Du blé pour le Yémen et des surfacturations en Suisse

Sointra a livré 205 000 tonnes de blé au Yémen entre 1989 et 1990 Keystone Archive

Le mari de l'ex-maire de Genève est mis en cause dans une escroquerie de 33 millions de dollars en France. Son procès s'ouvre jeudi à Paris.

Ce contenu a été publié le 14 février 2002 - 08:38

Presque dix ans après sa mise en faillite avec un trou d'un milliard de francs, Sasea, la société financière genevoise de l'Italien Florio Fiorini revient sur la scène judiciaire. Le procès qui s'ouvre jeudi à Paris concerne les transactions effectuées par Sointra, une des filiales parisiennes de Sasea.

Des sociétés écrans à Genève

En septembre 1998, la juge d'instruction Laurence Vichnievsky a ordonné le renvoi en jugement de six protagonistes devant le Tribunal Correctionnel. Elle a notamment inculpé les PDG successifs de Sointra, Roland Chamak et Rodolphe Rossi. Ce dernier est le mari de Madeleine Rossi, l'ancienne responsable des Finances de la Ville de Genève.

Sur le banc des accusés, on trouve aussi Claude Machline, gérant de la SA Charles Robert, et Michel Soufflet, patron des établissements Soufflet, un des plus gros exportateurs français de blé. Son groupe réalise environ 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires.

Ils sont soupçonnés «d'abus de biens sociaux» et de «faux et usage». Le magistrat leur reproche d'une part des surfacturations pour un total de 841 658 dollars effectuées via Lewarco et la Compagnie commerciale européenne (CCE), deux sociétés écrans basées à Genève. D'autre part, Sointra aurait escroqué la Coface, à l'époque un organisme de l'Etat français qui assure les risques à l'exportation des entreprises.

Escroquerie à l'assurance

Spécialisée dans le négoce international de produits agroalimentaires, Sointra livre 205 000 tonnes de blé au Yémen entre 1989 et 1990. Un contrat de 38,3 millions de dollars qui bénéficie d'une assurance de la Coface.

Pour obtenir la marchandise, la société contacte Claude Machline, gérant du cabinet parisien de courtage en grains Charles Robert. Celui-ci se fournit auprès des établissements Soufflet. Le problème c'est que le prix de la marchandise aurait été surfacturé de plusieurs dollars la tonne.

Pour cela Lewarco et la CCE auraient adressé à la société Soufflet des fausses factures qui sont honorées sur un compte à Genève. Michel Soufflet se voit reprocher d'avoir encaisser «pour son compte personnel ou celui de son entreprise» une majoration de 178 622 dollars.

Par ailleurs, comme le client yéménite ne paye qu'une partie des sommes dues, en janvier 1992 la Coface indemnise Sointra pour 33,3 millions de dollars. «Il apparaît en réalité que la Coface a été trompée par des manœuvres frauduleuses destinées à lui faire croire à la réalisation du risque qu'elle couvrait», estime Laurence Vichnievsky dans son ordonnance de renvoi que swissinfo s'est procurée.

Elle reproche à Roland Chamak et Rodolphe Rossi d'avoir commis une escroquerie aux dépens de la Coface. «Au moment des faits. Sointra était dirigée par Monsieur Rossi qui assume la responsabilité en tant qu'auteur principal», écrit la juge.

Des commissions habituelles?

Les principaux intéressés réfutent ces accusations. «Michel Soufflet n'est pas concerné par le volet de l'escroquerie à la Coface», précise son avocat Jean-Michel Leprêtre. «Quant aux prétendues surfacturations, ce sont des commissions commerciales classiques qui se pratiquent dans ce type d'affaires», ajoute-t-il.

Me Francis Triboulet, qui défend Roland Chamak, précise que son client «conteste totalement qu'il y ait eu une escroquerie».

Curieusement, la justice française semble avoir oublié de convoquer Rodolphe Rossi. «Je n'ai pas été informé de ce procès, mais je n'ai rien à me reprocher. Lorsque je suis arrivé chez Sointra, je n'ai fait que suivre les dossiers en cours», précise Rodolphe Rossi.

Le procès devra trancher entre ces diverses interprétations des faits.

Luigino Canal

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