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destin d'exception La Cinquième Suisse perd son doyen, Rodolphe Buxcel, 110 ans

Le doyen des Suisses de l’étranger s’est éteint aux Etat-Unis, dans le Michigan, dans sa 111e année. Né en 1908 dans une colonie suisse de la Russie tsariste, Rodolphe Buxcel emporte avec lui le souvenir de plus d’un siècle d’histoire.

Vieil homme devant une fenêtre.

Rodolphe Buxcel (1908-2019).

(swissinfo.ch)

«Les derniers jours, il ne pouvait plus avaler et il n’avait plus faim», confie sa fille Erika. A 75 ans, elle vient de perdre son père qui a vécu jusqu’à ses 110 ans à Baroda, au bord du lac Michigan, à plus d’une heure de voiture de Chicago.

Il a vécu seul dans une maison de bois jusqu’à ses 109 ans, s’habillant, faisant ses repas et son lit tout seul, même si sa fille l’aidait à effectuer ses courses. Mais depuis deux ans, il avait faibli et Erika avait été contrainte de le placer dans une maison de retraite, où il passait une bonne partie de la journée dans son fauteuil. «Il dormait beaucoup mais sa tête fonctionnait toujours très bien. Il a bien mangé jusqu’à la dernière période de sa vie. Il avait toujours des ‘cookies’ sur sa table de nuit, qu'il grignotait avant d'aller dormir. Dans sa chambre, il avait une télévision et il aimait regarder les matchs de football.»

Les jours de beau temps, la directrice l’emmenait pêcher à la ligne dans le grand étang derrière le home, qu'il pouvait contempler depuis sa fenêtre. Il y a encore quelques années, il allait régulièrement pêcher en rivière près de son cabanon, où il pouvait rester des heures.

Pour son dernier anniversaire, le 5 septembre, Erika lui avait mijoté le poisson frais dont il raffolait. Le consulat de New York (celui de Chicago a été fermé) avait ce jour-là essayé de le joindre par téléphone. L’année précédente, l’ambassadeur de Suisse lui avait envoyé une lettre de félicitations. «Je n’ai jamais pensé qu’il vivrait aussi longtemps. Plus jeune, il était souvent malade de l’estomac», confie sa fille.

Rodolphe Buxel vivait près de Chicago et parlait 6 langues: français, allemand, russe, ukrainien, roumain et espagnol.

(swissinfo.ch)

Sa recette de longévité? «Je me couche très tôt, vers 9h, et je me lève à 6h du matin», racontait-il. Une vie d’ascète adoptée par la force des choses: «Je perçois 1400 dollars de l’AVS. En Suisse, avec cet argent, je crèverais de faim.» 

Né sous le tsar Nicolas II

Originaire de Romainmôtier (canton de Vaud), Rodolphe Buxcel est né dans la colonie suisse de Chabag, sous le régime du dernier tsar Nicolas II. Son ancêtre y avait émigré: Jacques-François Buxcel était venu avec ses six enfants et son épouse Gabrielle, une Genevoise née Achar. Cette colonie avait été créée en 1822 par le botaniste Louis-Vincent Tardent, originaire des Ormonts, une commune du canton de Vaud. Comme toutes les familles de Chabag, les Buxcel ont gardé un passeport suisse durant les 120 d’existence de la colonie.

«Nous avons tout laissé: le froment au grenier et même le pain dans le four.»

Fin de la citation

Rodolphe Buxcel était le cadet de 10 enfants. Il aimait raconter son enfance dans un français teinté d’accent russe: «Nous étions riches, mais nous n’avions pas d’argent. Nous avions des domestiques et de belles maisons. Mon père possédait 50 hectares de vignes et 130 hectares de terres arables. Il employait à l’année des domestiques et des servantes.» Il parlait parfois aussi de la tragique noyade dans une bassine de l’un de ses trois frères, laissant une mère inconsolable.

Tout perdre, puis se reconstruire

La famille a prospéré jusqu’au 28 juin 1940, lors de l’arrivée des Soviétiques. Ce jour-là, ils ont perdu leurs terres et tous leurs biens: «Nous avons tout laissé: le froment au grenier et même le pain dans le four.»

La famille va ensuite rester cinq ans dans des camps en Allemagne, avant d’arriver à Lausanne à la fin de la guerre. En 1950, Rodolphe Buxcel décide de gagner l’Uruguay pour y replanter des vignes au bord du Rio Negro. «J’avais peur des communistes et que Staline envahisse la Suisse», avait-il expliqué. Il parlait six langues mais pas un mot d’anglais après 37 années passés aux Etats-Unis: «J’y suis arrivé à 73 ans, trop vieux pour apprendre une 7e langue!» 

Lorsque Rodolphe Buxcel avait 106 ans, le journaliste Olivier Grivat avait réalisé un film sur lui. Il y évoque la colonie de Chabag.

La mémoire de Chabag


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