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Djibouti: un hôtelier suisse dans le chaudron



La flotte de guerre japonaise. Ancrée dans le port de Djibouti, est venue protéger ses navires-marchands.

La flotte de guerre japonaise. Ancrée dans le port de Djibouti, est venue protéger ses navires-marchands.

Avec des navires de guerre et des cargos battant tous les pavillons sous ses fenêtres, le Vaudois Eric Favre est aux premières loges pour assister à la lutte contre la piraterie. Le Djibouti Palace de la chaîne Kempinski sert de caserne de luxe aux forces internationales dans le golfe d’Aden.

Le port de Djibouti se situe au milieu d’une région du monde particulièrement chaude. En été, le thermomètre grimpe parfois allégrement au-delà de 50 degrés, notamment près du lac salé d’Assal, à 150 m sous le niveau de la mer. Mais le climat y est aussi très chaud au sens figuré, avec la présence d’une flottille de guerre venue du monde entier pour chasser les pirates somaliens: frégates, porte-hélicoptères, avions de patrouille maritime et commandos armés à bord de petits bateaux rapides…

Il y a là pas moins de 26 armées mobilisées pour protéger leurs flottes marchandes, y compris des bateaux de guerre japonais à l’emblème du soleil levant, que l’on était davantage habitué à voir dans les films de guerre d’il y a 50 ans. Les Français sont omniprésents, mais aussi les marines de tous les pays européens dans le cadre de la mission militaire et diplomatique Eunavfor Atalanta, pour assurer la sécurité du trafic maritime dans le golfe d’Aden et l’océan Indien.

«Djibouti est une ville de garnison, avec des milliers de militaires», commente le Vaudois Eric Favre, 53 ans, de son poste d’observation en bordure de mer. Officier d’artillerie de l’armée suisse, l’hôtelier vaudois n’en perd pas une miette.

Les Américains sont en train de construire une énorme base, un véritable bunker dans cet emplacement stratégique. Les Français sont également présents dans leur ex-colonie avec leur forces terrestres, maritimes et aériennes – notamment les Mirage 2000, mais aussi la Légion étrangère et ses képis blancs. Si les militaires français sont logés en famille, d’autres officiers et soldats ont troqué leurs casernes au pays, l’espace de trois mois, pour les chambres climatisées du Kempinski.

Des problèmes d’eau et d’intendance

Depuis son «mirador» de bord de mer, le directeur du Djibouti Palace est confronté à de sérieux problèmes d’intendance. Dans ce 5 étoiles construit récemment par l’émir de Dubaï - le cheikh Al-Maktoum est aussi le bâtisseur du nouveau port commercial de Djibouti , une cinquantaine d’expatriés venus de France, d’Algérie, du Maroc, d’Indonésie, des Philippines ou de Thaïlande, mais aussi de Suisse, règnent sur 250 chambres et suites. Sous leurs ordres, 350 employés djiboutiens, somaliens ou éthiopiens constituent le personnel de base. «Nous sommes confrontés à un réel problème de formation du personnel», avoue le directeur vaudois.

«A Djibouti, l’hôtellerie de luxe manque encore de références. Il y a bien une petite école hôtelière gérée par des Tunisiens, mais elle manque de moyens. Les Djiboutiens forment un peuple de nomades, certes très accueillant, mais qui n’a pas la notion du service. De huit apprentis recrutés, il n’en reste que deux pour terminer leur formation», déclare Eric Favre. Le palace possède aussi sa boîte de nuit pour les militaires en permission et un casino sous-traité à une société turque.

«L’autre problème est la maintenance des installations», poursuit le directeur suisse formé à l’Ecole hôtelière de Lausanne et venu à Djibouti avec sa femme Claudia. A Djibouti, tout est importé et il n’y a pas d’industries ou de fournisseurs. En cas de problème, il faut se fournir à Dubaï et cela peut prendre trois mois. En raison d’une panne de brûleur, l’hôtel n’a pas eu d’eau chaude pendant deux mois, le temps que les pièces arrivent d’Angleterre. Heureusement le climat est très chaud et les militaires qui forment les 90% de la clientèle ne sont pas des hôtes trop exigeants.

