Dissensions dans la lutte contre le choléra: MSF-Suisse quitte Madagascar

La section suisse de l’organisation «Médecins sans frontières» a décidé de retirer immédiatement toutes ses équipes de Madagascar. Motif: les autorités malgaches lui ont refusé tout accès direct aux très nombreuses victimes de l’épidémie de choléra.

Ce contenu a été publié le 22 février 2000 - 17:48

La section suisse de l’organisation «Médecins sans frontières» a décidé de retirer immédiatement toutes ses équipes de Madagascar. Motif: les autorités malgaches lui ont refusé tout accès direct aux très nombreuses victimes de l’épidémie de choléra.

Depuis mars de l’an dernier, l’île de Madagascar subit une très grosse épidémie de choléra, sans doute la première de son histoire et qui pourrait bien s’être installée pour plusieurs années. Les premières attaques ont frappé le nord de l’île, aujourd’hui le sud est lui aussi touché et une seule des six provinces semble épargnée. Le bilan est catastrophique, dit MSF: on dénombrerait déjà plus de 15 000 cas et un millier de décès, dont plus d’un tiers au cours du dernier mois. Mais il est fort probable que ces chiffres ne disent hélas qu’une partie de la réalité. Faute d’expérience et de ressources suffisantes, les autorités sanitaires malgaches ne peuvent à elles seules enrayer le mal.

MSF-Suisse est présente du côté de Tuléar, dans le sud, depuis trois ans. Elle y appuie à long terme un programme malgache de santé publique. Mais, depuis un bon mois, se sentant tout à fait concernée par l’attaque du choléra, elle a mobilisé une importante équipe expérimentée et déployé quelque dix tonnes de matériel sanitaire ad hoc. Le ministère malgache de la Santé lui a cependant refusé tout accès direct aux victimes de l’épidémie. Motif officiel: il ne souhaite ni intervention dans ses structures ni «déresponsabilisation» de son personnel médical local.

MSF-Suisse tire aujourd’hui les conséquences de ce refus et annonce son retrait immédiat et total de Madagascar. Vincent Faber, son directeur général, juge qu’il est en effet impossible, d’un point de vue éthique, de poursuivre des programmes de prévention à long terme et en même temps être empêché d’intervenir auprès de centaines de personnes atteintes de choléra et confrontées au pire. MSF-Suisse et ses 13 expatriés sont donc en train de quitter la Grande Île. Ses 43 employés malgaches, dont plusieurs médecins, ont vu leurs contrats résiliés. Quant à la section française de MSF, très présente auprès de milliers d’enfants de la rue à Antananarivo, la capitale, elle a décidé de rester sur place et de maintenir son engagement.

Bernard Weissbrodt

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