Une «Maison» sévèrement gardée

Très andalouse, la comédienne Anne-Catherine Savoy. SP

Après avoir régalé le public romand avec un récit d'Agota Kristof, le metteur en scène Andrea Novicov présente, en tournée, «La maison de Bernarda Alba».

Ce contenu a été publié le 24 février 2005 - 09:51

Une pièce de l'Espagnol Federico Garcia Lorca sur la privation des libertés.

Deux moments de bonheur offerts au public romand. L'un est déjà passé, mais il mérite d'être relaté. L'autre est en cours, alors il faut en profiter pour aller le déguster à Genève ces jours-ci, ou bien à Monthey, Fribourg ou Lausanne plus tard.

Mais d'abord le premier bonheur. Il peut se reproduire, notez. Car «Le Grand cahier», puisque c'est de ce petit bijou de spectacle qu'il s'agit, pourrait être reprogrammé la saison prochaine.

Un accent politique

Ecrit par la romancière hongroise Agota Kristof (qui vit en Suisse), «Le Grand cahier» a été adapté au théâtre et présenté récemment à Lausanne dans la mise en scène d'Andrea Novicov, professeur d'art dramatique au Conservatoire de cette même ville.

C'est avec ses élèves que Novicov a monté ce «Cahier» qu'il effeuille comme un palimpseste de la mémoire, chaque couche révélant une page d'Histoire. L'histoire de la deuxième guerre mondiale vécue à travers les yeux d'un très jeune couple de jumeaux.

Deux garçons donc joués par sept formidables comédiens qui se relaient pour dire les affres d'une gémellité humaine séparée par la guerre. Et pour signifier les déboires d'une Europe scindée en deux à la fin des années 1940 et souffrant elle aussi d'une gémellité brisée.

L'accent est donc politique dans «Le Grand cahier». Et c'est ce même accent que l'on retrouve, sous d'autres formes bien sûr, dans «La maison de Bernarda Alba», actuellement présentée à Genève, puis promise à une longue tournée, avec une étape d'un mois à Paris.

De l’Andalousie à l’Afghanistan

Consécration, cette halte parisienne? Oui, et largement méritée. Car cette «Maison» conçue par l'écrivain espagnol Federico Garcia Lorca se transforme, par la magie d'Andrea Novicov et des ses comédiens romands, en castelet de marionnettes.

Juste vision des choses puisque Bernarda Alba, veuve et mère tyrannique, tire les fils d'une vie austère imposée à sa maison. Où cohabitent, dans une atmosphère envenimée, ses cinq jeunes filles, ses servantes et sa vieille mère.

Nous sommes dans l'Andalousie des années 1930. La chape de plomb franquiste fait des victimes, dont Garcia Lorca lui-même.

70 ans plus tard, d'autres victimes apparaissent dans le spectacle d'Andrea Novicov. Emprisonnées dans leur castelet, les cinq filles de Bernarda, marionnettes humaines aux corps privés de liberté, font penser aux femmes afghanes.

D'autant que le metteur en scène a encadré son castelet de moucharabiehs, ces fenêtres grillagées qui rappellent les voilettes portées par certaines femmes orientales.

De ces marionnettes humaines, on ne voit que le buste, comme si le reste du corps devait demeurer dans l'ombre, soustrait au regard des hommes. Et livré à la tyrannie des sbires que d'autres dictateurs, après Franco, ont voulu entretenir.

swissinfo, Ghania Adamo

Faits

«La maison de Bernarda Alba», Pièce de Federico Garcia Lorca montée par Andrea Novicov.
Avec Valeria Bertolotto, Valérie Liengme, Marie-Madeleine Pasquier, Léa Pohlhammer, Anne-Catherine Savoy , Bartek Sozanski , Matteo Zimmermann.

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En bref

- Genève. Théâtre du Loup, jusqu'au 26 février.

- Monthey, Théâtre du Crochetan: 1er et 2 mars.

- Villars-sur-Glane, Espace Nuithonie: 5 et 6 mars.

- Paris, Théâtre de la Cité Internationale: du 10 mars au 11 avril

- Lausanne, Théâtre de Vidy: du 15 avril au 12 mai

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