «Citoyen de Genève», quel enseignement donne-t-il au monde du XXIe siècle?

F.J: Un enseignement politique, à deux niveaux. Au plan collectif d’abord. Rousseau dit qu’il faut penser une manière de vivre ensemble qui permette à chaque individu d’y trouver son compte. Au plan personnel ensuite. Selon lui, chacun peut être heureux chez soi. La Suisse, où il est né, offre à cet égard un modèle d’équilibre, tel que lui-même l’aurait souhaité. Un modèle régi non pas vraiment par le fédéralisme (l’écrivain n’utilisait pas ce terme), mais par une entente basée sur des principes simples qui favorisent l’harmonie.

Si cet enseignement politique avait été entendu par l’Europe d’aujourd’hui, celle-ci aurait échappé à bien des problèmes. En tout cas elle n’aurait pas sacrifié le bien-être de ses populations à l’illusion d’une prospérité économique.

Jean-Jacques Rousseau

Ecrivain, philosophe et musicien genevois, né à Genève en 1712 et mort à Ermenonville en 1778.

 

1712-1728: son adolescence est partagée entre l’enthousiasme républicain, l’insouciance d’un très long séjour à Bossey, où il est mis en pension, et la première expérience de l’injustice vécue chez Abel Ducommun, maître graveur dont il devient l’apprenti.

1728-1742: il trouve le bonheur auprès de Madame de Warens sa tutrice, avec laquelle il vit d’abord à Annecy puis à Chambéry. Il évoquera ces moments heureux dans ses Rêveries du Promeneur solitaire.

1742-1756: quinze ans durant lesquels s’accomplit son destin musical et littéraire. Il publie alors un petit opéra en un acte Le Devin du village et fréquente à Paris le milieu des philosophes.

1756-1762: il écrit quelques textes majeurs: La Nouvelle Héloïse, Emile et Du Contrat social.

1762-1770: les années les plus sombres de sa vie. Son Emile est très contesté. Il se réfugie en Angleterre où il se dispute avec le philosophe Hume. Il rentre par la suite en France et finit par se marier avec Thérèse Levasseur, sa compagne. C’est à cette époque qu’il écrit Les Confessions, publiées après sa mort.

Avec sa femme, il s’établit à Paris avant d’emménager chez le Marquis de Girardin à Ermenonville où il s’éteint.

1794: sa dépouille esttransférée au Panthéon.

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