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VOLUMES ZURICH De l’art de publier des livres d’art, en indépendant

Ein junger Mann mit Brille zeigt ein Fotobuch

Étoile montante de la scène indépendante, Nicolas Polli a gagné cette année le Grand Prix suisse de design. Ce Tessinois qui travaille à Lausanne est l’un des 80 éditeurs à participer à VOLUMES Zurich – la foire annuelle de l’édition d’art.

(swissinfo.ch)

Ce week-end, la Kunsthalle de Zurich accueille la 6e édition de VOLUMESLien externe. La foire de l’édition d’art indépendante a commencé dans un petit cercle de jeunes artistes, pour s’étendre rapidement. Cette année, elle réunit plus de 100 participants venus de Suisse, d’Europe et pour la première fois, d’Outremer.

La Suisse a une longue tradition d’édition indépendante. Dès la Renaissance, nombre d’érudits et d’artistes comme Erasme de Rotterdam ou Albrecht Dürer viennent à Bâle pour y faire imprimer leurs œuvres, considérées comme offensantes par l’Église catholique.

Avec la Réforme, après les années 1520, des protestants, des anabaptistes et d’autres auteurs anticléricaux viennent à leur tour chercher refuge dans la cité rhénane, attirés aussi par ses imprimeries. Quelques siècles plus tard, on verra finalement y débarquer des anarchistes, des socialistes et des révolutionnaires venus de contrées de plus en plus lointaines.

Booklet im Format eines Berges

Présentation de la scène suisse de l’édition indépendante à la Foire du livre de Los Angeles. VOLUMES a produit un catalogue en forme de montagne.

(swissinfo.ch)

Aujourd’hui, le marché de l’édition indépendante n’a pratiquement plus rien à voir avec la politique ou la religion. C’est plutôt un créneau de plus en plus exploré par les artistes visuels, connus ou non, et par les designers qui utilisent ce médium comme une forme d’art à part entière.

«L’édition indépendante, ce n’est pas juste publier soi-même», note Anne-Laure Franchette, qui dirige VOLUMES avec Patrizia Mazzei, éducatrice artistique, et Gloria Wismer, éditrice. «Chez VOLUMES, nous accueillons les zines et les livres d’artistes, mais aussi les petits éditeurs, les magazines indépendants, les collectifs de poésie et les artistes de performance qui font de l’édition», explique-t-elle.

L’envergure internationale de la foire s’étend également, mais prudemment. Les stands ne sont pas disposés par pays, et tous les continents ne sont pas représentés. Cela dit, la majeure partie de l’Europe y est, Turquie comprise, avec quelques éditeurs japonais. Cette année, l’accent est mis sur le Chili, avec des participants de la foire chilienne du livre ImpresionanteLien externe, qui se présente sous le slogan «Sin ninguna vergüenza» (sans aucune honte).

Anne-Laure Franchette und Patrizia Mazzei vor einem Volumes-Plakat

Anne-Laure Franchette (à gauche) et Patrizia Mazzei

(Carlo Pisani)

Les organisatrices affirment que le succès de la foire s’est vu récompensé par des demandes de grands éditeurs suisses, ce qui les a soudain placées face à un dilemme. «Nous ne voulions pas leur fermer la porte, mais d’un autre côté, nous devons rester une plateforme pour ceux qui en ont vraiment besoin». Anne-Laure Franchette souligne que VOLUMES inclut Zurich dans son nom, ce qui exprime clairement l’intention de servir – avant tout – de vitrine pour tous les éditeurs de la ville.

Noms établis et nouveaux venus

L’édition d’art est déjà bien établie à Zurich. Patrick Frey était un jeune critique d’art quand il a décidé de publier les travaux de ses amis artistes. En 1986, il a démarré à petite échelle, et sans grandes ambitions. Plus de trois décennies plus tard, les éditions Patrick Frey sont une marque internationale bien connue, avec près de 300 publications à son catalogue, distribuées à l’international.

Ce qui n’empêche pas Patrick Frey de continuer à diriger sa maison d’édition de manière indépendante: avec la sécurité financière dont il dispose, il a toute liberté pour décider ce qu’il publie et comment. Dans un certain sens, il agit comme un curateur: chaque publication a son propre format et ses particularités, certaines renonçant même à l’inclusion d’une quelconque forme de texte.


A l’autre extrémité du spectre, Nicolas Polli représente une nouvelle génération de designers/photographes indépendants. Ce sont des natifs de l’ère numérique qui utilisent l’imprimé pour promouvoir des positions artistiques durables. Né dans le canton italophone du Tessin, mais vivant aujourd’hui à l’autre bout du pays, dans la ville francophone de Lausanne, Polli a gagné cette année le Grand Prix suisse de design pour son magazine YETLien externe (photographie, édité avec Salvatore Vitale). Il est animé d’une passion sans équivoque pour la forme imprimée, avec son aspect physique.

Avec «Ferox – les archives oubliées 1976-2010», son premier livre en tant qu’auteur, Nicolas Polli brise les frontières entre réalité et fiction à travers une recherche visuelle maquillée d’imagerie spatiale: ce qui ressemble à de la science astronautique n’est qu’une exploration esthétique. Et une image d’une planète lointaine est en réalité un gros plan d’une pomme de terre, par exemple.


Le succès de VOLUMES est-il la preuve d’une résurgence du livre imprimé chez les enfants du numérique? «De notre point de vue, affirme Anne-Laure Franchette, cette attirance retrouvée pour le support physique vient de la perception que tout est devenu numérique, et que les gens manquent d’objets de la ‘vraie vie’ à échanger». Pour autant, Patrizia Mazzei, de VOLUMES, n’est pas d’accord avec Polli quand il dit que «le mot imprimé est mort».

«Rien n'est mort, dit-elle, même s'il est clair que certaines pratiques ne sont plus aussi populaires, comme les zines, qui sont devenus des blogs».

Nonobstant les différences de pratiques ou de générations, VOLUMES démontre que si la scène de l’édition indépendante jouit de nouvelles libertés que lui offrent les outils numériques, les artistes n’en continuent pas moins à valoriser l’objet livre et le contact personnel.

 

Tiré des archives

VOLUMES conserve des enregistrements de toutes les publications montrées lors de la foire et dédie un espace à une exposition d’un échantillon de ces œuvres. Ci-dessous, quelques exemples.

Kalender

«I am an artist», par Anissa Nussbaumer.

(swissinfo.ch)
Budh 'Im Präsens gedichtet'

«Poétisé dans le présent» est une anthologie de poésie et de slam par le collectif Von Uns. Le mot imprimé n’est pas mort, et prend vie quand il est dit sur scène devant un public: cette année, les membres de Von Uns se produiront en live à la foire.

(swissinfo.ch)
Buch 'Zürich Sommer 1980'

«Zurich été 1980» d’Olivia Heussler est un récit photographique des manifestations d’étudiants qui ont secoué le pays entier. Il fait partie des «Archives Zurich» de VOLUMES, une collection de publications indépendantes sur l’histoire et les arts dans la ville.

(swissinfo.ch)
Buch 'Message Salon'

VOLUMES est aussi une vitrine pour les formats inventifs, depuis les petits et bon marché comme les zines risographiés aux pièces plus sophistiquées et inhabituelles: le «Salon de Messages» d’Esther Epstein rassemble les expositions qui se sont tenues dans la galerie indépendante Perla-Mode, lieu branché et éphémère (2006-2013), avec une combinaison de cassettes VHS et de catalogue.

(swissinfo.ch)


(Traduction de l’anglais: Marc-André Miserez)

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