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Syrie Les affres d’une guerre, en photos

Syrie

Marmarita, non loin de Homs, septembre 2013. Luxe, calme et volupté au premier plan, fumées de guerre au second.

(Matthias Bruggmann)

Entre 2012 et 2017, Matthias Bruggmann, photographe vaudois, s’est rendu à plusieurs reprises en Syrie. Il y a réalisé des photos documentant «un conflit déroutant». Son œuvre est exposée au Musée de l’Elysée à Lausanne, jusqu’au 27 janvier prochain. Rencontre.

Attention: âmes sensibles s’abstenir. Car quelque chose de barbare attend le visiteur qui se rend au Musée de l’ElyséeLien externe à Lausanne pour y voir les photos réalisées par Matthias Bruggmann et réunies sous ce titre: «un acte d’une violence indicible». Les photos se suivent comme les chapitres d’un récit sanglant que le jeune Vaudois déroule sur six ans environ. Matthias Bruggmann s’est donc rendu plusieurs fois en Syrie, entre 2012 et 2017. Au péril de sa vie, il y a fait d’innombrables clichés, dont une trentaine est présentée au musée, et le reste dans un livre publié à l’occasion de l’exposition.

Outre la qualité artistique de l’œuvre exposée, il y a ici l’engagement d’un photographe-documentariste soucieux «de rester au plus près de la réalité, de ne pas prendre parti», comme le confie Bruggmann. Avant d’ajouter: «on a donné au conflit syrien un écho manichéiste et simpliste, avec les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Pour ma part, je ne défends ni le régime ni les rebelles, ce n’est pas mon travail, ni mon but. Je pense que tout dépend du regard du public. Le méchant et le bon diffèrent selon le visiteur. On a voulu se protéger jusqu’ici en avançant l’idée de ‘l’exceptionnalisme du monstre’: il faut être monstrueux pour torturer, entend-on dire. Faux. A mon sens, chacun de nous porte en lui une violence qui peut se déclencher au moment le plus inattendu, pour de multiples raisons».

Abondance et manque  

Immeubles défoncés, corps déchiquetés, populations traumatisées… Bien sûr, on peut se contenter d’une lecture des photos au premier degré, n’y voir que la succession de séquences d’un film choc, comme l’industrie cinématographique américaine en produit sur les guerres au Proche-Orient. Mais ce serait réduire la portée d’une exposition qui se veut réflexion sur les crispations d’un pays. En témoigne la photo qui sert d’emblème à l’exposition.

Au premier plan, la piscine de l’hôtel Al-Khair (abondance en arabe). Le nom se lit sur l’auvent blanc de la terrasse ensoleillée. Des baigneurs côtoient des jeunes femmes en bikini qui bronzent sur des transats. En toile de fond, un massif montagneux embrumé légèrement par ce qui semble être une nappe de brouillard.

N’était l’inscription en arabe, on se serait cru au cœur d’un paysage provençal aux couleurs hédonistes. En regardant bien la photo, on s’aperçoit que le brouillard n’est que fumée d’obus. Mais où sommes-nous? A Marmarita, petite ville chrétienne à l’Ouest de la Syrie, à quelques encablures de la mer, très loin de l’Est asphyxié par Daech qui noie les populations dans les eaux troubles de son obscurantisme criminel.

Irak

Quelque part sur une route, quelque part en Irak en septembre 2016. Face à l’absurdité, le photographe n’explique pas. Il montre.

(Matthias Bruggmann)

Qui tue qui?

En 2013-2014, Marmarita se heurte à la menace d’une horde de salafistes qui occupent les contreforts du Krak des Chevaliers, célèbre monument historique dominant la petite ville. Les salafistes ont, depuis, été chassés à la suite d’une bataille. Ce qui reste sur la photo, ce n’est pas le souvenir de la bataille mais l’image d’un pays pris dans ses contradictions tragiques: hédonisme et souffrance s’y frottent jusqu’à l’absurde. L’abondance offre un visage détendu au manque abyssal que connaît la Syrie aujourd’hui.

Dans un rire nerveux, Matthias Bruggmann avoue: «Je ne suis pas allé là-bas la fleur au fusil». Le lauréat de la deuxième édition du Prix Elysée, récompensé pour son travail sur la Syrie, a déjà documenté plusieurs conflits: Irak, Haïti, Lybie, Somalie… «La guerre, je connais dit-il, mais celle engagée en Syrie reste pour moi la plus déroutante. En 2017, il y eut un répit. J’ai alors pensé que le conflit allait s’arrêter. J’avais tout faux. A un moment donné je ne savais plus qui tue qui, qui rackette qui». Question effarante que Bruggmann pose et que l’exposition reprend à sa manière: pas de cartel sur les cimaises pour identifier et expliquer les photos. A chaque visiteur son interprétation!

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