Débat autour d'une rançon pour la liberté

Le rôle du Mali a été important. Jusqu'à quel point? Keystone

Les ex-otages suisses ont retrouvé leur famille mercredi à Kloten. Mais déjà les questions fusent sur les frais de recherche et une éventuelle rançon.

Ce contenu a été publié le 20 août 2003 - 17:53

Pour la cheffe de la diplomatie, Micheline Calmy-Rey, les ravisseurs ne doivent pas rester impunis.

Depuis des mois, leurs visages ont fait de temps à autres la une des journaux. Depuis des mois, sur pellicule, ils sourient, assis à l’arrière ou au volant d’un minibus.

De quoi allaient-ils avoir l’air, après cette demi-année de captivité dans le Sahara?

Première surprise, mercredi matin à Kloten vers 8h45: les quatre ex-otages ont l’air en pleine forme. Deuxième sujet d’étonnement: Reto Walther, l’Argovien dont on connaît les lunettes et la mince barbe, est vêtu d’une djellaba et coiffé d’un turban. Sa barbe s’est épaissie.

L’otage a-t-il pris fait et cause pour ses ravisseurs? Il est trop tôt pour se prononcer, répond le psychologue qui les a pris en charge, Markus Gurt.

Retrouvailles dans l’intimité

Impossible de poser la question directement car, après avoir été accueilli par la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, les quatre ex-otages sont soustraits à l’attention des médias et partent retrouver leurs proches dans l’intimité.

«Les otages vont bien», déclare peu après l’ambassadeur Peter Sutter, chef de la cellule de crise du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) lors d’une conférence de presse.

«Ils ont été bien traités par leurs ravisseurs, ce qui ne veut pas dire qu’ils n’ont jamais été en danger.»

500 kilomètres de piste

Après la libération, le voyage du retour a représenté une nouvelle épreuve pour les 14 ex-otages.

Remis lundi vers 18 heures (heure suisse) aux négociateurs maliens, les Européens ont rejoint Gao par la route – c’est-à-dire «500 kilomètres d’une piste qui rend le voyage digne d’un rallye», précise Peter Sutter.

A Gao, ils ont été reçus par le haut-commissaire pour la province, Baba Touré, un homme très impressionnant, ajoute l’ambassadeur, puis, après leur vol jusqu’à Bamako, au palais présidentiel, dans une ambiance digne des Mille et nuits, selon certains participants.

L’avion pour Cologne a décollé à minuit exactement, raconte Peter Sutter et «personne n’avait envie de dormir.»

Un miracle

La cheffe de la diplomatie Micheline Calmy-Rey et Peter Sutter n’ont eu de cesse de remercier les négociateurs maliens.

«Nous ne voulons et ne pouvons pas savoir comment les intermédiaires maliens ont réussi ce que je qualifie de miracle, puisqu’on a libéré les otages moins d’un mois après leur arrivée au Mali, alors que de longues recherches étaient restées infructueuses en Algérie», a déclaré Peter Sutter.

Hypothèse de l’ambassadeur: ce pays, qui reçoit une importante aide au développement, a aussi voulu «nous rendre service.»

Une hypothèse inacceptable

La question d’une éventuelle rançon a évidemment resurgi. «C’est une hypothèse que je ne peux pas accepter», a dit Micheline Calmy-Rey.

Pourtant, un débat semble prendre forme sur cette question. L’ats fait état des propos tenus mardi par Maximilian Reimann (UDC/AG) dans une émission des radios privées alémaniques.

Le président de la commission de politique extérieure du Conseil des Etats (Chambre des cantons) attend de Micheline Calmy-Rey des précisions sur la question de la rançon qui aurait été versée pour la libération des otages. Selon lui, ces derniers devraient passer à la caisse.

Maximilian Reimann entend d’ailleurs soulever cette question lors de la séance de la commission qui se tient jeudi.

Au cours de la même émission, Erwin Jutzet (PS/FR), vice-président de la commission de politique extérieure du National (Chambre basse), a contesté ce point de vue. Si les sommes versées sont publiées, il est possible que cela encourage des imitateurs, a-t-il estimé.

Autres points d’interrogation dans l’affaire des otages: les circonstances de la détention des touristes européens, de même que celles de leur libération. «Nous ne donnerons aucun renseignement», a répété Micheline Calmy-Rey.

Procédure pénale

La conseillère fédérale a précisé qu’une procédure pénale serait ouverte par le Ministère public. «Nous ne voulons pas que les kidnappeurs restent impunis.»

Michael Kläy, chef de la cellule de crise de la police fédérale, a été très clair: «Ce n’est pas encore fini. Nous devons savoir ce qui s’est passé exactement.»

Quant aux frais des recherches (caravanes dans le désert algérien, personnes de contact à Berlin et Vienne, cellule de crise qui a compté jusqu’à une douzaine de personnes travaillant ensemble), leur montant n’est pas encore connu.

«Une clé de répartition solidaire sera convenue avec les Néerlandais et les Allemands, qui avaient pris la direction des opérations en avril» a expliqué Micheline Calmy-Rey.

A la question de savoir si les ex-otages seraient appelés à participer, Micheline Calmy-Rey a éclaté de rire et nié cette éventualité.

Assurances sollicitées

L’ambassadeur Peter Sutter s’est montré plus nuancé: «Il ne faut jamais dire jamais», a-t-il déclaré, avant de conclure que ce ne serait probablement pas le cas, mais que les assurances voyages des quatre Suisses pourraient être sollicitées, par exemple pour les frais des actions de recherche dans le désert.

De tels événements se distinguent des cas où des accidentés sont sauvés ou recherchés, car l’enlèvement est un délit officiel qu’un Etat se doit de poursuivre d’office, a précisé Michael Kläy.

Parents reconnaissants

Présents à la conférence de presse, le père de Marc Hediger et le grand-père de Silja Stäheli ont dit toute leur gratitude.

«Je n’ai parlé que dix minutes à Silja, explique Fritz-Hans Schwarzenbach, son grand-père. Elle m’a dit qu’elle avait essayé d’écrire son journal mais qu’elle devait écrire très petit pour économiser le papier.»

En veut-il aux ravisseurs? «Pourquoi? Comment en vouloir à ceux qu’on ne connaît pas?»

Max Hediger, père de Marc, raconte de son côté que «étant donné les circonstances, otages et ravisseurs se sont bien entendus. En tout cas, les otages n’ont pas été maltraités. Il y avait des petits problèmes à cause de la langue, car tous les otages ne savaient pas le français.»

Max Hediger a aussi rejeté toute préparation déficiente du voyage: «Nous sommes allés plusieurs fois dans cette région, avec Marc, et, ces dernières années, il n’y avait aucun danger.»

Remerciements de Pascal Couchepin

Mercredi, le président de la Confédération Pascal Couchepin a téléphoné au chancelier allemand Gerhard Schröder pour remercier l’Allemagne de l’efficacité de ses services.

Le président de la Confédération a également adressé ses remerciements au président malien Amadou Touré ainsi qu’au président algérien Abdelaziz Bouteflika.

Enlevés entre mi-février et mi-mars, les ex-otages suisses étaient détenus en compagnie de neuf Allemands et d’un Néerlandais. Dix-sept personnes avaient été libérées en mai.

Les autorités algériennes mettent cet enlèvement sur le compte du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), qui aurait agi sous les ordres d’un ancien militaire algérien. Un point de vue que ne partagent pas les autorités maliennes. Selon elles, les ravisseurs seraient des trafiquants.

swissinfo, Ariane Gigon Bormann, Zurich

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