La nappe phréatique est largement insuffisante et il faut recourir à des camions-ravitailleurs d’eau payés très cher (50'000 dollars par mois) pour alimenter l’hôtel. A force de pomper dans la nappe, l’eau douce est infiltrée et devient salée, abîmant les installations, les tuyauteries et autres boilers ou climatiseurs. «Pour assurer les 300 m³ de nos besoins quotidiens, l’hôtel va construire son usine de dessalement», poursuit l’hôtelier.

Produits frais importés par camions entiers

Même casse-tête pour l’approvisionnement en produits frais. Rien ne pousse dans les sables de Djibouti et tout doit être importé, notamment d’Ethiopie voisine. «Nous faisons venir d’Addis Abeba, à deux jours de route, des camions de 20 tonnes pour assurer trois semaines de fruits et légumes ainsi que de produits laitiers. Actuellement nous affrontons une pénurie de tomates, par moment ce sont les oranges qui manquent, voire même le poisson. Ce n’est pas toujours facile de suivre les standards de qualité de la chaîne, mais c’est un défi permanent», constate Eric Favre.

Et ce dernier de poursuivre: «Ce qui me manque le plus, à part mes enfants, ce sont mes grands crus restés dans ma cave au Mont-Pèlerin. Le climat tropical n’est pas fait pour les vins et les taxes à l’importation sont très importantes. A Djibouti, on consomme surtout des alcools forts ou de la bière. Et l’on travaille beaucoup: six jours sur sept, de 12 à 15 h par jour. Le personnel de base, lui, est au régime des 48 heures, mais il est privilégié par rapport aux locaux. Les pourboires doublent le salaire de 54'000 francs de Djibouti, soit plus de 300 dollars par mois, un revenu confortable ici, avec lequel ils font vivre des familles de 10 à 15 personnes.»

Sans les Suisses

Pas de DRA 10. Une armada à laquelle la Suisse ne s’est finalement pas associée avec son détachement d’élite du DRA 10 (Détachement de reconnaissance d'armée 10), malgré les souhaits de la cheffe de la diplomatie suisse Micheline Calmy-Rey, qui s’est vue désavouée par le Parlement suisse.

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La Mission Atalante à Djibouti

Eunavfor. Mission militaire et diplomatique mise en place par l’Union européenne depuis le 8 décembre 2008 dans le but de lutter contre l’insécurité du golfe d’Aden et de l’océan Indien, l’Eunavfor Atalanta comprend des navires allemands, belges, espagnols, français, grecs, italiens, norvégiens, hollandais, britanniques et suédois.

Bateaux et avions. Suivant les périodes de l’année, entre quatre et treize bâtiments appuyés par des avions de patrouilles maritimes allemands, espagnols, français et portugais. En tout, 16 pays européens sont présents dans cette zone maritime mise à sac par les pirates depuis les côtes somaliennes.

Appui. En appui, il y a aussi des navires de guerre américains et français, sans parler des Japonais qui ont amené d’imposantes frégates.

Accalmie. «Actuellement, les attaques de pirates somaliens se font plus rares», commente le chargé d’affaires ad intérim de l’ambassade de France, Jacques Biau. Mais les choses sérieuses pourraient bien reprendre en octobre, quand les vents tempétueux se seront calmés».

Rançons. Une quinzaine de navires de commerce et 250 hommes d’équipage seraient encore aux mains des pirates sur la côte somalienne. Ceux-ci réclament généralement une rançon représentant 10% de la valeur de la cargaison, une somme que tous les armateurs ne veulent ou ne peuvent pas verser.

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swissinfo.ch


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