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Des élections genevoises sur fond de crise

Tandis que le canton s'apprête à voter, l'affaire de la Rue du Stand empoisonne le climat de la commune de Genève.

(Keystone Archive)

Un mois après avoir renouvelé leur parlement, les Genevois élisent dimanche le gouvernement cantonal. Et ce dans un climat politique exacerbé.

Le politologue Pascal Sciarini craint une poursuite de la crise qui agite la scène politique genevoise et qui mine l'action gouvernementale. Interview.

Après une campagne qui a vu les travailleurs frontaliers stigmatisés par l'extrême droite et une partie de l'extrême gauche, les Genevois ont renouvelé leur parlement le 9 octobre dernier.

Et ce dimanche, ils doivent choisir entre 10 candidats pour élire les sept membres du gouvernement.

L'élection se tient dans un climat politique plutôt tendu. Sur le plan cantonal, l'extrême gauche, partie à la bataille en ordre dispersé, a bien du mal à digérer son éviction de l'hémicycle, au sein duquel les neuf élus du nouveau Mouvement Citoyens Genevois refusent pour leur part de s'asseoir à droite de la droite dure.

Pour ne rien arranger, la commune de Genève est secouée par une affaire qui a valu à deux membres de l'exécutif des perquisitions policières à leur bureau. Ils sont sur la sellette pour avoir fait financer par les deniers publics - hors du contrôle du législatif - la rénovation et l'ameublement plutôt somptueux d'un immeuble administratif à la rue du Stand.

Professeur à l'université de Genève, le politologue Pascal Sciarini analyse les enjeux de ces élections.

swissinfo: L'affaire de l'immeuble de la rue du Stand a-t-elle eu un impact sur la campagne électorale?

Pascal Sciarini: Cette affaire a placé la campagne électorale au second plan. De plus, elle contribue à détériorer encore plus l'image des politiciens de ce canton. En conséquence, le vote protestataire qui s'est exprimé lors des élections législatives du 9 octobre pourrait à nouveau progresser en faveur de l'UDC (droite dure) et du Mouvement Citoyens Genevois (MCG).

swissinfo: Un grand nombre de candidats concourent à cette élection. Est-ce le signe d'une bonne santé démocratique ou cela reflète-t-il la crise que traverse la classe politique du canton?

P.S.: C'est une bonne chose que l'offre électorale soit riche. Mais dans ce cas précis, le grand nombre de candidats résulte avant tout de la crise actuelle. En élisant le parlement un mois avant de choisir les membres du gouvernement, les Genevois définissent les rapports de forces entre les différentes formations politiques. Et c'est en tenant compte de ces rapports de forces que les partis présentent leurs candidats aux élections du gouvernement.

Le parti démocrate chrétien (PDC, centre droit) a ainsi choisi de ne présenter qu'un seul candidat suite à son score relativement faible lors des élections législatives.

Or ce qui est nouveau dans les élections de dimanche, c'est la candidature de deux UDC et d'un représentant du MCG (né d'une scission au sein de l'UDC genevoise, ndlr). Ces deux partis sont en rupture avec l'establishment politique. Raison pour laquelle ils ont choisi des candidats de combat qui ont très peu de chance d'être élus dimanche.

swissinfo: Trouvez-vous que la campagne a été à la hauteur des grands défis qui attendent Genève?

P.S.: Vu l'importance de ces défis, cette campagne ne peut que décevoir les citoyens les plus exigeants. De plus, Genève n'a guère l'habitude de campagnes électorales très intenses.

Néanmoins, à en juger par le taux de participation déjà atteint grâce au vote par correspondance, les Genevois semblent s'être mobilisés de manière élevée, avec un taux qui pourrait tourner dimanche autour des 45%. Ce qui témoigne d'une campagne relativement animée et d'une prise de conscience par les Genevois de l'importance de l'enjeu électoral.

swissinfo: Un des résultats possibles de ces élections est d'aboutir à un gouvernement majoritairement à gauche, alors que le parlement est dominé par les partis de droite. Cette situation est-elle unique en Suisse?

P.S.: Cette situation serait totalement inédite. Genève a déjà connu la situation inverse avec un parlement majoritairement de gauche et un gouvernement dominé par la droite.

Si la gauche parvient dimanche à placer ses 4 candidats et donc à obtenir la majorité, nous aurons une situation très délicate. Les optimistes diront que cette cohabitation forcera les partis du centre (gauche et droit) à faire alliance pour pouvoir faire passer des projets au parlement.

Mais on peut craindre également la poursuite du blocage politique avec un parlement qui rejette l'ensemble des projets de ce gouvernement de gauche.

swissinfo: Mais, dans le cas d'un gouvernement majoritairement de droite, les partis de gauche et d'extrême gauche pourraient également mener une politique d'opposition systématique...

P.S.: C'est en effet tout à fait possible. C'est en fait la situation que nous avons connue ces quatre dernières années. Et puisque l'extrême gauche n'est plus représentée au parlement, elle se sentira d'autant plus libre d'exprimer son opposition par la voie référendaire.

Cela dit, si les deux partis de la droite populiste ont réussi leur percée le mois dernier, c'est aussi grâce aux voix des déçus de l'extrême gauche. En fait, ce dimanche, ce sont les partis de centre droit qui risquent de souffrir de la concurrence de l'UDC et du MCG.

swissinfo: Cette situation ne devrait-elle pas pousser la droite gouvernementale à s'unir?

P.S.: Il y a en effet trop de partis sur l'échiquier politique genevois. Ce qui mine l'efficacité de l'action gouvernementale. Cela plaide donc pour un regroupement des forces politiques. Mais une fusion de deux partis ne signifie pas forcément une adition des voix en faveur de chacun des deux partis. Cette solution n'est donc pas la panacée.

swissinfo: Assiste-t-on à Genève à l'émergence de nouvelles lignes de fractures dans le champ politique?

P.S.: Genève découvre après le reste de la Suisse une opposition entre les tenants de l'ouverture et de la modernisation et ceux qui défendent une politique à la fois conservatrice et nationaliste, voire xénophobe.

Cette dimension dépasse et complexifie le traditionnel clivage entre la gauche et la droite, puisque les tenants de la fermeture et du conservatisme se trouvent aussi bien à droite qu'à gauche.

Interview swissinfo: Frédéric Burnand à Genève

Faits

Le 9 octobre, les électeurs genevois ont désigné leurs députés au Grand Conseil (parlement cantonal).
Les partis de centre droit ont tous maintenu leurs positions, la majorité de la droite se renforçant par ailleurs grâce à une poussée populiste. Le nouveau Mouvement Citoyens genevois (MCG) a en effet placé 9 députés au parlement en plus des 11 UDC (droite dure).
Si les Verts ont gagné cinq sièges, dans son ensemble, la gauche est sortie affaiblie du scrutin puisque SolidaritéS et l'Alliance de gauche disparaissent du Grand Conseil.

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